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[TOP] des meilleures chansons des méchants Disney : La Revue de la Toile
Analyse de la pop culture

[TOP] des meilleures chansons des méchants Disney

Tsilla
Photomontage des méchants de disney : jafar, mère gothel; scar et frollo. Sources : Nc-nc, nc, nc, The Walt Disney Company. © Disney © Disney•Pixar © & ™ Lucasfilm LTD © Marvel. Tous droits réservés

Disney brille dans l’univers de la pop culture grâce Ă  ses hĂ©ros, ses histoires et ses chants qui parlent aux petits et aux plus grands ! Aujourd’hui, je vous propose un top 10 des chansons des mĂ©chants Disney. Nous redĂ©couvrirons ces chants qui les rendent terrifiants ou, au contraire, beaucoup plus humains.

En ce qui me concerne, j’ai tendance Ă  juger de la qualitĂ© d’un Disney Ă  la qualitĂ© de ses antagonistes. Les vilains sont souvent rĂ©flĂ©chis, comploteurs, rusĂ©s, et il n’y aurait pas de bonnes histoires sans eux. Imaginez…Le Roi Lion sans Scar, Aladdin sans Jafar, La Belle et la BĂŞte sans Gaston, La Reine des Neige sans Olaf (comment cela ce n’est pas un mĂ©chant ? Pourquoi j’ai autant envie de le frapper alors ?). Aujourd’hui, je vous livre mon top 10 des chansons des mĂ©chants de Disney.

Top 10 des chansons des méchants Disney

N°9 : Hans et Anna, La Reine des Neige, composée par Christophe Beck et écrite par Kristen Anderson-Lopez et Robert Lopez

Oui, nous commençons ce top 10 des chansons de mĂ©chants Disney par le numĂ©ros 9…Vous comprendrez pourquoi Ă  la fin de l’article !

https://www.youtube.com/watch?v=NK7iIBcsBn4

Qui pourrait croire qu’Hans est le vĂ©ritable comploteur de la Reine des Neiges en Ă©coutant cette chanson pour la première fois ?

Cette chanson reprend habilement tous les clichĂ©s des musiques romantiques de ses prĂ©dĂ©cesseurs : les petits passages enchantĂ©s sous les Ă©toiles avec une flĂ»te…en fond musical. Les violons. Les cĹ“urs. La lune. La danse trop mignonne digne d’une bonne comĂ©die musicale de Broadway dont s’inspire les films Disney…Les paroles qui suintent tellement la guimauve qu’elles finissent par coller les oreilles du spectateur avec sa mièvrerie dĂ©goulinante. Pourtant, deux ou trois indices nous indiquent dĂ©jĂ  la tromperie Ă  venir. Hans et Anna courent et se cachent dans l’ombre dĂ©robĂ©e d’une porte. Plus tard, ils forment un cĹ“ur avec leur deux mains pour entourer la lune, et celles d’Hans sont gantĂ©es.

Dans la Reine des Neige, et dans pas mal de Disney, les vĂŞtements symbolisent l’humanitĂ©, la nature profonde de celui ou celle qui les porte.

C’est la raison pour laquelle Kirk dans Atlantide se dĂ©vĂŞtit au fil que l’aventure avance. C’est pourquoi la bĂŞte dans La Belle et la bĂŞte, passe des lambeaux au dĂ©but de l’histoire Ă  un costume noble Ă  la fin. Jane, dans Tarzan, troque ses vĂŞtements de lady pour un pagne plus tendance. Et vous l’aurez donc devinĂ©, le choix d’Elsa de laisser partir ses gants et sa cape dans le vent glacial avant de bâtir sa propre forteresse et crĂ©er sa propre robe sont donc des dĂ©tails qui n’en sont pas.

Les paroles de cette chanson sont, quant Ă  elles, Ă  double-sens. « L’amour est un cadeau », adaptĂ©es de l’anglais « Love is an open door » (l’amour est une porte ouverte). Ces paroles, au passage, sont beaucoup plus raccord avec les images de portes qui ne cessent de s’ouvrir tout au long de la chanson. En anglais, « an open door », est aussi une opportunitĂ©, ce qui fait d’emblĂ©e de notre petit Hans, un vilain petit opportuniste. Tout Ă©tait Ă©crit entre les lignes : le mariage avec Anna est la clef qui lui permettra de lui ouvrir toutes les portes.

