Nicolas Nédellec, showrunner d’Ulysse

Nous avons rencontré Nicolas Nédellec, réalisateur de la web-série Ulysse, dont nous vous avons déjà parlé lors de l’interview d’Emilien Paron, le réalisateur de Preview.

Préparez-vous un thé, ou un café on ne juge pas, et installez-vous confortablement. Tsilla et moi-même allons vous faire le portrait d’un showrunner passionné.

Le parcours de Nicolas Nédellec : à la fois théorique et pratique

Nicolas Nédellec fait partie de ces réalisateurs qui ont commencé par étudier le cinéma, avant de tourner : « J’ai fait une FAC de cinéma à Nanterre, qui forme à tout ce qui est théorique. C’est super intéressant, Car cela m’a permis de m’ouvrir l’esprit et de voir un grand nombre de films que j’aurais difficilement vu ailleurs ». Suite à sa licence, il a désiré intégrer une école. Cependant, les places étaient chères : « Les écoles de cinéma (ndlr : comme la Femis ou Louis Lumière), ne prennent qu’à partir de BAC +3 ? Je pouvais passer le concours, mais il n’y avait que 3% de reçus. J’ai malheureusement échoué et terminé mon cycle universitaire avec un Master 1 (ex Maîtrise). ». Il résume sa formation par une belle image : « C’est comme du solfège, vous voyez une partie de théorie, mais pas de la pratique. » Pour se perfectionner, il nous explique que : « En tant qu’étudiants, on a tous fait des courts métrages ».

S’il s’est formé à la théorie, il a aussi acquis d’autres compétences. En effet, ce passionné est un touche-à-tout : « Entre temps, j’ai fait d’autres choses : du graphisme, je suis parti à l’étranger. » Son déclic, il l’a eu grâce à l’un de ses amis : « J’avais un copain, Benjamin Halley, qui faisait une web-série, Kapaaw, et j’ai trouvé ça génial car le format permettait de parler de tout. » Nicolas Nédellec a exploré d’autres domaines cinématographiques : « J’ai également fait de la publicité pour internet et la télévision, ainsi qu’un court-métrage, L’âge de pierre avec Davy Mourier, disponible sur Youtube à cette adresse. » 

Ulysse, c’est d’abord des rencontres…

Nicolas Nédellec a rencontré Gabriel Fost (Ulysse) et Alex Lefevre (Acus) dans la boutique du centre commercial de Parly II où ils travaillaient. Alex Lefevre était vendeur. Pierre-Kevin, l’un de ses collègues, travaillait comme caissier. C’est ce dernier qui l’a mis en relation avec Emilien Paron et Arnaud Huck. Avec ce premier, ils se sont attelés à l’écriture de la web-série tous ensemble. C’est ainsi qu’a commencé Ulysse : « Ça a mis du temps, j’ai fini la fac à 23 ans et j’ai commencé Ulysse à 27 ou 28 ans. »

Une équipe, oui, mais amicale avant tout !

Nicolas Nédellec étant peu expérimenté, il a préféré avoir recours à des entretiens plutôt que des castings pour le choix des acteurs de sa web-série : « C’était engager des frais pour des choses qui me semblaient démesurées », nous affirme-t-il. Il cherchait à entretenir un lien privilégié avec ses comédiens, pour qu’ils s’investissent dans le projet. Souvent, Nicolas Nédellec faisait appel à des membres de son équipe pour trouver d’autres comédiens. « Gaëtan Delaleu a été un bon agent. Il nous a notamment présenté Alice Dessuant et Léonie Guiguen qui ont été en cours avec lui. ». Gaëtan Delaleu a été professeur au Cours Florent. Nicolas Nédellec poursuit : « Geoffrey Lopez, Sophie Dumont et j’en oublie forcément… nous ont permis de rencontrer des gens formidables. »

Lors de l’entretien, il discutait avec les acteurs/actrices pour voir comment ils/elles visualisaient et comprenaient leur personnage. C’était un double entretien, puisque Nicolas Nédellec présentait le projet et le comédien pouvait ne pas adhérer. Le seul casting auquel les showrunners ont procédé, fut pour trouver l’actrice interprétant Eris. Il recherchait une comédienne qui pourrait apporter le côté femme fatale du personnage.

Ulysse, une histoire hors du commun 

Après que Nicolas Nédellec ait fini de regarder une saison de Fringe, il eut l’idée de raconter une histoire mystérieuse. Ce qu’il appréciait particulièrement dans cette série, c’est qu’il y avait des histoires qui se regroupaient : « J’avais envie d’avoir ce mélange d’action, de SF et de comédie. En théorie on ne mélange pas les genres, ou du moins c’est ce qu’on m’a répété, mais en fait, c’est ce qui rendait ces histoires aussi riches.. En écrivant mon histoire, j’ai commencé par fusionner un peu de mythologie grecque, Fringe, Scrubs… » Nicolas Nédellec, trouvant qu’un héros classique c’était « chiant », a choisi de créer un anti-héros : « Je voulais lui donner une force, et en même temps, une faiblesse. Du coup, j’ai choisi une figure paradoxale : un anti-héros immortel, mais suicidaire » Pour incarner son personnage principal, il s’est naturellement tourné vers Gabriel Fost: « J’avais besoin d’un héros qui soit petit et poilu, donc j’ai pris Gabriel, qui était petit et poilu. » Il a parlé avec Gabriel Fost de son personnage, mais il manquait encore certains éléments pour parfaire sa construction. 

