Revue de la Toile
13 raisons pour lesquelles le harcèlement tue revuedelatoile (04)

13 raisons pour lesquelles le harcèlement tue

Scroll down to content

Vous en doutez ? Pourtant le harcèlement tue chaque jour. Une enquête exclusive sur ce meurtrier invisible, signé la Revue de la Toile.

Combien de suicides réels ou fictifs faudra-t-il encore pour que l’on se rende compte que le harcèlement est un crime qui ne dit pas son nom ?

Depuis la sortie de la série 13 reasons why, le harcèlement est de nouveau au cœur d’une polémique. Entre les #metoo, et #balancetonporc, le phénomène ne cesse d’être dénoncé. Harcèlement scolaire, harcèlement de rue, harcèlement au travail…Le harcèlement semble s’être insidieusement immiscé dans nos vie, sur tous les plans.

Qui est-il ? Quelle forme prend-t-il ? Pourquoi aujourd’hui plus que jamais les langues se délient ? Et surtout, comment ce phénomène tue ?

Voilà les treize raisons pour lesquelles les harceleurs-euses sont des criminels.

Raison 1 : la naissance tardive d’un concept

13 raisons pour lesquelles le harcèlement tue revuedelatoile(01)
Harseler un champ

D’après la psychologue Ariane Bilheran, Le terme « harcèlement » viendrait de l’ancien français « harseler » [1], soit l’action de malmener la terre avec une « herse » : un outil agricole pourvu de pics. La herse était aussi une grille dotée de pointe qui servait à interdire l’accès au château fort. Le terme dénote donc la maltraitance d’une part, et l’enfermement d’autre part [2].

« Le harcèlement moral » est un terme né en septembre 1998, sous la plume de Marie-France Hirigoyen. Son livre, édité d’abord à 5000 exemplaires, est rapidement devenu un best-seller [3]. Le concept a très vite trouvé un écho positif auprès des médecins, des juristes, puis, des grandes Ecoles [4]. Un an plus tard, en décembre 1999, le livre inspira un projet de loi qui visait à punir le harcèlement au travail. Le concept de harcèlement moral fut ainsi défini dans son cadre légal, comme :

« Des agissements répétés […] de toute personne abusant de l’autorité que lui confèrent ses fonctions, qui ont pour objet ou pour effet de porter atteinte à sa dignité et de créer des conditions de travail humiliantes ou dégradantes ».

13 raisons pour lesquelles le harcèlement tue revuedelatoile (02)
Une herse de château fort

Comme souvent, ce n’est pas la souffrance que voulurent étouffer les autorités, mais bien le manque à gagner que les conséquences d’une telle pression psychologique occasionnaient, comme le soulignait Marie-France Hirigoyen : « Si le gouvernement s’y intéresse, si les chefs d’entreprise s’y intéressent, c’est ce que cette souffrance commence à coûter cher à la société. 69 % des harcelés font un état dépressif, qui occasionne 138 jours d’arrêts de travail en moyenne »[4]. Désolée de briser vos espoirs dès le premier paragraphe, mais la raison principale qui a permis à la loi d’émerger, c’est l’argent. Pas le désespoir, ou les suicides, ou toutes ces choses un peu plus…quel est le mot déjà ? Ah, oui ! Humaines. Quoi ?! Petit naïf-ve que vous faites, vous ne pensiez tout de même pas que les entreprises et les politiques investissaient dans le bien-être de leurs employés par pur humanisme 😉 ?

13 raisons pour lesquelles le harcèlement tue revuedelatoile (03)Le harcèlement, qu’il soit physique, moral, sexuel, scolaire, périscolaire ou dans la rue, se caractérise avant tout une pression psychologique exercée par un harceleur sur une victime dans but de la détruire pour se valoriser, dans l’indifférence totale ou l’approbation générale d’un groupe. Cependant, il est maintenant reconnu par la Loi, et sa définition est inscrite dans le Code Pénal. Par la conjonctivite de Sauron, il aura fallu dix mille ans pour en arriver là !

