Revue de la Toile

Interview d’Emilien Paron, showrunner d’Ulysse

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Emilien Paron, showrunner d’Ulysse, mais aussi ingénieur, nous a fait l’honneur d’accepter de répondre à nos questions ! Des révélations sur le livre Ulysse, mais aussi sur Preview, la web-série qui sortira prochainement !

Après avoir interviewé Gaëtan Delaleu, je contacte Emilien Paron, l’un des showrunner de la web-série Ulysse. Le soleil ne s’est pas encore couché alors que nous démarrons notre entretien via un call Facebook. Je demande à Emilien de se présenter, car si tous les fans d’Ulysse connaissent son visage grâce au making-of, peu d’entre eux savent qu’il n’est pas seulement showrunner… « De base dans la vie, je suis ingénieur, dans le bâtiment. Je m’occupe de faire en sorte que les bâtiments consomment le moins d’énergie possible. J’essaie de sauver les bébés phoques. » Lance-t-il avec une pointe d’humour. « Sinon, j’ai un chat qui s’appelle Rémus, une copine et j’habite à Paris. »

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Emilien Paron, fan d’audio-visuel depuis l’enfance

« Depuis tout petit, je fais des films avec des lego et des copains. J’ai fait un lycée, dans lequel il y avait une option audiovisuelle. Finalement après le bac, j’avais le choix entre filière scientifique et audiovisuelle. J’ai choisi la « « sécurité » et donc la prépa scientifique en disant que rien ne m’empêchait de continuer à apprendre la vidéo à côté (ce qui est plus dur à faire pour apprendre à construire un pont, il y a moins de tutoriels en ligne).

Dans mon école [*ndlr : l’Ecole Polytechnique], j’étais dans une assoc’ audiovisuelle. Tous les trois mois, on devait faire une production. C’était à mi-chemin entre le sketch et le journal, un peu comme les Inconnus ou Golden Moustache, mais autour de la vie de la promotion ».

Mais alors, comment en est-il venu à sauver des bébés phoques ? :

« J’ai toujours été intéressé par la chimie-la physique, l’énergie m’a passionné. Je me suis spécialisé dans les économies d’énergie lorsque j’ai suivi un cours sur le bâtiment, à l’école d’ingé. Et ça m’a plu. Ça touche tout le monde. »

« Ce que j’aime bien, c’est que mon métier a du sens. On a l’impression que ça a un effet. J’aime bien participer à la sauvegarde de la planète. C’est cette approche de mon métier avec une conscience environnementale qui m’intéresse. »

Du Geek passionné au showrunner de web-série à succès

Pourtant, le cinéma a toujours été sa passion, à tel point qu’il a cherché à faire ses premiers stages dans le milieu : « J’ai fait des stages dans l’audiovisuelle dès que j’en avais l’occasion. Pendant ma dernière année d’école d’ingénieur, j’ai voulu faire une série avec Arnaud [*ndlr : Arnaud Huck, crédité comme responsable effet spéciaux et réalisateur de certaines scènes sur Ulysse].

C’est un ami que j’ai rencontré grâce à notre passion commune pour la série Chuck. Mon meilleur ami m’a parlé de Nico [*ndlr : Nicolas Nédellec : showrunner d’Ulysse], qui avait une idée de série mais pas d’équipe technique. Et nous, on avait la technique mais pas l’idée. Quand nous nous sommes greffés au projet, Nicolas avait commencé à travailler sur un immortel suicidaire, qui a des pouvoirs mais ça le fait chier. » Voici, cher-ère étoilé-e la genèse d’Ulysse.

« Comme beaucoup de gens, je suis un peu geek. »

Bien sûr, comment en aurait-il pu être autrement ? De toute façon, il va falloir vous y faire, nous allons conquérir le monde. « On a fait une série SF parce qu’on n’en voyait pas beaucoup à la télévision en France. »

Vrai : les séries SF sont peu nombreuses dans le paysage audiovisuel français, or web-séries produites par Studio 4, comme Le visiteur du Futur.

Un passionné de séries en tout genre !

Je demande à Emilien Paron quelles séries ont bercé son enfance. Je m’attendais à tout, sauf à : « J’ai été bercé par les séries. La toute première c’était Hartley, cœur à vif, une série que ma sœur regardait. La première série qui m’a marqué c’est The OC, ou Newport Beach en français, un teen drama. C’était une série avec beaucoup de second degré, de l’humour que j’aime. De l’humour acerbe. » Du coup, j’ai été fortement encouragée à me mettre à The OC « Les frères Scott en bien« . Qui sait, je vous en ferais peut-être une critique, lorsque je l’aurais terminée ?

La web-série Ulysse, inspirée par Chuck

« Je regarde Game of Thrones, Walking Dead, Big Little Lies… J’aime les drames, SF, les trucs geeks et moins geeks. Une autre série qui m’a beaucoup marqué, c’est Chuck. Du jour au lendemain, le personnage principal se retrouve avec tous les secrets du gouvernement dans la tête. Il y avait un mélange des genres et Nico, Arnaud et moi on a adoré ça. C’est ce qu’on a essayé de faire avec Ulysse : mélanger plein de références, plein de genres. Grâce à cette série, j’ai pu rencontrer toute l’équipe de tournage et faire un stage chez eux, grâce à une connaissance que j’avais aidée ».