Quand il a rencontré Emilien Paron, il avait écrit le début de l’histoire et la fin. Grâce à toute l’équipe d’Ulysse, des personnages comme Ted, Eris, ou le père de Nora se sont imbriqués dans la création. Emilien Paron a permis de rendre crédibles les voyages temporels. Au part, ils désiraient faire d’Ulysse un super héros à la Kick-Ass. Au final, cette idée à été mise de côté : « Lorsque j’ai écrit cette histoire, on avait des personnages, leur nom, là où ça se passait. La fin se déroulait sur une saison, et pas sur deux. Et après, on a soulevé toutes les incohérences, et on a fait en sorte que ce soit cohérent de bouts en bouts, la cohérence, on a l’a obtenu en travaillant ensemble. »

Certains éléments, comme le nom du médecin qui soigne la femme de Charlie ou encore l’enveloppe d’Elena ont été inspirés de faits réels.

Des personnages qui ont gagné en profondeur au fil de l’histoire

Nicolas Nédellec voulait un prénom qui soit à la fois original et ancien pour son personnage principal : « Le premier prénom que j’avais choisi c’était Cornélius, on en a parlé avec Gabriel. Et puis on a pensé à Ulysse, on a fait des recherches, sur l’épopée d’Ulysse. ». Le prénom Ulysse, du grec Ὀδυσσεύς / Odusseús, en latin Ulixes, a donné le nom odyssée qui signifie voyage. Le prénom collait donc parfaitement à l’épopée qu’entreprend le personnage principal qui navigue dans le temps. Comme l’Ulysse antique, le personnage de la web-série est capable de ruse, de malice et de survivre à son destin. Nicolas Nédellec souhaitait un personnage principal qui soit profondément humain : « Ulysse est un héros qui a des fêlures ». Son épopée est à son image, et le futur du héros est peut-être plus grandiose encore que ce que nous imaginons. À ce moment là de l’entretien, Nicolas Nédellec laisse planer le suspens et nous dit : « Peut-être même qu’il ira dans le monde des morts ». En effet, lorsque l’Ulysse antique parcours la Méditerranée, il finit par échouer sur l’île de la sorcière Circé qui n’appartient plus au monde des vivants.

Quant à Marie-Madeleine, alias MM’s, son background qui a été un peu plus développé : « C’est la Versaillaise, l’archétype de la fille qui se trimballe un cliché ambulant. » Il rajoute en souriant : « C’est marrant d’avoir un prénom aussi grand pour une fille aussi petite. » Il nous explique que les parents de Marie-Madeleine se ruinent pour entretenir le patrimoine familial, provenant d’un héritage aristocrate. Personne ne se rend compte qu’elle est sans le moindre sous, et par elle-même, elle entretient ce cliché. Comme c’est une fille forte, elle n’en parle pas. Elle soutient Ulysse qui est égocentrique, elle va même

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jusqu’à mourir pour lui : « dans l’épisode 2 de la saison 1 on dit clairement que MM’s meurt à la fin de la saison 2, c’est écrit sur un mur, on avait peur que tout le monde le voit. »

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Le personnage d’Elena devait être moins présent. Cependant, elle est devenue le témoin de cette histoire : « On la voyait de façon incognito au début, comme un conteur plus qu’autre chose. Et puis, grâce à ses interventions et son histoire, on vous montre comment on en est arrivé là. » Dans l’épisode 1, il y a plein d’indices énonciatifs qui nous…  

Charlie était le seul personnage dont le prénom ou l’histoire fut peu modifié : « Un peu comme Nora, j’ai mis du temps à trouver le prénom de Charlie. Nora, est un personnage solaire comme l’est Angeline Pelletier son interprète. C’est elle qui apporte les réponses. » Dans cette série, les showrunners se sont permis d’incorporer de nombreux parallèles aux scènes marquantes de la pop-culture : « On a fait des petites références.

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À la fin de la saison 2, Charlie apprend que sa femme est morte.

