Josée Dayan est célèbre pour ses téléfilms historiques adaptés de romans célèbres. Vous connaissez peut-être ses adaptations du Comte de Monte-Cristo (1998) et des Misérables (2000) avec Gérard Depardieu… Mais connaissez-vous son adaptation des Trois Mousquetaires qui raconte l’histoire du point de vue de Milady, avec Arielle Dombasle dans le rôle-titre ?

Ce téléfilm est moins connu que les autres œuvres de la réalisatrice, peut-être en raison de l’absence de Gérard Depardieu. Et pourtant, c’est en réalité l’une des meilleures adaptations des Trois Mousquetaires qui existent ! On vous donne trois raisons de la redécouvrir…

1/ Étonnamment… Milady est l’une des adaptations les plus fidèles au roman !

Certes, l’histoire est racontée du point de vue de Milady, l’antagoniste. Et le téléfilm complète la backstory du personnage (dont le CV était pourtant déjà chargé dans le roman !) en lui ajoutant une enfance en Angleterre et une grand-mère à éliminer par vengeance. Ketty, la naïve servante de Milady, est renommée Sally dans le téléfilm, qui améliore beaucoup sa personnalité et lui accorde un rôle plus important. Elle devient une complice efficace et entièrement dévouée, l’une des idées intéressantes du téléfilm étant que le charme de Milady opère aussi bien sur les hommes que sur les femmes.

Mis à part cela… Tout est fidèle ! Enfin une adaptation qui respecte la scène de l’exécution de Milady ! Enfin une adaptation qui accorde une place à Mordaunt, le fils de Milady qui cherchera plus tard à la venger.

Le téléfilm évite tous les pièges et les gros écueils habituels. Milady n’est ni diabolisée en monstrueuse séductrice ni transformée en super-héroïne qui se bat à l’épée. Le téléfilm la montre dans toute sa froideur et sa cruauté, tout en permettant au public de comprendre ses motivations. Le cardinal non plus n’est pas diabolisé : c’est un homme politique machiavélique mais ayant à cœur les intérêts de la France. Les mousquetaires sont des antihéros charismatiques, comme ils l’étaient dans le roman. Gros point faible : Aramis et Porthos, qui interagissaient peu avec Milady dans le roman, sont ici traités comme de simples figurants. Gros point fort : la « team cardinal » (le trio d’antagonistes Richelieu-Milady-Rochefort) est très bien représentée. Et – oh miracle – les intrigues politiques sont correctement expliquées !

2/ Choisir le point de vue de cette antagoniste est extrêmement intéressant…

On parle de plus en plus aujourd’hui des adaptations qui racontent l’histoire du point de vue de Milady. Le fait est que, de son point de vue, ce seraient les mousquetaires les méchants !

Milady est une espionne à la solde du cardinal. Elle se cache de son ancien mari, Athos, qui avait tenté de la pendre en découvrant qu’elle portait la marque des condamnés. Et elle cherche à se venger de d’Artagnan qui l’a insultée. Elle ira beaucoup trop loin dans sa vengeance et assassinera Constance Bonacieux, la maîtresse de d’Artagnan. Mais ensuite, c’est au tour des mousquetaires d’aller trop loin : ils exécutent Milady lors d’une parodie de procès, l’accusant d’assassinat, mais aussi d’avoir séduit et conduit à leur perte tous ses amants et époux (dont Athos qui avait tenté de la pendre…). De nos jours, ce serait qualifié d’accusations misogynes et de féminicide. Les mousquetaires s’en repentent d’ailleurs dans Vingt Ans Après, la suite des Trois Mousquetaires rédigée par Dumas dès l’année suivante, où Mordaunt (le fils de Milady devenu adulte) les persécute et jure de les éliminer.

Le scénario de la trilogie des mousquetaires ressemble donc à une suite de vengeance entre des personnages gris. Mais les films, qui n’adaptent généralement que le premier roman et coupent Vingt Ans Après puis Le Vicomte de Bragelonne, ont pris l’habitude de présenter les mousquetaires comme des héros et Milady comme une démone, adhérant finalement aux accusations lancées par les mousquetaires lors du faux procès…

La plupart des films changent la mort de Milady : parfois elle se suicide, parfois elle tombe accidentellement d’une falaise… Ils omettent aussi de préciser qu’elle avait un enfant de trois ans qui reste orphelin. Ils n’adaptent pas Vingt Ans Après, dans lequel les mousquetaires sont tourmentés par les remords et par le spectre vengeur que représente Mordaunt. Enfin, Milady et les mousquetaires sont toujours joués par des acteurs assez vieux. Alors que dans le roman, Milady a 25 ans lorsqu’elle meurt et les mousquetaires ont tous entre 20 et 30 ans.

En réaction, plusieurs adaptations ont tenté de renverser cette vision de l’histoire en choisissant Milady comme personnage principal. On peut d’abord citer le film italien Milady et les Mousquetaires en 1952. Et, plus récemment, le roman Je voulais vivre d’Adélaïde de Clermont-Tonnerre, qui remporte en 2025 le prix Renaudot.

3/ Des costumes géniaux !

Autre point positif : les costumes de Milady sont magnifiques dans ce téléfilm ! Un défilé de robes excentriques qui reflètent bien l’ambiance baroque, le panache et la démesure du début du XVIIe siècle. (Et qui nous changent du filtre jaune tant critiqué des films de 2023 !) Plus que de simples vêtements, ce sont des costumes à thèmes qui offrent à chaque scène une ambiance unique : tenue de veuve avec voile noir, robe de bal couleur or et dorures, robe et masque à motif de panthère…

Dommage seulement que les quatre mousquetaires ne soient pas aussi flamboyants ! Ils sont souvent habillés en noir alors que, dans le livre, ils portaient eux-aussi de beaux habits colorés. Buckingham et Saint-Galmier (équivalent du personnage de Rochefort) sont en revanche assez élégants.

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Umeboshi : prune japonaise séchée et amer

Rédigé par Umeboshi

Rédactrice, Relectrice SEO, Community Manager, enfant prodige, passionnée d’univers gothiques, mangaphile, parle le japonais couramment, a rédigé une thèse de 80 pages sur JoJo’s Bizarre Adventure.

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