Pour autant, la reconnaissance de ce phénomène demeure encore un parcours du combattant.

Raison 2 : L’invisibilité du harcèlement

Effectivement, le harcèlement possède une particularité qui le rend difficilement décelable : il est invisible. Même sur les réseaux sociaux : à défaut d’être invisible, il est souvent anonyme. Commentaires, likes, messages privés tellement insultants qu’ils en feraient pleurer l’empereur Palpatine, tout peut être exacerbé, tout en restant parfaitement anonyme. Les victimes sont toujours nommées, dénommées, pointées, mais les coupables ne le sont presque jamais.

13 raisons pour lesquelles le harcèlement tue revuedelatoile (04)
Brooke Davis dans les Frères Scott

Le harcèlement est avant tout une pression psychologique : il n’est donc pas perceptible à l’œil nu. Il s’agit d’une « forme d’agressivité implicite qui vise l’exclusion, l’ostracisme, ou le rejet et menace le sujet dans l’expression de ses besoins psychosociaux »[5]. Le but du harcèlement n’est donc pas seulement de profondément heurter une personne dans le seul but qu’elle se considère littéralement comme une serpillière, c’est aussi de la pousser à s’exclure d’elle-même et par elle-même d’un groupe social. En plus de rejeter insidieusement une personne, les harceleurs la poussent à se culpabiliser, et partir. En soit, le harcèlement est un comme un mauvais fantôme qui plane dans l’air : tout le monde sent sa présence, personne ne le voit.

Qui sont les victimes idéales ? Personne vous disent les sites gouvernementaux [6] : tout le monde peut se faire harceler : vous, moi, votre grand tante Ilda, votre camembert. Il n’y a pas de victime idéale.

Je nuancerais quelque peu ces propos : nous sommes tous, à un moment ou à un autre, une victime idéale. Je m’explique : le harceleur va souvent se moquer de vous en tirant sur votre corde la plus sensible : ça peut être votre réputation, votre religion, votre façon de vous habiller, votre façon d’être, vos hobbies, etc. Quelque chose qui vous appartient, qui vous tient à cœur, quelque chose auquel vous êtes particulièrement sensible, et ce, même si vous méprisez le reste de l’humanité. Nous sommes tous, à l’instar des personnages d’Harry Potter ou de Victor Hugo, à la fois sublimes et grotesques, solaires et ténébreux, potentiellement héroïques et pathétiques. Or, parfois, nous avons tendance à verser davantage dans un côté, faute d’un contexte personnel qui nous permette d’exploiter l’autre. Ou, nous n’avons simplement pas la foi d’être et d’agir autrement.

Ou, nous n’avons simplement pas envie. Dans ces moments-là, où nous sommes fragiles, sensibles, et à fleur de peau. Nous devenons vulnérables. Nous devenons des cibles idéales. Le harcèlement ne touche pas n’importe qui : il touche des personnes qui vont s’y montrer réceptives. Nous pouvons tous y être sensibles, si le moment s’y prête, si notre sensibilité s’y prête. Il n’y a de harcèlement possible que si le harceleur -ou la harceleuse- trouve une victime sensible à ses agissements.

13 raisons pour lesquelles le harcèlement tue revuedelatoile (05)
Campagne de prévention en Ile-de-France

Le harcèlement ne touche pas n’importe qui : il touche des personnes qui vont s’y montrer réceptives.

Nous pouvons tous y être sensibles, si le moment s’y prête, si notre sensibilité s’y prête. Il n’y a de harcèlement possible que si le harceleur ou la harceleuse trouve une victime sensible à ses agissements. En soit, le harcèlement se produit parce qu’une victime rencontre la mauvaise ou les mauvaises personnes, au mauvais endroit, au mauvais moment. Et que tout s’enraye tout d’un coup.

La seule façon de se protéger des harceleurs est donc de se montrer insensible à ses moqueries, d’une part, et de ne pas rentrer dans leur jeu, d’autre part.