N°8 : N’Ă©coute que moi, Mère Gothel, Raiponce, composĂ©e et Ă©crite par Alan Menken

https://www.youtube.com/watch?v=1wgUKYDFLUM

Mère Gothel dĂ©ploie tout ses talents de comĂ©dienne Ă  travers cette chanson. Les idĂ©es contraires se succèdent, et nous perdent dans son jeu en demi teinte. Rassurante, puis angoissante, puis dramatique : mère Gothel adopte plusieurs masques, tout comme le font les expert-e-s en manipulation. Gothel a l’art de se mettre en scène dans un théâtre d’ombres et de lumières. Elle ne cesse d’apparaĂ®tre et de disparaĂ®tre. « N’Ă©coute que moi », la pose comme la grande mĂ©chante de l’histoire. Comme Frollo, dans Le Bossu de Notre Dame, elle entretient une relation parentale toxique avec sa protĂ©gĂ©e. Entre faux-compliments et dĂ©nigrement permanent, Mère Gothel ne cesse de jouer sur les peurs de Raiponce pour mieux l’avoir sous son contrĂ´le. Elle fait semblant de la protĂ©ger de tous les dangers, alors qu’elle incarne sa plus grande menace.

Sa chanson est une reprĂ©sentation très juste de la torture affective que subit Raiponce. C’est, par ailleurs, la seule chanson dont les notes oscillent entre les aiguĂ«s et les graves, et dont les instruments sont principalement des vents. Comme les paroles de Gothel.

La chanson de Gothel illustre les mécanismes du mensonges, de la tromperie, et de la théâtralité dont usent les manipulateurs-trices. Paradoxalement, elle nous montre également son ambivalence à travers sa générosité et son dévouement envers sa protégée. Les manipulateur-trices sont, tout comme Mère Gothel, souvent généreux-euses, et particulièrement attentionné-é-s.

De mĂ©moire, Raiponce est l’un des rares et seuls Disney dans lequel l’hĂ©roĂŻne doit se confronter Ă  un parent de substitution qui l’a autant manipulĂ©e sur le plan affectif. Tout comme Quasimodo qui doit se dĂ©faire de l’emprise nĂ©faste de Frollo, ou Simba qui doit affronter Scar. Or, qu’y-a-t-il de plus dĂ©licat que se confronter Ă  un mĂ©chant, qui est aussi son parent, et qui par essence, est la personne qui devrait vous aimer inconditionnellement et vous protĂ©ger ? C’est en comprenant que Mère Gothel est une usurpatrice que Raiponce parviendra Ă  se dĂ©tacher d’elle.

Son parcours initiatique est un bon exemple de ce que nous devons faire lorsque nous sommes confrontĂ©s Ă  des manipulateurs-trices. DĂ©jĂ , ne pas s’enfermer dans ses paroles et ses mensonges. Ne pas se laisser troubler par ses promesses, ses faux compliments et ses Ă©lans de gĂ©nĂ©rositĂ© dĂ©mesurĂ©es. Et surtout, ne pas le laisser jouer sur nos peurs les plus profondes (comme celle de se retrouver tout-e seul-e et abandonnĂ©-e dans un monde cruel auquel nous ne saurions pas faire face sans lui ou elle, n’est-ce pas ?)

N°7 : Prince Ali, Jafar, Aladdin, composée par Alan Menken, écrite par Howard Ashman et Tim Rice

https://www.youtube.com/watch?v=u_mAqsfNqB8

Jafar, c’est presque Ă©crit sur son front qu’il est mĂ©chant. Ce sorcier incarne le pervers narcissique par excellence, qui envoĂ»te ses proies avec son sceptre de serpent. Il s’agit lĂ  d’une image : par ses mots, il ensorcelle, comme le font les narcissiques, toutes les personnes dont il dĂ©sire obtenir des faveurs ou un plus grand pouvoir. Par ailleurs, il ira jusqu’Ă  violer Jasmine, mais lĂ  encore, la mĂ©taphore est plutĂ´t subtile. En effet, il croque dans sa pomme. Pomme qu’elle a partagĂ©e avec Aladdin lorsqu’ils se sont envoyĂ©s en l’air sur leur tapis volant (vous l’aviez pas vu venir non plus celle-lĂ , hein ?). Pomme qui symbolise la virginitĂ© d’Adam et Eve dans la Bible. Si vous ne me croyez pas, vous n’avez qu’Ă  réécouter la chanson d’introduction, qui le suggère :