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On a fait un parallèle entre Anakin et Charlie. » Dans cette scène, Charlie et Ulysse regardent l’épisode 3 de la sage Star Wars, à l’instant où Anakin sombre du côté obscur de la force. Nicolas Nédellec analyse : « Il y a toute l’émotion d’Anakin qui décrit les sentiments de Charlie. »

C’est le personnage de Ted qui a été le plus développé au fil des saisons et des épisodes. Pourquoi Ted ? Nicolas Nédellec nous révèle que ce personnage a deux inspirations : « le Ted de Scrubs et le Ted de How I Met Your Mother. » En fait, Ted est le diminutif de Théodor, sauf qu’il n’assume pas du tout son prénom. Comme le Ted de Scrubs il est incompris et il cache son intelligence. Comme le Ted de How I Met Your Mother, il aime faire des plans et se montre drôle et sympathique. Nicolas Nédellec enchaîne : « Ted est arrivé et il nous manquait ce personnage un peu fou, et c’est en cours de saison 1 qu’il est devenu ce qu’il est devenu. »

Enfin, Emily Somerville, a vraiment existé : « vu que l’actrice qui devait l’interpréter au départ était australienne, on voulait un prénom qui colle avec son origine et qui fasse aussi un beau nom de méchante. Comme elle avait un accent, on lui en a donné un. Emily Somerville a eu un impact, car Ulysse vit tout cela à cause d’elle. Ce qui se passe en fin de saison 2 devait se passer. Elle a aidé Ulysse à se révéler car lorsqu’il revient chez les templiers il a conscience de tout ce qu’il s’est passé. »

Pour Nicolas Nédellec, le cinéma est une passion avant d’être un métier

Ils ont tourné les 3 premiers épisodes de la web-série comme un seul : « On voulait que le premier soit le meilleur possible. On a pris le temps de bien faire, de le retourner. Pendant ces 3 premiers épisodes, on a exposé ce qu’on voulait développer. On avait déjà tout calé pour que ce soit le plus cohérent possible. »

Nicolas Nédellec souhaite surtout garder le côté passion dans la réalisation : « pour faire uniquement ce qu’on a envie de faire. » Veut-il en faire un métier ? « Je ne sais pas, J’ai en emploi alimentaire et nourrit d’autres passions comme la photo et l’écriture en général, et ça permet de conserver ma passion pour le cinéma. » nous confie-t-il. « Si demain, je ne pouvais faire que ça, ce serait génial ». Cependant, il nous glisse que la réalité est bien différente et que peu de gens peuvent se le permettre. Quand il a commencé le tournage d’Ulysse, Nicolas Nédellec avait un métier à côté. Par la suite, il a tenté de devenir indépendant en tant que réalisateur et graphiste pendant un an : « J’ai fait beaucoup de commandes, et j’ai fini par perdre passion. Ça vous prend beaucoup de temps et ça vous perd cette magie. Je préfère avoir un plan B à côté, ça me permet de développer d’autres compétences et ça m’évite de perdre pied. »

Des révélations sur le livre à venir

Pour conclure la web-série, les showrunners préparent un livre en plusieurs tomes. Nicolas Nédellec s’est rendu compte que ce n’était pas le même type d’écriture : « c’est mille fois plus exigeant, il y a un travail de style très particulier. » L’écriture d’un livre, contrairement à celle d’un scénario, offre plus de libertés et de possibilités. Quand on est habitué à tourner un scénario, on est dans l’impossibilité de le réécrire lorsque c’est dans la boîte. Pour chercher de l’inspiration, Nicolas Nédellec s’est replongé dans la lecture.

En relisant notamment Neil Gaiman, Conan Doyle, Arsène Lupin, American Gods, Stardust, Branston, American Psycho… Nicolas Nédellec s’est inspiré de ces romans, et en particulier de polars, pour écrire le livre I, qui est terminé. D’après ses dires, le livre II l’est quasiment : « On sait comment il finit, on sait comment il s’achève. » La liberté d’écriture se ressent : « Il y aura plus d’action car on peut se permettre plus de choses. Pour la web-série on avait des chorégraphes pour les combats mais on n’avait pas forcément le matos pour protéger nos comédiens. Là, on peut tout se permettre. On va également retrouver des personnages des saisons 1 et 2 et il y aura des surprises. » Et l’air de rien, Nicolas Nédellec nous glisse : « MM’s est morte, mais on aimerait bien qu’elle revienne. Vous verrez… »

Si le réalisateur a été peu présent ces derniers temps, c’est parce qu’il s’est concentré sur l’écriture : « Ce livre prend beaucoup de temps. Je n’avais pas le temps de faire autre chose […] j’avais peur d’abîmer notre histoire. » nous confie Nicolas Nédellec. En effet, l’écriture d’un livre peut être très chronophage. C’est pourquoi il veut être impliqué à 100% dans ce projet. L’attente des fans motive les showrunners : « On sait qu’il y a beaucoup de gens qui vont le lire. Ce sont les fans qui nous font finir, sinon on ne se mettrait pas la pression. Et parce qu’il y a des gens derrière. On a envie de le rendre à nos fans. »

Jonathan Caplain

A propos de Jonathan Caplain 10 Articles
Rédacteur cinéphile/sériephile pour la Revue de la Toile

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