FEAT., un regard critique sur YouTube

FEAT. a été écrit par Victor Pierson, et réalisé par Adrien Léger. Il nous raconte l’histoire de Pedro, un jeune arriviste qui rêve de peser dans le YouTube Game. Notre avis sur ce mockumentaire pertinent.

De quoi parle FEAT. ?

FEAT. est un mockumentaire, ou documentaire parodique. Il met en scène trois protagonistes : Pedro (Victor Pierson), Sébastien (Clément Carfantan) et le jeune réalisateur qui filme leurs aventures.

Pedro a connu un succès fulgurant sur dailymotion grâce à sa vidéo dans laquelle il mélange mentos et coca. Désireux de réitérer son exploit et devenir célèbre, il décide de créer sa chaîne YouTube. Il contacte Sébastien, qui travaille comme comptable dans une boîte produisant de grands YouTubers. Son but ? Devenir le plus célèbre des YouTubers. Sa méthode : s’accaparer quelques minutes d’audimat sur des chaînes qui ont réussi à percer durablement. Pedro atteindra-t-il la gloire ? Si oui, à quel prix ?

Voici l’un des épisodes :

Pourquoi regarder FEAT. ?

FEAT. s’inscrit dans la lignée de Preview (on retrouve d’ailleurs Bertrand Usclat dans l’un des épisodes), qui dénonce et se moque des YouTubers opportunistes. Ce mockumentaire porte une réflexion intéressante sur la recherche permanente de la Gloire dans notre société. Comme le disait Hemingway : « Quand on a du succès c’est toujours pour les mauvaises raisons. Quand on devient populaire, c’est toujours dû au pire aspect du travail effectué ». L’attitude de Pedro illustre parfaitement cette citation, puisque seul compte le Buzz, qu’il soit bon ou mauvais.

C’est d’ailleurs la raison pour laquelle j’ai eu beaucoup de mal à accrocher au début. Je n’ai pas du tout apprécié les deux premiers épisodes, car Victor Pierson surjoue en permanence le jeune opportuniste.

Puis, le mockumentaire déroule son fil conducteur, et les personnages prennent peu à peu en profondeur et en crédibilité.

Les épisodes se bonifient au fur et à mesure qu’avance l’histoire, ce qui engendre un certain déséquilibre entre le début de la série, excessive, et la fin, excellente.

Pedro personnifie à lui seul l’ensemble des badbuzzs de la décennie. Du racisme ordinaire au sexisme mis en scène dans des épisodes hilarants, c’est à travers ses déboires que le réalisateur et son auteur dénoncent ces formes d’intolérance toujours ancrées dans nos sociétés. Rechercher la gloire sans prendre le recul nécessaire sur de tels sujets, voilà l’un des pièges dans lesquels tombent les jeunes en mal de reconnaissance sur les réseaux sociaux. Ils en viennent alors à copier ce qui a déjà été fait, tout en portant sur nos écrans une éthique plus que discutable.

Outre l’immoralité de Pedro qui en devient comique tant elle est absurde, le réalisateur porte un regard critique sur l’univers du YouTube Game. Il nous montre l’envers du décor : des studios de production, en passant par les tensions au sein des groupes, FEAT. dévoile une réalité que peu de YouTubers exposent. Les Featurings sont réussis, et les YouTubers incarnent à la perfection leurs propres rôles. C’est là un excellent travail documentaire qui a été réalisé.

FEAT., un regard réflexif ce qu’est devenu YouTube

Au final, FEAT. interroge également son public sur ce qu’est un YouTuber de nos jours, et sur ce que ça n’est plus.

Alors qu’il suffisait de se filmer en mélangeant du mentos et du coca pour faire le buzz quelques années auparavant, il faut maintenant avoir un véritable projet pour se lancer dans l’aventure de la célèbre plateforme. Pedro n’a pas de réelles intentions créatrices : il veut être connu. Il ne sait pas définir le contenu de sa chaîne, simplement parce qu’il n’en a pas l’intention.

Or, devenir YouTuber ce n’est pas seulement réaliser des vidéos, c’est s’inscrire dans des catégories : humour, fiction, beauté, gaming, critique cinéma/série, science…Bien entendu, beaucoup de YouTubers sont borderline, comme le Fossoyeur de Films qui propose des critiques de films à travers le développement d’un univers fictif. C’est l’un des leit motiv de ce mockumentaire : Pedro ne sait pas ce qu’il veut faire. C’est aussi une réalité sur YouTube. Aujourd’hui, être YouTuber, cela n’a pas vraiment de sens en soit, si l’on ne sait pas définir ce que l’on fait. Pedro est donc tout sauf un YouTuber.

Pour conclure,

C’est en définissant ce que n’est pas et ce que n’est plus un YouTuber, en nous montrant l’envers du décor de la production des vidéos, qu’Adrien Léger et Victor Pierson nous offrent une des meilleures critiques de cet univers. Ces deux auteurs nous démontrent que devenir YouTuber demande du temps, de l’investissement, et du travail. Ce qui n’est pas le cas pour le buzz : la popularité s’explique, la reconnaissance s’acquiert, le succès est un coup de poker.

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