« Oh nuits d’Arabie,
Mille et une folies.
Insomnie d’amour,
Plus chaude Ă  minuit
Qu’au soleil, en plein jour !
 » (Et c’est encore plus flagrant en VO).

Mais ce n’est pas la chanson qui nous intĂ©resse. La chanson de Jafar est une reprise tragique de »Prince Ali ». Cette fois-ci, le voleur est dĂ©masquĂ© par la magie de Jafar, qui dĂ©tourne et retourne donc la chanson du GĂ©nie pour dĂ©nigrer et rabaisser son ennemi.

Au lieu de lui faire directement du mal, Jafar s’attaque Ă  Aladdin en brisant la confiance que lui a donnĂ©e Jasmine. Il expose ses mensonges Ă  sa belle, avant de l’envoyer loin de lui. Les notes de Prince Ali sont plus graves. Le tempo est plus lent, lui confĂ©rant une tonalitĂ© plus dramatique et moins enjouĂ©e, beaucoup plus sobre. Le GĂ©nie est quant Ă  lui devenu un esclave. En quelques secondes, l’univers colorĂ© d’Aladdin est devenu aussi sombre et froid que l’hiver arrivĂ© au bout de 8 saisons dans Game of Thrones. De tous les mĂ©chants, Jafar et Scar sont les deux seuls Ă  parvenir Ă  leurs fins. L’espace d’un court instant pour Jafar, beaucoup longtemps pour Scar.

N°6 : Des sauvages, Pochaontas une légende indienne, composée par Alan Menken et écrite par Stephen Schwartz

https://www.youtube.com/watch?v=xFfX2qVHCaw

Ce qui est intĂ©ressant dans cette chanson, outre qu’elle catalyse le clivage dramatique ambiant, c’est qu’elle nous dĂ©montre Ă  quel point le racisme peut ĂŞtre universellement destructeur. Cette chanson transpire de VĂ©ritĂ© sur la Guerre. Elle met en scène deux factions que tout opposent, pensant lutter pour des idĂ©aux identiques, mais qui sont manipulĂ©es par un seul homme dans ses intĂ©rĂŞts personnels. Les deux peuples se perçoivent comme des sauvages. Le conflit est imminent, comme le suggère les nuages qui amoncellement dans le ciel du cĂ´tĂ© de chaque camp, finissant par s’entrechoquer, et laisser un orage Ă©clater. Quant aux lumières, elles passent de la douceur bleutĂ© de la nuit, au sang des flammes de la colère qui gronde.

La construction en crescendo de la musique reprend un Ă©lĂ©ment historique, et pas des moindres ! Les tambours, instruments de guerre par excellence, sont ici mis en lumière via l’arythmie de la musique.

Ils ont notamment servi Ă  François Ier Ă  communiquer certaines instructions sur les champs de bataille. Chez les amĂ©rindiens du Nord, ils reprĂ©sentaient la sĂ©paration entre le monde terrestre et le monde spirituel, thème repris dans ce disney Ă  travers les personnages principaux. De plus, le bruit des armes est incorporĂ© Ă  la musique, comme s’ils faisaient partie des instruments qui la composent. Ces instruments accentuent la tragĂ©die inĂ©vitablement Ă  l’oeuvre. Ce processus de crĂ©ation Ă©tait particulièrement innovant, et mĂ©ritait sa place dans ce top 10 des chansons de mĂ©chants Disney.