La série Chuck a eu beaucoup d’importance dans sa carrière cinématographique, et dans sa vie personnelle. Il a ainsi pu rencontrer d’autres passionnés, et trouver sa voie. Ulysse doit beaucoup à Chuck, puisque cette série a rapproché Arnaud Huck et Emilien Paron.

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L’odyssée d’Ulysse racontée par Emilien Paron

« Au début, on était trois avec Arnaud. Arnaud était plus dans la technique et la réal, et moins dans le scénario. Nico était dans l’écriture concrète. Au final, comme nous faisions un peu tout sur la série, puisque notre équipe technique se composait le plus souvent de 3 à 5 personnes, nous avons choisi le terme de showrunner. Le showrunner, c’est le garant de l’homogénéité de la série, de l’écriture à la post-prod. Concrètement, durant le tournage, Nicolas réalisait la plupart du temps.

Arnaud et moi servions d’assistant réalisateur/chef opérateurs. On était accompagnés d’un sondier (Nicolas Chenu, Mathieu Bar ou Antoine Dechelette selon les épisodes et saisons) et d’un homme à tout faire parmi les habitués. Nicolas dirigeait les acteurs sur le tournage, c’est lui aussi qui choisissait et triait les plans pour la post-prod. Arnaud se chargeait des effets spéciaux et moi du montage avec son aide. »

Caster les acteurs de la web-série Ulysse : des entretiens atypiques

Contrairement à des franchises comme Noob, les acteurs d’Ulysse n’étaient pas tous amis au début du tournage : « Nico avait déjà fait une bonne partie des castings. En fait, 90% du casting était composé par des connaissances de connaissances. Puis, Nico a fait des annonces sur internet pour recruter des techniciens et des comédiens. C’est comme ça qu’il a recruté Benoît Lemaire, Charlotte Hervieux, Angéline Pelletier [*ndlr : les interprètes de Ted, Marie-Madeleine et Nora] »

Finalement, au cours de la discussion j’apprendrais que les acteurs et actrices n’ont pas joué de répliques durant leur casting. La raison ? :

« Il faut surtout une super entente entre les membres de l’équipe pour une web-série bénévole. C’était important de voir des gens qui humainement allaient bien ensemble. On n’a pas eu des grosses surprises sur le jeu des comédiens. On leur faisait confiance sur CV. »

« En fait, on avait pour démarche de faire jouer des comédiens et pas juste des amis. La plupart du temps, ce n’est qu’après qu’on est devenu potes. On a voulu chercher l’humain parmi les pros, ou les jeunes pros. On a eu de la chance. Les comédiens ont apporté énormément aux personnages qu’ils jouent. Par exemple, Benoît Lemaire avait été casté pour Charlie, mais au final on a imaginé un personnage pour lui. Les personnages ont pu être façonnés à partir de l’interprétation, comme celui de Charlotte. Au final, on n’a fait passer qu’un seul casting « classique » en 5 ans.

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Ulysse, une école de cinéma qui a duré 5 ans

Emilien Paron n’a jamais fait d’école de cinéma. Son école, ça a été Ulysse : « J’ai pu apprendre pas mal de techniques grâce à internet, et ensuite tu pratiques… Je n’ai pas fait d’école de ciné. Je pense que j’aurais appris à faire des choses plus rapidement en école de ciné, mais l’essentiel s’obtient tout aussi bien par l’expérience. Par la pratique, en tâtonnant, j’ai pu atteindre à peu près le même point. Il faut apprendre, concrétiser ses projets ».

Il finit par philosopher sur le rôle de la pratique dans l’apprentissage :

« Tu vas apprendre à faire du cinéma en filmant, pas en restant sur les bancs de l’école à ne rien faire. Sur Ulysse, en 5 ans, on a réalisé 8 heures de courts-métrages répartis sur les différents épisodes. On a filmé beaucoup plus qu’un long-métrage. On a eu les mêmes moyens du début à la fin de la série…mais il y a un gros décalage entre le premier et le dernier épisode. Finalement, on arrivait, à produire deux fois plus vite, car on a appris à utiliser mieux notre matériel, à filmer mieux, et à s’organiser mieux. Pour nous, Ulysse, ça a été une école de ciné en 5 ans. »

Des fans incroyables !

Ulysse n’a pas seulement été une école de cinéma. La série aura aussi été l’occasion de belles rencontres : avec les acteurs tout d’abord. Et surtout avec les fans : « Nos fans sont incroyables. Ils sont bienveillants et intelligents. On a une communauté en or ! On a même eu des fans qui nous ont écrit des chansons. Le truc qui marque, ce sont les personnes qui viennent nous voir en convention et qui ne connaissent pas encore la série. Ils sont là les deux jours de convention. Ils viennent le samedi, parlent avec nous. Et on les revoit le lendemain, ils ont vu pratiquement toute la série…Ça c’est ouf. Et puis, certains arrivent en disant : « Ulysse c’est ma deuxième série préférée, après Game Of Thrones. ».

