Revue de la Toile

Qui est la Queen Bee, fascinante et détestable ?

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Les Queen Bee, dans les fictions, sont ces adorables pestes qui suscitent toujours des sentiments contradictoires. Aujourd’hui, Amy et Tsilla vous dévoilent les dessous du succès de ces reines.

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Poupée parfaite et dictatrice en puissance, la Queen Bee n’est ni appréciée pour sa compassion, ni pour son sens aigu de la justice. Elle est égoïste, opportuniste, manipulatrice et écrase quiconque se trouverait entre elle-même et ses ambitions personnelles. La Queen Bee est sans pitié, et la gentillesse est loin d’être sa principale qualité.

Alors, pourquoi la Queen Bee fascine-t-elle autant ?

Telle la Reine des Abeilles, dont elle tire le nom, la Queen Bee se trouve au sommet de la pyramide sociale : Patronne, Cheffe, reine du Bal, qu’importe la ruche d’où elle officie, elle a tous les pouvoirs.

La Queen Bee laisse derrière elle un doux parfum de fascination : femme forte, indépendante, à la fois crainte et respectée, elle semble inaccessible et intouchable. Cependant, dans son sillage, il y a aussi les senteurs suaves parcourues par des notes putrides et amères d’arrogance et de tyrannie. Ainsi parvient-elle au sommet : en étant à la fois crainte et admirée, jalousée et adorée, détestable mais éblouissante.

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[Cheryl Blossom, Rivendale – Madelaine Petsch]

C’est d’ailleurs là que réside le secret de son charme. Inaccessible, personne ne peut réellement dire qui est la Queen Bee. Il s’agit en réalité d’une personne secrète (pour ne pas dire réservée) qui ne se livre pas à n’importe qui. En effet, comment pourrait-on lui nuire puisqu’on ne connaît pas ses faiblesses ?

Origines de la Queen Bee : du syndrome psychologique à la Reine du bal de Promo

Dès 1968,  Caroline Bird dans son livre Born Female: The High Cost of Keeping Women Down, décrivait les attitudes de la « loophole woman », que l’on pourrait traduire par « l’imposteur » : ces femmes de pouvoir, qui en apparence sont des femmes, mais qui agissent comme des hommes[1]. Caroline Bird les dépeint comme des femmes qui minimisent leur féminité, et revendiquent un statut de régent équivalent à celui des hommes, comme par exemple, Elizabeth I, reine d’Angleterre, ou Hatshepsut, reine d’Egypte.

Ces leaders féminins ont gouverné comme l’auraient fait des hommes, sans pour autant apporter des changements dans la considération des femmes, ou dans leurs droits. Ainsi, elles ont participé à l’instauration et au maintien du patriarcat, tout en étant des privilégiées. Elles participent donc à alimenter le sexisme plus qu’à l’enrayer. Elles se retrouvent ainsi dans une position de puissance par rapport à leur paires qui les envient, tout en étant dans une position avantageuse par rapport aux hommes qu’elles gouvernent d’une main de fer. 

Le syndrome psychologique de la Queen Bee

L’appellation Queen Bee provient en fait d’un syndrome psychologique : le Syndrome de la Queen Bee. Il a été décrit pour la première fois en 1973, par Graham L. Staines et T. E. Jayaratne et C. Tavris dans un article publié dans la revue Psychology Today[2] Les deux scientifiques analysaient le comportement destructeurs des femmes au travail. Leur travail a été étayé par plusieurs études, dont ceux de Roger Dobson and Will Iredal [3], ou encore, Chris Irvine[4].

Le syndrome se caractérise par les comportements suivants :

  • Grande estime d’elle-même, proche de l’arrogance
  • Agressive et très compétitive
  • Égoïste, égotiste et narcissique
  • Charismatique, belle (ou possédant suffisamment d’argent et de maquillage pour le faire croire)
  • Privilégiée par son statut social ou/et sa richesse
  • Manipulatrice et menteuse
  • Capable d’agir comme une sociopathe dénuée d’empathie
  • Agissant en parfaite harceleuse
  • Enviée par ses ami-e-s/connaissances au point de posséder sa propre cours d’admiratrices/admirateurs

Le syndrome psychologique a ensuite donné son nom à la peste, telle que nous la connaissons dans la fiction. Le concept semble s’être étendu à toute femme en position de force sociale, qui dit un peu trop ce qu’elle pense, qui est perçue comme un leader, et c’est probablement la raison pour laquelle Queen Bee est le surnom de Beyoncé.