N°5 : Tuons la Bête ! Gaston dans La Belle et la Bête, composée par Alan Menken et écrite par Howard Ashman

Gaston est l’archĂ©type du prince pas du tout charmant : il est beau, mais stupide et brutal. Ce personnage a Ă©tĂ© Ă©laborĂ© en parfaite opposition avec la BĂŞte. Les rĂ©alisateurs l’ont d’ailleurs créé selon les critères de beautĂ© des princes. C’est la raison pour laquelle, il a le physique et le charisme d’un prince. Toutefois, Gaston est un monstre Ă  l’intĂ©rieur. Gaston, c’est la masculinitĂ© toxique incarnĂ©e sous les traits d’un chasseur. Au dĂ©but de l’histoire, Gaston est un chasseur qui collectionne les trophĂ©es de chasse, et pas que. L’allusion Ă  son statut de chasseur est en rĂ©alitĂ© une subtile mĂ©taphore #enfancebrisĂ©e. Il dĂ©sire conquĂ©rir le seul cu…euh, cĹ“ur, qui lui soit inaccessible : celui de Belle.

Cependant, ses tentatives de séduction sont des échecs.

Gaston est probablement le seul mĂ©chant de Disney qui nous soit prĂ©sentĂ© comme un idiot pathĂ©tique aux premiers abords. Il ne semble pas menaçant. Puis, il fait enfermer le père de Belle, afin de l’obliger Ă  l’Ă©pouser. Ensuite, vient cet instant terrible oĂą il emprisonne Belle et harangue la foule des villageois. Non pas pour des raisons politiques ou sociales, mais par jalousie.

Pour la petite leçon d’Histoire, ce conte prend place au XVIIIème siècle, lorsque la RĂ©volution Française grondait. Oui, les villageois menĂ©s par Gaston vont donc « tuer la bĂŞte », ou la Noblesse, qui languit sous le joug d’un sortilège dans un château aux allures de cathĂ©drale terrifiante. Vous la tenez de nouveau la subtilitĂ© de la mĂ©taphore ? Cette chanson, composĂ©e par Howard Ashman et un jeunot qui Ă©tait alors son padawan, un certain Alan Menken, possède donc un double sens de lecture que seuls les plus vieux peuvent saisir. Chapeau les artistes !

N°3 et 4 : Queen of Mean, Princesse Audrey, Descendants 3, composĂ©e par Thomas Armato Sturges et Adam Schmalholz, Ă©crite par Antonina Armato et Tim James et l’ensemble des chansons de Descendants 1, 2 et 3

https://www.youtube.com/watch?v=kK-i_tTqmVg

Descendants est une saga dont le concept est purement marketing, puisqu’il s’agit de tĂ©lĂ©films crĂ©es par Disney pour les fans adeptes du fan-service de Disney. Ces tĂ©lĂ©films racontent et mettent en scène les descendants des hĂ©ros et hĂ©roĂŻnes de Disney, mais aussi, la vile progĂ©niture de ses mĂ©chants. Et Ă  leur tĂŞte, Mal, la fille de MalĂ©fique, Evi, la fille de la mĂ©chante Reine, Jay, le fils de Jafar, et Carlos, le fils de Cruella.

-RIP Cameron Boyce, son interprète, parti trop tôt :'(-

Tout ce petit monde est conviĂ© par le prince Ben, fils de la Belle et la BĂŞte, Ă  venir Ă©tudier Ă  Auradon, Ă®le sur laquelle se sont regroupĂ©s les Etats-Unis de Disney (plus amĂ©ricain, on meurt). Comme nous sommes dans un Disney, les mĂ©chants doivent prouver qu’ils sont cruels. Mais comme nous sommes dans un Disney, l’amour finit par l’emporter. Ben tombe donc amoureux de Mal, alors qu’il Ă©tait destinĂ© Ă  Audrey. Celle-ci finit par prendre sa revanche dans la troisième opus en devenant la Queen of Mean, Queen Bee malĂ©fique et plus terrifiante que les vĂ©ritables fils et filles des vilains.

Les Descendants proposent dans l’ensemble des chansons diversifiĂ©es et divertissantes : comme par exemple Ways to be wicked, ou encore, One Kiss et What’s my name ! Chaque chanson a son propre style, ce qui permet de dĂ©finir musicalement les personnages. Il y a de tout : pop, soul, ou encore hip-hop et il y a de très bons titres.

