Alors que la bande-annonce de Supergirl avec Milly Alcock (et Jason Momoa en Lobo) vient de sortir, il est temps de revenir sur son cousin Clark Kent. Critiqué notamment pour l’absence d’Henry Cavill, le film Superman qui a lancé l’univers de super-héros DCU a clairement divisé à sa sortie. Pourtant, James Gunn nous a offert une œuvre très proche des comics, et plus riche qu’il n’y parait. Voici dix raisons de réévaluer le film Superman.
Note : Même si nous tenterons de rester aussi vague que possible, l’article contiendra fatalement quelques spoilers. Visionner le film avant de lire l’article est donc recommandé.
1/ Superman est à 300% un film de comics
Superman joue à fond la carte du DC Silver Age. Sans s’excuser, sans demi-mesure. Sans même essayer de rendre « réalistes et high-tech » les costumes, comme Marvel Studios peut le faire (cette direction artistique aboutit à des villes grises, ternes et impersonnelles). Ainsi, Superman embrasse totalement la démesure et le fantastique presque banal (et donc qui se passe d’explications scientifiques bancales) de son support d’origine. Plus encore, la rule of cool des comics DC fait loi. Ici, vous avez des monstres géants qui débarquent tous les mardi, des robots qui s’appellent Gary, une base secrète à deux pas de Metropolis, littéralement visible de l’autre côté du fleuve ! Mais aussi un Mr Terrific (joué par Edi Gathegi) qui se vêtit d’un simple blouson de cuir, mi-motard mi-popstar.
De surcroît, nous vivons à une époque où les films de super-héros ont dépassé « la référence pour la référence ». Où Ultraman peut arborer le premier costume de Doomsday sans que cela ne choque, tant que c’est porteur de sens dans le film.

Krypto existe dans toute la splendeur de son concept délicieusement ridicule : un chien surpuissant avec une cape… Et le film a l’intelligence de le rendre mal dressé par Supergirl… Il est donc totalement imprévisible ! Même le téléporteur a droit à son thème musical badass !
C’est, certes, un parti pris qui ne conviendra pas à tout le monde. Certaines personnes préféreront le réalisme sombre du Man of Steel d’Henry Cavill. On ne peut pas leur en vouloir. Pour ma part, je pense que même si le film de Zack Snyder est objectivement meilleur, plus philosophique et émouvant… Eh bien je crois que je préfère le film de Gunn. Plus fou, plus généreux, et surtout doté d’un potentiel de revisionnage bien supérieur.
2/ Superman est un film de James Gunn : Un film critiqué mais qui a du cœur
James Gunn a toujours aimé filmer les losers magnifiques. Des gens imparfaits, très humains, qui échouent. Pour mieux se relever. Qui se trouvent parfois des familles de substitution, comme dans ses Gardiens de la Galaxie. En effet, si les aventures de Star-Lord, Rocket Racoon et Groot ont autant touchés le public, c’est aussi parce que ce sont des films avec une âme. Parfois maladroits, un peu niais, mais toujours sincères.
Et justement, ceux qui connaissent mal Superman le taxent d’être un peu niais, trop unidimensionnel. Mais, à l’image du Man of Steel d’Henry Cavill, c’est justement sa bonté et son idéalisme qui sont plus que jamais nécessaire dans notre époque désabusée et cynique. Cependant, à l’inverse de Snyder, James Gunn préfère s’attarder sur l’humain faillible et qui doute, plutôt que sur le mythe idéaliste et quasiment christique dès le départ. Car Kal-El doit d’abord se trouver, avant d’inspirer le monde.

Ce n’est pas un hasard si les parents Kent paraissent maladroits. Peut-être trop cliché de paysans pour certains (qui n’a jamais eu de parents qui galèrent avec la technologie ?). Mais peu importe s’ils ne s’expriment pas comme des dramaturges. Vous sortez des monologues à la Kevin Costner tous les quatre matins, vous ? Le message est transmis par la simplicité, et ça ne le rend que plus réaliste. D’ailleurs, c’est l’opposé du style grandiloquent de Jor-El, et c’est volontaire.
3/ Contre Superman, l’une des meilleures adaptations de Lex Luthor !
Oui, je sais que la version de Lex Luthor la plus appréciée est probablement celle de Michael Rosenbaum dans Smallville. Mais, si l’on excepte la version du cartoon Superman, l’Ange de Metropolis, le Luthor incarné par Nicholas Hoult est probablement le plus proche de celui des comics.
Réellement brillant (le type fabrique quand même un trou de ver, oklm !). Si l’on y réfléchit bien, son plan pour détruire Superman n’a pas de faille ! Il est parfait. Chaque étape est intelligente, machiavélique et brillamment exécutée.
Plus encore, déterminé comme pas permis, Lex nourrit une véritable rancune jalouse et obsessionnelle pour l’Homme d’Acier ! Exactement comme dans les comics. Et c’est tellement divertissant à regarder !