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La Queen Bee dans la fiction

Dans la fiction, les personnages qui ont en général le plus de succès sont les Queen Bee. En voici une liste non-exhaustive, n’hésitez pas à nous donner d’autres noms dans vos commentaires !

  • Blair Wardolf & Georgina Sparks  (Gossip Girl)
  • Cheryl Blossom & Veronica Lodge (Rivendale)
  • Brooke Davis & Rachel Gatina (One Tree Hill)
  • Edie Britt (Desperate Housewives)/li>
  • Alison & Hannah (Pretty little liars)
  • Katherine Pierce (Vampire Diaries)
  • Margaery Tyrell & Cersei Lannister  (Game of Thrones)
  • Santana Lopez (Glee)
  • Mary Crowley (Downton Abbey)
  • Nellie Oleson (La petite maison dans la prairie)
  • Cordelia Chase (Buffy contre les vampires)
  • Gaea (Noob)

La Queen Bee, personnage complexe

Depuis quelques années maintenant, la Queen Bee prend de l’importance dans les fictions. Délaissant les blondes fades à la morale agaçante et qui se veulent parfaites, les scénaristes se centrent davantage sur les pestes, les vraies. Il n’y a qu’à voir comment ont évolué les personnages de la série Riverdale : Betty, la gentille petite blonde, s’est vue affublée d’une relation amoureuse avec le bad boy de la série, ainsi que d’une noirceur qu’aucune blonde ne possédait jusqu’alors. Autre exemple marquant : l’ascension remarquée et remarquable des femmes dans Game of Thrones. Les personnages féminins ont bénéficié d’un traitement tout particulier, puisque, le jeu du trône de fer dans les dernières saisons se joue entre les différentes régentes, alors que l’intrigue initiale se centrait sur les déboires et les affrontements des illustres familles gouvernée par des hommes.

Au fil des saisons, ce sont les femmes qui prennent le pouvoir : Daenerys, la mère des dragons tente de reprendre le trône de fer, tandis que Sansa assure la régence de Winterfell, et la sulfureuse Cersei Lannister, reine des garces et reine de Westeros, fait face à ses ennemies pour conserver son pouvoir et sa place !

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[Cersei Lannister, Game of Thrones – Lena Headey]

Des personnages qui supplantent les autres

En effet, tout le monde peut remarquer que les rôles s’inversent et que les Queen Bee sont bien plus complexes et bien plus intéressantes que la plupart des personnages. Pourquoi ? Parce que, pour les hommes, elles sont badasses avec du caractère : loin du cliché de la gentille petite fille, elles apparaissent comme des femmes fatales et insoumises. Parce que, pour les femmes, elles offrent un panel de sentiments et de complexité qui permettent de davantage s’identifier à elles qu’aux personnages plats et insipides. Avec les Queen Bee, les scénaristes nous offrent enfin des héroïnes qui ne se laissent pas marcher sur les pieds et qui savent dire merde ! Enfin des femmes qui ne sont pas victimes des hommes et du monde, mais qui savent en prendre le contrôle et agir sur celui-ci. Elles osent, et leur audace est inspirante.

Des personnages capables d’aimer

Attention, la Queen Bee n’a pas que des qualités et défauts. En effet, elle est telle qu’elle est justement à cause de cassures et de dures réalités de la vie. Mais c’est ce qui fait sa profondeur, sa cohérence, sa force et son caractère bien trempé qui nous ravit. En effet, la Queen Bee est souvent gâtée par les scénaristes : mère froide et impitoyable, meilleure amie narcissique, amour impossible… Malgré toutes les embûches qu’elle rencontre sur son chemin, la Queen Bee se relève toujours. A aucun moment, elle ne prend ses difficultés, ses échecs ou son passé douloureux comme des excuses, qui pourraient entacher son ascension. Elle grandit avec, leur fait face, et avance, triomphale, comme toujours.

Malgré tous ses défauts, la Queen Bee est capable de se sacrifier pour les personnes qu’elle aime. Paradoxal ? En fait, non. La Queen Bee est capable d’aimer avec une passion et une profondeur peu commune. Lorsque ses proches sont en danger, elle est capable de tout pour les sauver, y compris se sacrifier.

Des personnages passionnés et passionnels

La Queen Bee est entière, dans tout ce qu’elle fait. Tout ce qu’entreprend la reine des abeille est fait avec passion. Le monde de la Queen Bee est blanc et noir mais elle se débrouille pour que le reste du monde ne voit que des nuances de gris. Si elle aime, ce sera passionnément. Si elle déteste ce sera à mort, si elle désire quelque chose, ce sera à la folie. C’est pour ces raisons que personne ne peut se mettre sur le passage d’une reine. Parce que, pour elle, les obstacles ne sont que des défis à relever pour avancer toujours plus loin.