Comme c’Ă©tait impossible de tous les mettre dans ce top 10 des chansons de mĂ©chants Disney, j’ai choisi d’analyser la chanson que je prĂ©fère. Queen Of Mean qui nous intĂ©resse, a Ă©tĂ© composĂ©e dans un style pop, parfaitement raccord avec sa tonalitĂ© lyrique.

Queen of Mean relate les espoirs déçus d’une jeune fille qui s’imaginait dĂ©jĂ  reine au bras de son prince, et dont les rĂŞves Ă©clatent en mĂŞme temps que son petit cĹ“ur. Le sentiment de trahison est parfaitement mis en exergue, et finit par rĂ©vĂ©ler le cĂ´tĂ© obscur de la jeune fille. Elle laisse corrompre son cĹ“ur par ses dĂ©sirs de vengeance.

En outre, Audrey se sent coupable d’avoir failli Ă  sa mission d’Ă©pouser l’hĂ©ritier du trĂ´ne. Sa grand-mère lui a fait remarquer que mĂŞme endormie, sa mère a su garder un prince. La violence de cette remarque achève d’exploser son estime et son amour propre. Finalement, Audrey a le sentiment d’avoir toujours agi en Ĺ“uvrant pour le bien commun ou pour les autres, et de ne pas avoir Ă©tĂ© rĂ©compensĂ©e en retour. Cette chanson marque le point de non-retour. Surtout, elle exprime un sentiment d’injustice fort, qui parle Ă  mon avis, Ă  beaucoup.

Audrey est un personnage intĂ©ressant : imbu d’elle-mĂŞme, charismatique, capricieuse, elle possède un potentiel de mĂ©chancetĂ© qui Ă©tait restĂ© inexploitĂ© jusque-lĂ . Au final, cette chanson nous donne l’occasion de mieux la comprendre, et de compatir.

Bonus : Playlist de l’ensemble de la franchise

N°2 : Soyez Prêtes, Scar et les hyènes, Le Roi Lion, composée par Hans Zimmer, écrite par Tim Rice

https://www.youtube.com/watch?v=CCql9JInTBc

La force du Roi Lion, c’est d’avoir repris un manga (Le Roi Leo), une pièce de Shakespeare, avoir badigeonnĂ© le tout de sauce Disney et de chansons entraĂ®nantes ! Dans cette réécriture ou crĂ©ation gĂ©niale, Scar campe le rĂ´le de l’oncle-conseiller du Roi dont le but est de conquĂ©rir le monde des Lions. Il y parvient en tuant Mufassa, traumatisant ainsi notre enfance pour toujours. MĂŞme les chats pleurent devant la mort de Mufassa !

Au lieu de nous prĂ©senter un personnage morose et comploteur, Scar est amenĂ© comme le leader des populations de l’ombre, dĂ©laissĂ©es par le règne solaire de Mufassa. Ses acolytes, les hyènes, sont appelĂ©es Ă  se tenir prĂŞtes Ă  prendre le pouvoir, telle une milice du troisième Reich. La musique est Ă  la fois entraĂ®nante, grave, et Ă©reintante. Elle est Ă  l’image de Scar. Elle joue sur le tempo rapide, et monte en crescendo dans les aiguĂ«s, parallèlement Ă  l’ascension de Scar. C’est Ă  ce moment-lĂ  qu’il s’Ă©rige en roi. Roi de l’obscuritĂ©, tyrannique, autoritaire, prĂŞt Ă  tout pour parvenir Ă  ses fins. Cette scène annonce l’apocalypse du règne Ă  venir, en totale opposition avec le rayonnement qu’a instaurĂ© Mufassa. Elle invite le spectateur Ă  se prĂ©parer Ă  l’inĂ©vitable. « Soyez prĂŞtes » rĂ©sonne comme un cri d’alarme du traumatisme Ă  venir.