Pourtant, le film montre clairement que Lex pourrait apporter beaucoup à l’Humanité, s’il acceptait de mettre son ego de côté. Et c’est précisément parce que Clark reste humble et simple, en dépit de ses pouvoirs divins, qu’il est plus digne que Lex. Ce dernier n’est pas tant victime de son rival… Il est surtout victime de son propre ego.
4/ Superman et Lex se combattent via l’opinion publique
Évidemment, le vilain au crâne rasé sait qu’il ne peut, à priori, pas battre l’Homme d’Acier sur le terrain des muscles. Alors, il va l’attaquer là où il est vulnérable. Sur le terrain médiatique. Détruire son image, écorcher sa légende… C’est là que résonne toute la pertinence de ce film, à l’heure de l’omniprésence des réseaux sociaux. Où chaque déclaration est scrutée, et peut livrer quelqu’un à la vindicte populaire (coucou Twitter, enfin X). C’est d’autant plus savoureux dans le film que le PDG de Luthorcorp n’utilise… Que la vérité !
En effet, le message de Jor-El est un message de dernier recours, motivé par la survie de son espèce. Il porte des valeurs et des objectifs kryptoniens, aliens. Qui passent difficilement dans le contexte de la Terre, et qui ne peuvent que susciter paranoïa et indignation, notamment à une période où des mouvements comme MeToo ont pris de l’ampleur et exposé les dérapages de plusieurs personnalités publiques.
5/ Critiquée, la blonde est le personnage le plus intelligent du film !

Eve (interprétée par Sara Sampaio) est un génie, qui a objectivement vaincu Luthor, pratiquement à elle toute seule. La vraie « MVP » du film. À première vue, on la prend pour une potiche qui n’a rien dans le cerveau. Trop occupée à soigner sa plastique et à prendre des selfies pour les réseaux sociaux. Tout le monde la sous-estime, et c’est précisément là sa plus grande force ! Par instinct de survie (on ne peut plus justifié), Eve va la faire à l’envers à Lex Luthor. Trop imbu de lui-même, ce dernier ne peut pas conscientiser une seule seconde qu’il pourrait se faire avoir par une « imbécile d’influenceuse ».
C’est presque un discours féministe. Et plus encore, c’est un magnifique exemple de l’Art de la Guerre selon Sun Tzu. Elle a fait une Brutus, ou une Hegdahl, comme on dit dans le milieu.
De plus, malgré son attitude, Eve semble être fondamentalement quelqu’un de bon et de sensible. Ainsi, le film joue à plusieurs reprises sur ce thème des apparences trompeuses. Comme avec notre PDG au crâne rasé justement, qui affiche une façade de patron « cool », valorisant et proche de ses employés. Mais le vernis se craquelle vite dès que la situation ne va plus dans son sens.
6/ Des personnages secondaires efficaces
Le Justice Gang bien sûr, prototype de la Justice League. Mais aussi Jimmy Olsen, plutôt GigaChad comme toujours. Loïs Lane (Rachel Brosnahan), pour sa part, est une vraie journaliste, qui enquête sur le terrain et n’a pas peur de prendre des risques pour aller chercher la vérité. Sa relation avec Clark fonctionne bien (même si leur crise de couple paraît forcée et n’a pas trop de sens, avouons le).
L’habituel homme de main cyborg de Lex Luthor, Metallo, est ici remplacé par l’Ingénieure, une super-héroïne issue des comics The Authority (qui appartiennent à DC Comics). Ce changement est bienvenu, car l’Ingénieure a non seulement un pouvoir plus impressionnant -elle contrôle des nanomachines-, mais elle est aussi plus réfléchie. Ainsi, montre-t-elle une personnalité intéressante et, tout en étant loyale, n’hésite pas à remettre en question des mécanismes qui semblent bien ancrés. Nous avons donc une tueuse intelligente, mais dotée d’un certain sens moral… Un cheminement tout trouvé pour la voir rejoindre l’équipe interventionniste, radicale et moralement ambiguë de The Authority – des super-héros qui décident d’intervenir directement dans les affaires humaines, au dessus des états, pour résoudre les problèmes mondiaux – dans le futur !