Pourtant, la loi défini clairement le harcèlement moral. Il s’agit d’une atteinte de la dignité de la personne, répétitive, dégradant ses conditions de travail (ou autre), et dont le retentissement peut impacter la santé de la victime.

Raison 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10, 11 : Les 9 formes ambiguës que prend le harcèlement 

Je vais vous expliquer à présent comment fonctionne le harcèlement, pourquoi il est invisible, et en quoi il est extrêmement brutal.

Bruno Humbeeck et Willy Lahaye distinguent plusieurs formes de harcèlements : le Bullying, le Mobbing, l’Intimidation et le Racket [6]. J’y ajouterais le Chantage, la Dévalorisation, le Déni, la Négligence et le Flou Gaussien. Lorsque ces faits sont répétitifs, et non consentis, il s’agit de harcèlement.

13 raisons pour lesquelles le harcèlement tue revuedelatoile (06)
Nelson ou le bullying à l’état pur.
  • Raison 3 : Le Bullying se caractérise par le fait de produire de l’agacement.

Moqueries, surnoms, blagues, gestes déplacés, le bullying se situe à la limite de l’humour, mais au-delà des frontières de l’irrespect : la différence entre une taquinerie et le bullying est le consentement.

  • Raison 4 : Le Mobbing se définit comme le fait d’exclure ou d’isoler quelqu’un d’un groupe.

Passer devant quelqu’un sans le saluer, dire bonjour à tout le monde sauf une personne, proposer une sortie à l’ensemble d’un groupe sauf à une personne, partir volontairement lorsqu’une personne arrive, ne pas répondre à une personne qui vous parle ou lui couper la parole de façon itérative…Le Mobbing ressemble beaucoup à de l’ignorance, sauf qu’elle vise à blesser volontairement une personne.

  • Raison 5 : L’Intimidation est le fait de soumettre par la peur une personne ou un groupe.

Menaces (verbales, à main armée), contraintes, attitudes violentes (cris, hurlements, tonalité sèche), Viols :  l’intimidation peut être morale, comme physique. Elle peut être confondue avec de la colère, or, la colère est un sentiment saint qui répond à un besoin de justice. Lorsqu’elle est dirigée contre une personne dans le but de lui faire peur, ce n’est pas de la colère, c’est une colère simulée et c’est de la violence pure et gratuite.

  • Raison 6 : Le Racket désigne le fait d’obtenir un bénéfice matériel.

Le racket se différencie du vol par le fait que la victime se sente obligée d’offrir un objet à son harceleur. Le racket peut être exercé par l’intimidation, ou le chantage.

  • Raison 7 : Le Chantage est le fait d’obtenir un bénéfice matériel ou immatériel par la menace, notamment, une menace qui pourrait porter préjudice à la victime, ou lui faire perdre quelque chose, comme l’amour de son harceleur.

Contraindre une personne à dire quelque chose, ou à réaliser un acte qu’il ne ferait pas en le faisant chanter, contraindre une personne à assouvir ses envies en lui faisant croire qu’elle perdra l’amour du harceleur, si elle ne le fait pas. Le chantage peut prendre plusieurs formes, la plus toxique étant le chantage affectif.

  • Raison 8 : La Dévalorisation consiste à déprécier quelqu’un ou quelque chose, lui faire perdre de sa valeur, de son importance et/ou sa réputation.

Humiliation, insulte, ridiculisation, ou tout simplement, paroles qui utilisent l’implicite et les sous-entendus dans le but de déprécier quelqu’un ou quelque chose (rabaisser quelqu’un ou quelque chose que cette personne aime), insinuations dépréciatives, faux compliments, se montrer volontairement méprisant-e (par son attitude ou dans ses mots), minimisation des faits, des réussites, des qualités d’une personne. La dévalorisation peut être insidieuse et passer pour de l’humour ou des reproches. Cependant, ni l’humour, ni les reproches ne devraient en réalité blesser directement l’estime d’une personne : si c’est le cas, il s’agit de dévalorisation pure et simple.

