Tsilla Aumigny/ mai 10, 2021/ 0 comments

Cette semaine, nous revenons sur le livre d’Hélène Legrais, Nous étions trois, qui aborde la place des femmes dans le milieu du journalisme sportif des années 80. Un livre fort, à lire sans plus attendre.

Alors que les scandales dans le milieu sportif se succèdent avec notamment la censure de Canal+ au sujet de Pierre Ménès, la parole des femmes se libère au sujet des viols et des violences dans tous les sports et le milieu du journalisme…Hélène Legrais, autrice, ancienne journaliste sportive pour France Inter puis Europe 1, sort elle aussi de son silence avec son livre Nous étions trois, édité chez Calmann-Lévy, collection territoires.

Couverture du roman Nous étions trois
Nous étions trois est un roman dont la couverture montre sur fond jaune trois jeunes femmes de dos. Source : n-c, n-c, Calmann Levy, 2020

Synopsis de Nous étions trois :

Dans les années 80, trois journalistes débutantes tentent de s’imposer dans le petit monde masculin du journalisme sportif. 

Quand Élise, Clémence et Noële, fraîches émoulues de l’école de journalisme, font leur entrée dans le service des sports de France 1 en cette année 1984, elles comprennent vite qu’elles ne sont pas en terrain conquis.

C’est peu dire que dans cette grande radio nationale où l’on cultive depuis toujours l’entre-soi masculin, la décision du chef de service de faire appel à ces stagiaires féminines suscite le scepticisme.

Les « petites cailles », comme les appelle d’emblée le monsieur Football de la station, sont bien décidées à se faire une place. Mais, confrontées au sexisme, aux provocations machistes, soumises à une guerre d’usure où leur légitimité est constamment bafouée –même leur entourage questionne leur choix professionnel–
Élise, la catalane passionnée de sport, Clémence, la fine technicienne du foot, Noële, la « voileuse » bretonne, vont devoir mettre en oeuvre toutes les ressources de l’amitié pour résister…

Nous étions trois : un livre autobiographique, mais pas que…

L’histoire d’Élise, Clémence et Noële, est celle des trois mousquetaires de France 1. Trois jeunes femmes qui rêvaient de conquérir le monde du journalisme sportif, et qui s’y sont accrochées malgré les nombreux obstacles qu’elles ont rencontrés sur leur passage. Elles étaient trois, dans un milieu bâti par des hommes, pour des hommes, dans lequel les femmes n’avaient pas leur place. L’enjeu, dès le début de l’histoire est le suivant : elles ont, non pas une place à prendre, mais une place à se faire.

D’habitude, Hélène Legrais écrit des romans historiques, des romans de terroir, et plus précisément, des récits qui dévoilent sa Catalogne natale. Ses personnages naviguent au milieu d’un flot d’évènements historiques, qui ont participé à construire l’identité et la culture catalane. Cette fois-ci, Hélène Legrais évoque son vécu romancé à travers une histoire peu banale, et nous entraîne à travers la France des années 80.

Le premier chapitre s’ouvre en effet sur une scène de la vie quotidienne : Élise, plus âgée, assise à la terrasse d’un café, voit une jeune fille se faire harceler. Après être intervenue, elle dit ces mots, terribles, qui font échos à une réalité : “Ainsi donc en 2018 on en était encore là…”. A partir de ce moment-là, le récit démarre et nous emporte en 1984.

Une immersion au cœur de la France des années 80

Le roman est une succession de scènes, rattachées au canevas de l’histoire, qui permet de nous attacher aux trois jeunes femmes. Nous les suivons dans leurs péripéties et leurs voyages : des studios parisiens aux stades français les plus populaires, en passant par les étapes du tour de France. Ce livre nous ramène dans les années 80. L’atmosphère et les décors sont décrits avec réalisme et nostalgie. Quelque soit l’évènement relaté, nous plongeons en son sein, grâce à l’écriture fluide d’Hélène Legrais.

A la façon de la série 10 pour cent, nous entrapercevons l’envers du décors, non pas des studios de cinéma, mais du journalisme sportif et de la radio. Là où 10 pour cent nous dépeint des talents que nous pensons connaître et que nous redécouvrons, Nous étions trois s’attarde à décrire le quotidien d’apprenties journalistes dans un univers où le sexisme est roi. Dès lors, nous apprenons à regarder différemment certaines célèbres figures du milieu, car nous les voyons à travers les yeux d’Élise, Clémence et Noële. Tantôt élogieux, tantôt satirique, le roman porte un regard singulier sur ce monde : tout en nuances.

Pourtant, il dévoile des séquences particulièrement fortes qui se suivent : les scènes d’intimidation, le harcèlement sous toutes ses formes, et les remarques déplacées et misogynes. Les héroïnes y font face avec courage, parfois avec humour, quelques fois, avec une maturité hors norme. Hélène Legrais revient aussi sur certaines tragédies qui ont bouleversées les années 80, comme le décès de Daniel Balavoine, qui a emporté des journalistes sportifs.

L’intrigue est prenante et bouleversante, portée par un trio de femmes sensibles et passionnées. C’est finalement l’histoire personnelle de Clémence qui devient la plus marquante, à telle point qu’elle gagne en profondeur à la fin du récit. Lorsqu’il Nous étions trois se termine, on a l’impression d’avoir quitté nos propres amies.

Élise, un personnage HPI réaliste

Depuis que la série HPI bat son plein avec Audrey Fleurot (la dame du Lac dans Kaamelott) dans le rôle principal, le haut potentiel intellectuel est revenu au centre des discussions sur la Toile. Pourtant, la série ne fait pas l’unanimité quant au réalisme de la représentation du haut potentiel. Pour cause : représenter une femme à haut potentiel dans une fiction est un pari risqué.

Pourtant, Hélène Legrais l’a relevé, avec brio ! Élise incarne parfaitement ce profil singulier, sans être caricatural pour autant. Elle est vive, a de la répartie, mais elle est trop sensible, toujours dans les excès. Singulière, et surprenante. Son intelligence est à la hauteur de ses analyses, et de sa répartie ! Elle n’est jamais décrite en tant que telle, mais il est aisé de deviner qu’elle l’est. Derrière l’hypersensibilité d’Élise, on retrouve facilement celle d’Hélène, dont le personnage semble être un écho d’encre sur le papier. Pour autant, elle a su romancer et donner corps à ce potentiel, en lui insufflant une profondeur subtile.

En conclusion,

Comment serait-il possible de ne pas aimer Nous étions trois, incroyable et captivant ? Il relate l’histoire de trois jeunes femmes conquérantes qui ont réalisé une prouesse tout aussi impressionnante que celle des sportifs dont elles ont commenté les exploits. Plus qu’un livre, Nous étions trois est le témoignage d’une époque pas si révolue que cela. A lire d’urgence.

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