7/ Un film Superman inspiré de l’actualité
Un défaut pour certains, une qualité pour d’autres. Toujours est-il que le film adopte un point de vue -assez partisan- sur des conflits dont la ressemblance est plus que fortuite avec les conflits israélo-palestiniens et russo-ukrainiens qui se déroulent malheureusement actuellement. Nul doute que l’écriture du long-métrage a été influencée par ses questions. Le kryptonien de David Corenswet se pose la question de l’interventionnisme. Éternel sujet de débat sur le personnage. Des œuvres Detective Comics comme les jeux et comics Injustice ont apportés une raison logique et nuancée -quoiqu’avec des gros sabots- du pourquoi l’être quasi-divin qu’est Superman n’intervient pas dans les affaires entre états.
Le film de James Gunn apporte une lecture plutôt optimiste sur cette question. Et à l’Homme d’Acier de Snyder, qui répondait -certes pour un interrogatoire de l’US Army– qu’il avait grandit dans le Kansas, celui de Corenswet semble répliquer qu’il est un citoyen du monde (tout en présentant l’interventionnisme d’une superpuissance comme quelque chose de positif ? Mmh…)

Cet ancrage dans la réalité se retrouve aussi immanquablement dans le personnage de Lex Luthor. Indissociable depuis quelques temps des têtes pensantes des nouvelles technologies. Si l’interprétation de Jesse Eisenberg empruntait beaucoup à Mark Zuckerberg, celle de Nicholas Hoult tend évidemment du côté d’Elon Musk. N’hésitez pas à lire notre article sur la ressemblance troublante entre Elon Musk et Lex Luthor .
Si le PDG de Space X partage les lubies onomastiques de son équivalent cinématogaphique, son acolyte autoritaire d’Europe de l’Est n’est pas en reste. En effet, au-delà d’une ressemblance physique et iconographique avec Benyamin Netanyahou et Mikhail Gorbachov (un russe donc), Vasil Gurkhos, le président boravien est peut-être aussi une référence déguisée à Donald Trump. Hollywood ne porte en effet pas vraiment dans son cœur l’actuel locataire de la Maison Blanche. Et le film a été écrit avant la réélection de Trump. Le président boravien et l’Homme Orange ont ainsi de nombreux points communs : discours enflammés, frôlant parfois le vulgaire, petite phrase étrange sur la gent féminine, patriotisme bombant le torse et, tout récemment, interventionnisme dans un pays étranger.
Ce qui est intéressant ici, c’est qu’il y a une inversion symbolique. Lors de la campagne présidentielle, Elon Musk était naturellement le bras droit de Trump, il lui était subordonné. Hors dans ce film, c’est l’entreprise privée qui contrôle le pouvoir politique. Simple nécessité d’être fidèle aux comics ? Ou bien message subliminal ? (après tout, Musk possède une influence considérable. Et il était le principal financeur de la campagne présidentielle de Donald Trump).
La scène hilarante et cartoonesque de l’armée de singes postant des commentaires de trolls sur Internet, c’est évidemment une boutade de James Gunn se moquant des réseaux sociaux qui réagissent à l’émotion et à la culture du buzz (comme X, anciennement Twitter). Également un pied de nez à ses détracteurs. En effet, Gunn se fait vivement critiquer depuis des années, notamment de la part de fans purs et durs du Snyderverse, qui ne supportent pas qu’un autre ait pris la place de leur Messie. Les étoilés, le Snyderverse est terminé. C’est déjà un miracle que la Snyder Cut soit sortie. Il faut passer à autre chose maintenant… C’est littéralement Zack Snyder lui-même qui le dit !
Mais attendez une minute… N’y a t-il pas eu des bataillons de « cyber-activistes » influençant l’opinion durant les élections présidentielles étasuniennes ? On sait que 4Chan notamment, fier bastion du troll outre-Atlantique, s’est démené pour soutenir le candidat républicain. Mais les primates de laboratoire du film peuvent aussi être un clin d’œil, plus sombre, aux tests de l’implant Neuralink, développé par la société d’Elon Musk, sur des singes utilisés comme cobayes -si vous êtes une personne sensible, je vous déconseille d’aller chercher des images. En effet, James Gunn véhicule souvent des messages dénonçant la cruauté envers les animaux. Comme lorsqu’il montre Rocket Racoon en cobaye de laboratoire dans Les Gardiens de la Galaxie volume 3.
8/ Superman porte bien le slip par dessus son pantalon
Il faut le dire. Cavill et Snyder n’avaient pas osés. Corenswet et Gunn l’ont fait !
9/ Superman prépare le film Supergirl (déjà critiqué ?)
La Supergirl ado et punk, interprétée par Milly Alcock, apparait brièvement dans le film de son cousin boy-scout. Donc, nous pouvons nous faire une première idée de son caractère rebelle. Au vu de la bande-annonce, le film Supergirl promet d’être rock n’ roll, girl power, feel good, un peu comme Les Gardiens de la Galaxie. Et personnellement, la bande-annonce… m’a refroidi. Presque autant que si Mister Freeze avait réalisé le montage.
En effet, rien de spécial ne s’en dégage. On a l’impression d’avoir déjà vu ce film mille fois, une sorte de Gardiens de la Galaxie sans le génie ou le cœur. Sans le dépaysement cosmique. Avec une héroïne imbattable, une ambiance ado et féministe qui semble déjà maladroite. Surtout, le plan du début où Krypto urine littéralement sur une photo de Superman est de mauvais goût. Inquiétant pour le futur traitement du personnage ? À voir.
Toujours est-il qu’il y a pourtant du potentiel avec le personnage de Kara Zor-El. Déjà, il y a Lobo, le chasseur de primes immortel dans le film. Joué par Jason Momoa -qui raccroche le trident d’Aquaman-, un casting que nombre de fans attendaient depuis longtemps ! Mais surtout, dans les comics, Supergirl a vécue en direct la destruction de Krypton. Un traumatisme fondateur -est-ce ça qui la rend nihiliste dans le film ? Comme une fuite en avant ? Il lui arrive aussi plusieurs arcs très intéressants. J’ai le souvenir d’une histoire où, consumée par sa rage intérieure, elle s’abandonne au pouvoir des Red Lanterns. Elle devient alors une machine à tuer terrifiante, surpuissante et vomissant du sang.