  • Raison 9 : Le Déni se défini comme le fait de ne pas reconnaître une réalité factuelle, mais aussi, de ne pas reconnaître les talents d’une personne.

Ne pas reconnaître les qualités d’une personne ou celles de ses productions, ne pas reconnaître les sentiments d’une personne harcelée, ne pas reconnaître une violence, mettre en doute ou en cause la parole d’une victime.

  • Raison 10 : La Négligence est une attitude témoignant un manque de soin ou d’attention envers une personne, un objet.

Oublier volontairement ou involontairement une personne, ne pas prendre soin d’elle ou de ses affaires, ne pas s’adapter à ses besoins, ne pas prêter attention à son travail. Le harcelé va naturellement penser qu’il n’est pas suffisamment important dans le groupe, et s’effacer. L’excès inverse, l’hypervigilance, peut aussi être caractéristique du harcèlement. Une personne qui surveille tout, tout le temps, exerce en réalité une forme de pression qui pousse le-la harcelé-e à donner le meilleur de lui-même ou d’elle-même, jusqu’à l’épuisement.

  • Raison 11 : Le Flou Gaussien, terme que j’ai repris d’un item disponible sur photoshop, consiste à ne jamais tenir une personne informée, sur tous les plans : professionnel, personnel, affectif.

Il s’agit de la mettre en permanence devant le fait accompli, ou ne pas lui dire ni lui expliquer ce qu’il se passe, ou encore, le faire par l’intermédiaire d’une tierce personne.

Tous ces mécanismes contribuent directement à faire du harcèlement un instrument de pression morale, psychologique et émotionnel parfaitement invisible. D’autant que le harcèlement s’exerce dans un contexte qui lui est propice : celui du silence.

Raison 12 : Silence, peur et séduction : le terreau idéal du harcèlement

13 raisons pour lesquelles le harcèlement tue revuedelatoile (08)
« Tu ne peux pas te faire aimer des gens, mais tu peux t’en faire craindre » Blair, harceleuse, dans Gossip Girl.

Règle numéros un du harcèlement : on ne parle pas du harcèlement. La loi principale du harcèlement, c’est la loi du silence. Le-la principal-e harceleur-euse ou les principaux harceleurs-euses installe une omerta sacerdotale. Comment ?

Tout d’abord, par la séduction. Le ou les principaux harceleurs-euses, sont souvent de grands séducteurs-trices (mais pas toujours) [7]. Ils-elles semblent serviables, adorables, travailleurs-euses aux premiers abords, et généralement, reconnus comme tels-telles par leurs pairs. En un mot, les harceleurs-euses jouissent généralement d’une certaine forme de popularité qui les protège. S’ils-elles n’ont pas la chance d’être populaires, ils-elles sont néanmoins dans une position qui leur permet malgré tout d’imposer leur ascendant sur les autres : ce sont alors des figures d’autorité. Grâce à ce pouvoir qu’ils-elles détiennent (soit socialement, grâce à l’assise de leur popularité, soit parce qu’il possède des responsabilités), ils-elles vont être en mesure d’assujettir le groupe. Un grand pouvoir, implique de grandes responsabilités.

13 raisons pour lesquelles le harcèlement tue revuedelatoile (09)
Mère Gothel et Raiponce : ou la parfaite représentation du harcèlement en famille.

Tel Hitler –un point godwin n’aura jamais été autant justifié-, ils-elles se font apprécier et reconnaître pour leurs compétences, ou leurs qualités humaines. Souvenez-vous, Hitler a été élu par le peuple, il ne s’est pas imposé par un coup d’état. Après avoir atteint le sommet de la pyramide sociale, les harceleurs-euses, vont enfin pouvoir agir en toute impunité et tirer sur les cordes sociales pour tout contrôler. Etant à la fois admiré-e-s et craint-e-s par le groupe qui les pose sur un piédestal, les séducteur-trices vont laisser tomber leur masque pour révéler les tyrans qui sommeillent en eux.