N°1 : Infernal, Frollo, Le bossu de Notre Dame, composée par Alan Menken et écrite par Stephen Schwartz

Alan Menken a rĂ©ussi Ă  s’imposer comme le compositeur attitrĂ© de Disney dans les annĂ©es 90. On lui doit notamment les succès des titres de Pochaontas, La petite Sirène, ou encore, Aladdin, et les musiques du Bossu de Notre Dame. Ce gĂ©nie s’est illustrĂ© dans des styles parfaitement opposĂ©s, passant de la chanson aux accents orientaux, Ă  celle plus classique de l’Église du XIXème. Ici, nous nous trouvons une musique classique et aussi romantique qu’elle est romanesque.

D’une façon gĂ©nĂ©rale, Le Bossu de Notre-Dame est particulièrement sous-estimĂ© en France, Ă©tant donnĂ© que cette adaptation de Victor Hugo ne lui est pas fidèle. Le bossu de Notre Dame a Ă©tĂ© rĂ©alisĂ© par Gary Trousdale et Kirk Wise, les papas de la Belle et la BĂŞte et Atlantide.

Si l’adaptation est dĂ©criĂ©e, elle est en faite une vĂ©ritable rĂ©ussite sur plusieurs plans. Surtout pour sa musique et ses personnages.

« Infernal » commence par une prière en Latin (pour tous ceux qui se demandaient Ă  quoi sert le Latin dans la vie quotidienne, voilĂ , ça sert Ă  traduire des chansons Disney et les sortilèges dans les Nouvelles aventures de Sabrina). Elle commence par « Confiteor », soit « je confesse Ă  Dieu ». C’est un moment particulier au cours d’une messe, puisqu’en se reconnaissant pĂŞcheur, le fidèle demande ensuite le pardon divin. Puis, vient le temps du « Kyrie Elieson », qui veut dire « Seigneur, prends pitié », invitant au pardon divin puis au sacrement de l’eucharistie. La chanson Infernal est construite en parallèle avec un chĹ“ur qui chante les paroles suivantes au cours d’une messe :

« Confiteor Deo, Omnipotenti
Beatae Mariae, Semper Virgini
Beato Michaeli Archangelo
Sanctis apostolis Omnibus Sanctis / Et tibi Pater / Quia peccavi nimis / Cogitatione / Verbo et opere / Kyrie Elieson »

Soit :

« Je confesse Ă  Dieu tout puissant et Ă  la bienheureuse Marie, toujours Vierge, Ă  l’archange Saint-Michel, aux Saints apĂ´tres, et Ă  tous les Saints / Et Ă  votre père / que j’ai beaucoup pĂ©chĂ© / par pensĂ©es / par paroles et par actions. / Seigneur, prends pitiĂ©. »

C’est une vĂ©ritable prière liturgique qui se mĂŞle Ă  la confession de Frollo, soit une des rares chansons disney oĂą le rĂ©el et l’imaginaire s’entrelacent. Frollo, quant Ă  lui adresse, ses confessions et ses troubles Ă  la Vierge Marie. DĂ©chirĂ© entre sa passion et sa raison, il confesse et avoue son obsession secrète pour EsmĂ©ralda. Il prie Marie de le protĂ©ger, puis blâme EsmĂ©ralda de ses dĂ©sirs et de sa convoitise. Comme tous les machistes de l’Eglise qui ont dĂ©cidĂ© que si ça frĂ©tillait dans leur slip, c’Ă©tait forcĂ©ment de la faute des femmes, pas de la leur.

Les images sont particulièrement fortes, puisque Frollo s’imagine subir son propre inquisitoire. Son dĂ©sir, quant Ă  lui, se matĂ©rialise dans les flammes, avant de devenir un Ă©cran de fumĂ©e et de disparaĂ®tre. Il s’agit d’une image de son for intĂ©rieur qui brĂ»le de possĂ©der la gitane, mais son statut et sa Raison l’en empĂŞchent.

Je ne suis pas tout Ă  fait certaine que les enfants aient pu saisir les rĂ©fĂ©rences culturelles aux Fleur du Mal, recueil emblĂ©matique de poĂ©sies de Charles Baudelaire. Des poĂ©sies dans lesquelles il Ă©voque explicitement son addiction Ă  l’opium. Il y a aussi un poème intitulĂ© « la pipe ». Et dire qu’on fait Ă©tudier ce recueil aux lycĂ©ens, mais qu’on interdit 13 reasons why aux moins de 18 ans…

Ou encore, la mention des Bacchanales, fĂŞtes de dĂ©bauche dans l’AntiquitĂ© en honneur au dieu Bacchus (plus ou moins Ă©quivalent de Dyonisos chez les Grecs, dieu de la Civilisation, de la Culture et de la Folie). Ou comment les orgies furent popularisĂ©es et justifiĂ©es en l’honneur d’une divinitĂ©.