En fait, pour Emilien Paron, la proximité avec les fans est l’un des plus grand avantage de ce genre de projet :

« Les gens peuvent plus facilement s’identifier aux personnages et à l’équipe. Ils peuvent plus facilement pardonner les petits défauts de création, et s’attacher à notre travail. Au final, ça peut expliquer l’engouement des fans, qui mettent Ulysse et Game of Thrones sur le même plans, alors que les moyens ne sont pas comparables ! » En toute modestie, il ajoute : « Tout comme la qualité. »

La musique : une place importante dans Ulysse et dans la vie d’Emilien Paron

Je l’interroge alors sur la place de la musique dans la web-série. S’il y a quelque chose qui m’a particulièrement marquée dans cette série, ce sont les musiques. Qu’elles soient épiques, ou des classiques du rock, elles collent parfaitement à l’ambiance et à la mise en scène.

Emilien Paron m’explique :

« J’aime beaucoup la musique aussi. Au début je voulais être assez libre. On a essayé de tout faire pour avoir les autorisations et passer les musiques que l’on voulait. Je pense que l’accord musique et image change tout. Dans l’audiovisuel, mon plus gros kiffe c’est le montage. J’aime accorder le son et l’image. Ça rejoint le boulot d’ingénieur (au sens de problème mathématique) : on te fournit des images, en pagailles, avec des faux raccords et des erreurs. Tu dois trouver LA solution : comment les raccorder pour gommer les erreurs et raconter au mieux l’histoire. Avant je mettais la musique avant même de monter ou écrire la scène. Je voulais écrire sur le rythme. Ce que je faisais se rapprochait plus du clip. »

Emilien Paron, fan de musique indépendante

Qu’écoute-t-il ? « Beaucoup de pop-folk, alternatif, rock, rock indé. J’écoute aussi de l’électro (plus lyrique, style Son Lux), du rap, etc. J’aime beaucoup de choses. Si je devais choisir un groupe pour représenter mon style…je dirais Arcade fire, mais il y a aussi The National et plein d’autres. Sinon, toutes les musiques d’Ulysse, j’aime bien…J’écoute aussi un peu des pops françaises, des groupes style Thérapie Taxi ou La Femme,

Et la suite d’Ulysse ?

Cette question qui me brûle les lèvres et enflamme certainement vos esprits, très chers fan d’Ulysse. Et à quand la suite d’Ulysse, que va-t-il arriver à nos héros préférés ? « On est en finition de la première partie, mais ça prend beaucoup de temps. C’est Nico qui écrit le livre d’après notre scénario, mais c’est un travail qui n’est pas si facile. La première partie est prête. On n’a pas envie que les fans attendent trop entre deux parties. Puis, on a eu les premiers retours, et c’était plus facile d’écrire. On pense que ce sera plus facile pour les fans de passer du format série au format livre, que de passer du livre à la série. »

Je lui demande ce que racontera le livre tant attendu : « La saison 3 se passe 5 ans après la fin de la saison 2, on va directement en 2018, 5 ans après la mort de Marie-Madeleine. » Je n’en saurais pas plus…mais, j’obtiens finalement un petit spoil en lui demandant si le livre leur permettra de mettre en scène des moments clefs qui auraient été compliqués à tourner : « On savait pas trop comment mettre en scène la baston finale. Là, on va pouvoir se faire plaisir, on n’est pas limité. Les décors sont plus grandioses dans un livre, et les effets spéciaux plus impressionnants. »

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L’après Ulysse ?

Après une telle aventure, je lui demande quel sera le futur de toute la troupe. J’ai ouï dire de source sûre qu’une nouvelle série était en préparation. Emilien Paron me confirme : « On essaie d’écrire d’autres séries ou d’autres projets persos en phase embryonnaire. On a tourné une autre web-série qui s’appelle Preview, qui sera diffusée gratuitement sur Studio 4. Ça parle du monde Youtube, une dystopie sur Youtube, en moins dark. » Une dystopie est le contraire d’une utopie : c’est un monde imparfait, dans lequel personne ne voudrait vivre. L’univers d’Hunger Games en est une parfaite représentation.

Je lui demande de quoi parlera cette nouvelle série :

« C’est un Youtubeur célèbre en manque d’inspiration qui choisit de tester une mystérieuse fonctionnalité sur Youtube, un assistant personnel à la création, qui s’appelle Preview. Preview aide à créer des vidéos optimales grâce aux algorithmes. Il prédit si une vidéo fonctionnera ou pas. C’était l’occasion d’aborder des grandes questions sur la création. Où s’arrête la création et où elle commence ? Est-ce que le succès peut être calculé ? Le tout appliqué au medium particulier de Youtube où l’influence du spectateur est très forte. »

Avant de quitter Emilien Paron, il me glisse : « à bientôt, avec le Livre I d’Ulysse, je l’espère. »

Sur ce, les étoilé-e-s, je file regarder the OC, et découvrir le The National !

Longue vie et prospérité.

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