Avec L’Odyssée, Nolan affirme que le cinéma historique n’a jamais eu besoin d’être historiquement fidèle pour faire vivre l’Antiquité. Parfois, c’est précisément en la déformant qu’il l’a maintenu dans l’imaginaire collectif, en lui conférant de nouveaux codes et de nouveaux cadres, pour la réinventer, comme en atteste ce top 5 des films à (re)voir si vous voulez prolonger la magie de ce péplum.

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Affiche de Spartacus, dessinée, montrant spartacus au milieu d'une foule de gladiateur brandissant du feu, en dessous le titre, en rouge, en dessous, 3 photos du film.
Source : BROWN, Reynold. Spartacus [affiche de film]. 1960. Illustration pour le film de Stanley Kubrick

Spartacus de Stanley Kubrick (1960)

Sorti après l’immense succès Les Sentiers de la gloire, Spartacus est l’un des films de Kubrick qui a marqué toute une génération. Auréolé de plusieurs Oscars, et porté par des acteurs iconiques comme Kirk Douglas et Laurence Olivier, le film a également contribué à fixer durablement certains des grands clichés du péplum : armures stylisées mais totalement anachroniques, combats de gladiateurs chorégraphiés de façon artistique et spectaculaire, mais aussi gestes et répliques devenus emblématiques. L’image de l’empereur décidant du sort favorable ou non d’un gladiateur d’un simple pouce levé ou baissé a été largement popularisée par le film. De même, la fameuse réplique « Ave Caesar, morituri te salutant » (Salut César, ceux qui vont mourir te saluent), une formule authentique de l’époque romaine, est ainsi devenue indissociable de l’imaginaire des gladiateurs, alors qu’elle ne leur était pas spécifiquement destinée. Plus qu’un péplum, Spartacus est un mythe qui a participé à construire une part de notre histoire cinématographique.

Photographie du film Jason et les Argonautes, montrant Jason en train de se battre avec des squelettes qui possèdent des armes et boucliers sur les ruines d'un temple
Source : COLUMBIA PICTURES. Jason and the Argonauts [photogramme du film]. Réal. Don Chaffey, 1963. Effets spéciaux : Ray Harryhausen.

Jason et les Argonautes de Don Chaffey (1963)

Jason et les Argonautes est devenu culte bien après sa sortie, notamment grâce à ses créatures légendaires et surtout ses soldats squelettes, animés par Ray Harryhausen. Relatant les aventures trépidantes de Jason et de ses hommes, les argonautes, en quête de la Toison d’or, cette adaptation a surtout influencé durablement d’autres cinéastes, en particulier les pionniers de la Fantasy et du fantastique. En effet, si les effets visuels en stop-motion ont tout de même relativement bien vieilli, ce n’est pas le cas du jeu désuet des actrices et acteurs, qui auront plutôt tendance à vous soutirer un sourire qu’une larme lors des scènes dramatiques. Malgré tous ses défauts, Jason et les Argonautes demeure très divertissant et accessible.

Affiche espagnole du film montrant Iphigénie avec sa couronne sacrificielle et en dessous des soldats avec des torches.
Source : UNITED ARTISTS. Ifigenia [affiche de film]. Réal. Michael Cacoyannis, 1977. Affiche espagnole.

Iphigénie de Michael Cacoyannis (1977)

Iphigénie est probablement l’une des plus belles tragédies cinématographique portée à l’écran, et ses nombreuses récompenses, dont la Palme d’Or, sont largement méritées. Dans une mise en scène sobre, Iphigénie nous raconte comment Artémis ordonne au Roi des rois, Agamemnon, le sacrifice de sa fille aînée, pour apaiser la colère des Dieux et lui envoyer des vents favorables avant son départ pour la guerre de Troie. Inspiré par la tragédie d’Euripide, Iphigénie est portée par un trio d’acteurs mémorables : Tatiána Papamóschou (Iphigénie), Irène Papas (Clytemnestre, la femme d’Agamemnon), et Kóstas Kazákos (Agamemnon), qui en font un drame à la fois intime et universel, rendant sa fin particulièrement mémorable.