De toutes les chansons de mĂ©chants, celle-ci nous offre une fresque complexe de ce personnage torturĂ© et autoritaire. Frollo, contrairement aux autres mĂ©chants, a l’impression d’agir pour le Bien commun, en rĂ©primant ses pulsions. Il croit que les Gitans sont des pĂŞcheurs qu’il faut anĂ©antir pour le salut de l’humanitĂ©. En soit, il incarne la mentalitĂ© gĂ©nocidaire Ă  l’œuvre dans les jours les plus sombres de notre Histoire. (Point Godwin atteint).

La chanson « Hellfire Â» en anglais (VO)

Source : Le Bossu de Notre-Dame (1996) © Disney. Tous droits réservés. Description : « Hellfire », composée par Alan Menken.

En version originale, la chanson joue sur les rimes en « ire Â» (prononcer « aĂŻeur Â», /aÉŞÉ™/), plus percutantes que celles en « al Â» dans sa traduction française (« Infernal Â»). Elle fait ainsi rimer « fire Â», « desire Â» et « pyre Â» (« feu Â», « dĂ©sir Â» et « bucher Â»). Le feu Ă©voque bien sĂ»r la passion destructrice. On trouve, au dĂ©but de la chanson, une gradation dans le champ lexical du feu qui reflète l’évolution de cette passion : « smoldering Â» (« couver, faire de la fumĂ©e Â»), « scortch Â» (« roussir Â»), puis « blazing Â» (« flamber, s’enflammer Â»). La rime entre « fire Â» et « desire Â» dans le premier refrain devient une rime entre « fire Â» et « pyre Â» dans le second. Ce qui forme un Ă©cho entre « desire Â» (le dĂ©sir) et « pyre Â» (le bĂ»cher), rappelant le concept gothique d’une causalitĂ© entre l’amour et la mort.

Certaines phrases de la chanson sont directement inspirĂ©es de citations du chapitre « Lasciate ogni speranza Â» dans le roman de Victor Hugo :

  • « The sun caught in her raven hair Â» (« Le soleil pris dans sa chevelure noire Â»). L’antithèse entre la lumière (le soleil) et l’ombre (les cheveux noirs) vient de la phrase : « Ses yeux Ă©taient noirs et splendides, au milieu de sa chevelure noire quelques cheveux que pĂ©nĂ©trait le soleil blondissaient comme des fils d’or. Â» Dans la chanson, il y a aussi une mĂ©taphore, avec le verbe « caught Â», comme si le soleil Ă©tait capturĂ© par un filet. Comme si la beautĂ© d’EsmĂ©ralda captivait mĂŞme le soleil, ou l’éclipsait.
  • « It’s not my fault if in God’s plan, he made the Devil so much stronger than a man ! Â» (« Ce n’est pas ma faute si Dieu a fait le diable tellement plus fort qu’un homme ! Â») renvoie Ă  la phrase du roman : « HĂ©las ! si la victoire ne m’est pas restĂ©e, la faute en est Ă  Dieu, qui n’a pas fait l’homme et le dĂ©mon de force Ă©gale. Â»

Enfin, les chants en latin Ă  l’arrière-plan reflètent la conscience tourmentĂ©e du personnage en disant exactement le contraire de ce qu’il dit. Lorsque Frollo s’écrie : « It’s not my fault ! Â» (« Ce n’est pas ma faute ! Â»), les chĹ“urs en latin rĂ©pondent : « Mea culpa ! Â».

Le succès de cette scène tient Ă  ce qu’elle est particulièrement vertigineuse : toute la chute de Frollo est rĂ©sumĂ©e en l’espace d’une chanson. (Elle Ă©tait Ă©galement assez brutale dans le roman.)