Mais surtout, le futur film s’inspirera du comic Supergirl : Woman of Tommorow. Magnifiquement dessiné en termes d’environnement extra-terrestre. Un comic dans lequel la kryptonienne arbore une épée (!) mène l’enquête sur une vieille guerre entre deux planètes rivales : Rann, foyer du super-héros Adam Strange, et Thanagar, patrie d’Hawkgirl et Hawkman. Un scénario de qualité généreux en mystères et en retournements. Qui pourrait faire merveille au cinéma. Allez savoir, peut-être est-ce pour ça qu’elle a un manteau de détective privé sur l’affiche !
De surcroît, je mets une pièce qu’elle croisera… Bizarro, le double étrange et inversé de son cousin !


10/ La suite risque d’être très intéressante
Intitulé Man of Tommorow, la suite de Superman promet un buddy movie d’anthologie. Puisqu’on y verra Clark et son némésis chauve s’allier, bon gré mal gré, pour déjouer les plans de Brainiac, l’intelligence artificielle alien. Ce super-vilain des plus rusés pourrait trouver du répondant dans le QI démentiel de Lex Luthor. Mais Kal-El n’est pas à sous-estimer, car rappelons que dans certaines versions, il peut lire et mémoriser un livre entier en quelques secondes.

L’alliance entre le super-héros et le businessman ne sera pas aisé, et promet d’être explosive, tant Luthor déteste ouvertement le survivant de Krypton. C’est justement ça qui peut la rendre très divertissante à regarder. Et si jamais, par faute d’avoir trop fait mumuse avec la kryptonite, Lex se retrouve atteint d’un cancer, comme dans certaines versions, cela pourrait être un bon moyen d’ajouter un peu de tragique et d’émotion au personnage.
De plus, l’univers partagé de James Gunn, le DCU, promet d’être intriguant, avec notamment un Batman élevant son fils Damian Wayne, formé pour être un assassin. Ou encore une série Green Lantern façon polar à la Twin Peaks. Tous les projets sont subtilement liés et finiront par se rejoindre dans une intrigue commune.

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Rédigé par Evan Garnier
Rédacteur, Relecteur SEO, Administrateur du groupe facebook « La Galaxie de la Pop culture », écrivain amateur de bières, comicsophile, regarde des vidéos youTube sur des sujets que lui seul comprend


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