Affiche du film Gladiator montrant Maximus incarné par Russel Crowe un glaive à la main dans sa tenue de gladiateur complètement anachronique devant une armée dans des tonalités majoritairement chaudes.
Source : THE CIMARRON GROUP. Gladiator [affiche de film]. Réal. Ridley Scott, 2000. DreamWorks Pictures / Universal Pictures.

Gladiator de Ridley Scott (2000)

Avec Gladiator, Ridley Scott ne se contente pas de ressusciter le péplum : il le réinvente pour le public du XXIe siècle. En reprenant les grands codes de Spartacus — l’esclave devenu héros, le gladiateur qui défie Rome et qui lutte contre un système qui le dépasse — le réalisateur transforme l’Histoire en un récit intime de vengeance, de perte et de rédemption. Si Russell Crowe porte magistralement le film, la performance de Joaquin Phoenix dans le rôle de Commode est tout aussi mémorable : empereur cruel, paranoïaque et profondément instable, il semble tout droit sorti des récits de Suétone, l’auteur qui a dépeint certains empereurs romains comme des figures capables de sombrer dans la démesure et la folie. Le film réinvente l’Histoire pour qu’elle puisse résonner avec l’intimité des spectateurs : derrière les palais, les batailles et les arènes, ce sont la trahison, le deuil, la colère et le désir de justice qui sont au cœur du récit. Rome devient alors moins une reconstitution historique qu’un décor mythologique dans lequel chacun peut reconnaître ses propres combats.

P.-S.: Gladiator 2 n’a jamais existé.

Source : PETERSEN, Wolfgang (réal.). Troie [photogramme]. 2004. Warner Bros. Pictures.

Troie de Wolfgang Petersen (2004)

Avec Troie, Hollywood s’attaque cette fois à l’un des monuments de la littérature épique : l’Iliade. Le film fait le choix assez assumé de débarrasser la guerre de Troie de ses dieux et de son merveilleux pour en faire une immense fresque historique et guerrière. Porté par un casting particulièrement solide — Eric Bana en Hector, Brad Pitt en Achille et, bien entendu, Orlando Bloom, l’elfe préféré de tous en Pâris — Troie est spectaculaire, divertissant et parfaitement calibré pour le grand écran, et bien moins fidèle à l’esprit de l’œuvre d’Homère que ne l’est l’Odyssée avec son casting.

L’Iliade ne relate pas simplement le récit de la guerre de Troie, il déploie la colère d’Achille. Or le film simplifie considérablement les relations qui donnent à cette colère toute sa force. La relation entre Achille et Patrocle est notamment réduite à celle d’un cousin et compagnon d’armes, alors que leur lien amoureux est au cœur de la dimension tragique du récit. Quant à Briséis, elle perd une grande partie de son importance dramatique : dans l’Iliade, sa prise par Agamemnon provoque immédiatement le retrait d’Achille et constitue l’un des véritables nœuds de l’intrigue.

Troie n’a peut-être jamais eu vocation à être une nouvelle traduction cinématographique de l’Iliade. C’est un péplum moderne qui assume sa fonction première : raconter une grande histoire, avec des héros magnifiques, des batailles gigantesques et suffisamment de tragédie pour donner quelques frissons à ses spectateurs. Et puis, ces plans gratuits sur les abdominaux et le postérieur de Brad Pitt, a probablement fait davantage pour la postérité du film que bien des analyses savantes — au point que Christopher Nolan s’est amusé à leur rendre hommage dans son propre Odyssée. Preuve en est que les plans bien cadrés peuvent redonner goût à toute une génération pour l’Antiquité.

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Tsilla Aumigny

Rédigé par Tsilla
Rédactrice en Chef, ex-Enseignante en Lettres Classiques certifiée, Autrice de roman, Scoute toujours, Jedi à ses heures perdues, Gryffondor.


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