L’interprétation de la Queen Bee

Si la Queen Bee connaît un tel succès dans les films et séries, c’est surtout grâce aux actrices qui l’incarnent. Celles-ci ont la chance de jouer des rôles formidables. Il ne faut pas oublier qu’il est forcément beaucoup plus difficile d’interpréter un personnage si profond et si riche. Blair Waldorf n’aurait sans doute pas eu autant de succès sans l’interprétation magistrale de Leighton Meester. Tout comme Gaea, qui a largement contribué au succès de la web-série Noob, interprétée par Anne-Laure Jarnet. L’actrice a pleinement conscience du pouvoir dévastateur de son personnage. L’ascension du personnage principal de la web-série s’opère grâce à sa ruse et ses tours de force.

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[Gaea, Anne-Laure Jarnet – Noob]

Une Queen Bee, deux mesures

Il y en effet deux façons d’appréhender la Queen Bee, suivant ce que les scénaristes ou les auteurs désirent faire du personnage.

  1. La garce est un personnage principal et on apprend à la connaître. Sur bien des aspects, on va compatir pour elle. Elle s’adoucit quelque peu avec le temps.
  2. La queen bee est un personnage secondaire et on a besoin d’elle pour être la SuperGarce de l’histoire. Parce que c’est bien connu, dans toutes les histoires, il y a une SuperGarce ! Chacun d’entre nous, même, à droit dans son entourage à une SuperGarce.

Pour le premier type de Queen Bee, ce sont bien évidemment celles que nous apprécions le plus. Nous n’avons pas besoin de siter les meilleures telles que Blair Waldorf, Cheryl Blossom, Brook Davis et j’en passe rien que pour nos séries préférées.

Les Queen Bees discrètes

Les secondes sont un genre plus discret. Elles sont capables de remonter au premier plan, suivant l’avancement des saisons et la volonté des scénaristes. Le personnage de Nellie Olesen dans La Petite Maison dans la Prairie (oui, cette référence va chercher loin) en est un parfait exemple. Néanmoins, on adore tous détester ces garces. D’autant qu’on peut avoir un peu pitié d’elle par moment lors d’un moment d’égarement scénaristique finement travaillé, nous voyons les faiblesses des ces demoiselles. Cette compassion ne nous fait évidemment pas oublier qui elles sont mais quand même ! Tel le docteur Gregory House (de la série éponyme), ces garces nous amusent et leur méchanceté pimente leur réalité. Que serait Desperate Housewives, Vampire Diaries ou même Gossip Girl sans Eddy Britt, Katherine Pierce et Georgina Sparks ?

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[Nellie Olesen, la petite maison dans la prairie – Alison Arngrim]

Ce que nous apprécions probablement le plus, c’est leur capacité à faire face à toutes les situations qu’elles rencontrent. Elles le font en employant la ruse, tout en assumant leurs actions. Là où les autres personnages étiquetés comme « gentil petit poussin qui ne ferait pas de mal à une mouche » sont tout aussi capables de couardises et d’actes plus qu’immorales sans jamais vraiment les assumer, les Queen Bees assurent, dans tous les sens du terme.

En conclusion

les Queen Bees sont bien plus que des personnages. Elles sont de vraies représentations de la complexité des femmes, surtout des femmes fortes et l’on aime ça ! On n’est plus dans les années 50 où voir seulement une femme lever les yeux semblait une hérésie ! Aujourd’hui, nous sommes libres et on le montre bien ! D’ailleurs, retirez les garces des séries et tout semblera bien fade. La reine des abeilles montre que les femmes ont souvent plus de complexité et de force que les hommes – ne vous en déplaise, messieurs !

Et nous savons de quoi nous parlons, car dans notre réalité, nous sommes des Queens Bees, le côté harceleuse et narcissique en moins 😉

Tsilla & Amy

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[1] Caroline Bird et Sara Welles Briller, Born Female: The High Cost of Keeping Women Down, New York, D. McKay Co1968, 288 p.

[2] Francine D. Blau and Jed DeVaro (2007). « New Evidence on Gender Differences in Promotion Rates: An Empirical Analysis of a Sample of New Hires »Cornell University ILR School. p. 16. Retrieved 26 May2010.

[3] Roger Dobson and Will Iredale (31 December 2006). « Office queen bees hold back women’s careers »The Sunday Times

[4] Chris Irvine (23 September 2008). « Women find working for female bosses more stressful »telegraph.co.uk.

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