Raison 13 : Le victime-blaming et l’effet Janis

13 raisons pour lesquelles le harcèlement tue revuedelatoile (10)
Kathryn Merteuil dans Cruel Intentions : séductrice, manipulatrice, harceleuse.

Ce phénomène fut mis en exergue par des psychologues et sociologues. Le victime-blaming consiste à imputer la responsabilité totale ou partielle d’une agression à une victime, ou à faire preuve de solidarité avec un agresseur-euse. Il s’agit en fait d’un mécanisme qui vise à préserver l’intégrité d’un individu et préserver son sentiment de ne pas avoir dérogé au principe de justice [8]. Lorsqu’une victime évoque son histoire, elle vous renvoie nécessairement à vous, et à votre propre vulnérabilité. Souvent, vous avez tendance à la juger plus qu’à la réconforter, à la blâmer donc, pour ne pas faire face à vos propres failles.

A sa place, vous vous seriez débattu, vous vous seriez enfui, la victime était donc un peu responsable de ce qui lui est arrivé, pas vrai ? Et puis, ce n’est pas juste d’accuser quelqu’un sans preuve !

Alors, au lieu de la réconforter, de la rassurer, de compatir, de lui dire que c’est une personne forte, indépendante, et qu’elle pourra passer au-delà de tout ça, vous la blâmer. Réflexe ô combien stupide, mais ô combien humain. Dans une société qui nous impose en permanence un idéal à atteindre, nous nous interdisons d’être vulnérables. Dans un système scolaire qui sanctionne négativement nos fautes et nos erreurs, nous nous interdisons d’échouer. Dès lors, nous ne voulons ni assumer la responsabilité de nos erreurs, ni le mal que l’on fait autour de nous.

En faisant l’effort d’accepter les failles et les échecs des autres, nous pourrions pourtant parvenir à accepter les nôtres. En reconnaissant que nous sommes parfois agressifs ou agresseurs-euses, nous reconnaîtrons aussi les victimes. Nous reconnaîtrons que nous sommes parfois des victimes. « Victime » est toujours une insulte chez les collégiens, et un statut qu’il paraît dès lors difficile à assumer dans l’inconscient collectif commun. « Moi, une victime ? Jamais » [8].

Ce phénomène est amplifié par l’effet Janis.

13 raisons pour lesquelles le harcèlement tue revuedelatoile (11)
Toy Story, ou la représentation de l’effet Janis.

Certains d’entre vous l’appelleront certainement « l’effet mouton ». Oui, vous comprenez de quoi il retourne. L’effet Janis, qui tient son nom du psychologue Irving Janis, consiste à créer une complicité dans un groupe, à créer une uniformité et une identité à laquelle les membres vont se conformer. Cette cohésion répond à un besoin primordial chez l’individu : le besoin d’appartenance à un groupe et le besoin d’attachement à d’autres individus. Ainsi, lorsque le groupe doit prendre des décisions ou se forger une opinion commune, il aura tendance à sauvegarder la cohésion du groupe et éviter toute forme de conflit, plutôt que de prendre des décisions ou des émettre des avis rationnels.

En réalité, il s’agit plus souvent de l’avis du leader, que de l’avis des membres de ce groupe. L’ambiance créée devient alors stressante, anxiogène, et oppressante. Le groupe va alors s’autocensurer, considérer que toute personne qui s’oppose à l’avis collectif est un dangereux criminel qu’il sera important d’ignorer ou tout simplement, d’expulser. Certains membres du groupe vont devenir en quelque sorte les gardiens de cette pensée, et dénoncer tout renégat qui irait à son encontre. Cette pression sociale empêche en fait tout individu de s’épanouir, et paralyse la prise de décisions rationnelles [9].

Dans ces conditions, le constat du harcèlement est simple à tirer : on est soit harcelé-e, soit harceleur-euse.