La chanson commence par « You know I am a rightous man Â» (« Vous savez que je suis un homme vertueux Â», ce qui semble hypocrite Ă©tant donnĂ© le passĂ© de Frollo dans le film d’animation, mais ce n’est pas le cas dans le roman) et s’achève par « She will be mine or she will burn ! Â» (« Elle sera Ă  moi ou elle brĂ»lera ! Â»).

Bonus : N°10 : Au plus noir de la Nuit, Raspoutine, Anastasia, composĂ©e par Stephen Flaherty,  Ă©crite par Lynn Ahrens

Bon, Ă  l’Ă©poque, ce n’Ă©tait pas un Disney. Maintenant que Disney a tout rachetĂ©, on peut dire que si. Raspoutine, c’est le Hadès russe. DrĂ´le, impertinent, satirique, sombre, fou, gĂ©nial, carrĂ©ment plus intĂ©ressant que le personnage principal… Il a vendu son âme au diable en Ă©change de ses pouvoirs. Pourquoi donc ? Pour que les Russes se rebellent contre la famille impĂ©riale et fassent pĂ©rir les Nobles. Genre, OKLM, la RĂ©volution bolchevique est le faĂ®te des Ĺ“uvres dĂ©moniaques d’un usurpateur qui s’est fait passer pour un conseiller. Coucou la propagande post-guerre froide, comment tu vas ? Viens donc t’installer près de celle contre la RĂ©volution française, il reste un peu de place.

Dans son dĂ©lire, Raspoutine qui est un cadavre sur patte, dĂ©cide de sortir de l’ombre. Ses petits os se baladent partout sur le rythme effrĂ©nĂ© de « Au plus noir de la Nuit », entre des larves, des insectes et d’autres formes de vie dont j’ignore le nom scientifique et que je ne veux probablement pas connaĂ®tre. Vous non plus. Cette chanson n’a aucun intĂ©rĂŞt scĂ©naristique. Elle marque simplement la rĂ©surrection de Raspoutine qui dĂ©cide de prendre lui mĂŞme les choses en mains, au lieu de laisser faire ses sbires. Enfin « prendre les choses en mains », vu comment les siennes se baladent…Bref. Cette musique ne fait donc pas vraiment avancer l’histoire, mais elle est sacrĂ©ment gĂ©niale. Je la chante dans ma tĂŞte depuis tout Ă  l’heure tout en Ă©crivant ce paragraphe.

C’est Ă  prĂ©sent la fin de ce top 10 des chansons des mĂ©chants Disney !

Maintenant que je vois votre enfance se décomposer dans le tréfonds de votre âme, je vous dis à très vite !

N’hĂ©sitez pas Ă  me donner votre top 10 des chansons de mĂ©chants Disney dans les commentaires 🙂


Tsilla Aumigny

Rédigé par Tsilla Aumigny

Rédactrice en Chef, ex-Enseignante en Lettres Classiques certifiée, Autrice de roman, Scoute toujours, Jedi à ses heures perdues, Gryffondor.

Umeboshi : prune japonaise séchée et amer

Et par Umeboshi

(pour l’analyse de « Hellfire » en anglais)

RĂ©dactrice, Relectrice SEO, Community Manager, enfant prodige, passionnĂ©e d’univers gothiques, mangaphile, parle le japonais couramment, a rĂ©digĂ© une thèse de 80 pages sur JoJo’s Bizarre Adventure.

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Référence bibliographique

Tsilla. (2019). [TOP] des meilleures chansons des méchants Disney. La Revue de la Toile. https://revuedelatoile.fr/top-10-des-chansons-des-mechants-disney/

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2 rĂ©ponses Ă  “[TOP] des meilleures chansons des mĂ©chants Disney”

  1. Hellfire est bien mieux en VO. Le doubleur français parle au lieu de chanter et la traduction est nulle. Pareil pour la chanson de Scar.

  2. L’époque où il y avait de vrais méchants dans les Disney… Où on n’était pas en train de faire des « histoires sans méchant » pour imiter Ghibli ou des remakes en mode « mais en fait, le méchant était gentil !! ». Des personnages comme Maléfique, Scar ou Frollo nous manquent tellement !

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