Dans une situation de harcèlement, quand on est pas harcelé-e, on est nécessairement harceleur-euse. Et on ne va pas se mentir, on a tous été concernés par le harcèlement, à un moment donné ou à un autre de notre vie : que ce soit au collège, au lycée, dans les études supérieures, au travail, ou même, dans la rue. On a soit été victime, soit été coupable. Peut-être même, les deux, dans deux situations différentes.

En pratiquant le déni de la parole des victimes, la censure d’une pensée divergente à celle de la société, d’un groupe, ou de l’inconscient collectif commun, la négligence, le victime-blaming, nous rendons quotidiennement responsables du harcèlement. Harceler, parfois, c’est aussi tout simplement ne rien faire. Ne pas venir en aide à la victime, considérer que ses malheurs ne nous regardent pas, ou répéter une rumeur sans vérifier son fondement [10].

Combien de #, à l’instar des #metoo, #balancetonporc, faudra-t-il encore inventer pour que l’on se rende compte que le phénomène, invisible, nous a tous touchés d’une façon ou d’une autre ? Combien de suicides réels ou fictifs faudra-t-il encore pour que l’on se rende compte que le harcèlement est un crime qui ne dit pas son nom ?

Suis-nous sur Twitter ici

Aime notre page Facebook ici

 


Bibliographie :

[1] Ariane Bilheran, L’autorité, Paris, Armand Colin, , 127 p. Ariane Bilheran, Le harcèlement moral, Paris, Armand Colin, 2006, 3eréédition 2013, 128 p. et Ariane Bilheran, Harcèlement. Famille, Institution, Entreprise, Paris, Armand Colin, , 256 p

[2] D’après le CNRTL

[3] Le Harcèlement moral, la violence perverse au quotidien, Marie-France Hirigoyen, 1998, Syros, 251p. : Ce livre a mis des mots sur des souffrances, qui existent depuis l’Antiquité. Il a mis en lumière un concept qui se tapissait dans l’ombre. Plus tardivement, le concept serait repris pour dénoncer le harcèlement qui sévissait alors dans les collèges et lycées, sous le terme de « harcèlement scolaire ».

[4] D’après Emmanuelle Poncet, « Naissance d’une notion », Liberation.fr, 06/03/2001 : Un colloque fut même organisé avec l’aval de Martine Aubry, alors ministre du travail. L’idée fit son chemin jusqu’au Medef (syndicat des dirigeants des entreprises) et HEC (Haute Ecole de commerce).

[5] Prévention du harcèlement et des violences scolaires : Prévenir, agir, réagir de Bruno Humbeeck, Willy Lahaye, De Boeck coll. « outils pour enseigner », 2017, 115 p.

[6] http://www.nonauharcelement.education.gouv.fr/ressources/guides/le-harcelement-cest-quoi/ et http://www.marionlamaintendue.com/le-harcelement-scolaire/

[7] Je vous conseille de consulter le dossier de l’associtaion Le facteur humain, sur Les différents profils de managers toxiques

[8] Dansmontoiroir a réalisé une bd pédagogique, drôle et synthétique sur le sujet :  Dansmontiroir, « Le victile Blaming ou pourquoi je gronde mon chat après lui avoir marché sur la queue« , 22/09/2016

[9] Le phénomène a été décrit par William H. Whyte dans Fortune en 1952. Irving Janis, en 1972, approfondit ses réflexions sur le phénomène dans Victims of Groupthink: A Psychological Study of Foreign-Policy Decisions and Fiascoes. Puis, Alain Brochet et Alain Trognon dans La psychologie des groupes, en ont conclus que le phénomène émerge lorsqu’un groupe s’auto-paralyse afin de conserver sa cohésion.

[10] : Nino Arial (real.), HARCELEMENT SCOLAIRE (GRAVE), youtube, 08/09/2017, 4min59

3 Replies to “13 raisons pour lesquelles le harcèlement tue”

Laisser un commentaire

%d blogueurs aiment cette page :