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La Revue de la Toile · Disney · Analyse pop culture

Ursula : la Sorcière des mers

manipulatrice, magicienne et reine autoproclamée des océans, elle est aussi l’une des antagonistes les plus théâtrales de l’histoire des studios Disney. Derrière son apparence extravagante et ses tentacules se cache l’incarnation d’une forme de décadence, mais surtout, une liberté conquise.

Personnage créé par Disney et inspiré par la Sorcière des Mers du conte La Petite Sirène d’Andersen, Ursula demeure l’une des méchantes les plus intéressantes sur le plan narratif. En effet, dans le conte original, la sorcière des mers est un personnage secondaire et plutôt neutre. Dans l’adaptation de Disney, Ursula est une véritable antagoniste, qui a contribué à rendre le film d’animation mémorable.

Qui est Ursula dans La Petite Sirène ?

Contrairement à d’autres méchants Disney, l’histoire d’Ursula est détaillée dès sa scène d’introduction. Elle vit déjà recluse dans les profondeurs de l’océan, loin du palais royal d’Atlantica.

Ursula explique qu’elle vivait autrefois au palais royal d’Atlantica, et qu’elle appartenait à la cour du roi Triton. Nostalgique de cette époque fastueuse ponctuée de festins, de fêtes et de jeux en tous genres, elle fut toutefois bannie. Ursula n’explique jamais les raisons de ce bannissement, mais ses accointances avec la magie noire n’y sont probablement pas indifférentes. N’apportant pas plus d’éléments sur les origines de sa disgrâce, elle exprime seulement son dégoût d’avoir été traitée « comme une vulgaire courtisane ».

Le film d’animation de 1989 ne précise jamais clairement la raison de son ostracisation. Cette absence participe d’ailleurs à créer un mystère qui entoure le personnage, et cette dernière a donné toute la liberté nécessaire aux différentes œuvres Disney qui lui sont consacrées pour développer par leurs propres théories à ce sujet.

La demeure d’Ursula : le Léviathan

Ursula demeure désormais dans le squelette d’une gigantesque créature, le mythique Léviathan, dans laquelle elle rumine son bannissement à longueur de journée et songe à se venger de Triton en le détrônant. Pour ce faire, elle souhaite s’emparer de son trident, symbole et source de son pouvoir sur la mer.

Sa nouvelle demeure n’a pas été choisie par hasard : le léviathan est un monstre présent dans plusieurs textes bibliques, notamment les Psaumes, le Livre d’Isaïe et le Livre de Job, ainsi que dans la tradition rabbinique. Dans le Livre de Job, il apparaît comme une bête dont la puissance dépasse celle des hommes, et qui semble impossible à vaincre. Cette image d’un monstre marin terrifiant, difficile à soumettre, trouve un écho évident dans le personnage d’Ursula et dans la puissance qu’elle déploie lorsqu’elle s’empare du trident de Triton. Il est aussi connu pour avaler les âmes en perdition, thématique abordée par la chanson d’Ursula. Le Léviathan est ainsi décrit dans la Bible :

« Je veux encore parler de ses membres, Et de sa force, et de la beauté de sa structure. Qui soulèvera son vêtement? Qui pénétrera entre ses mâchoires ? Qui ouvrira les portes de sa gueule ? Autour de ses dents habite la terreur. Ses magnifiques et puissants boucliers Sont unis ensemble comme par un sceau ; Ils se serrent l’un contre l’autre, Et l’air ne passerait pas entre eux ; Ce sont des frères qui s’embrassent, Se saisissent, demeurent inséparables. Ses éternuements font briller la lumière ; Ses yeux sont comme les paupières de l’aurore. Des flammes jaillissent de sa bouche, Des étincelles de feu s’en échappent. Une fumée sort de ses narines, Comme d’un vase qui bout, d’une chaudière ardente. Son souffle allume les charbons, Sa gueule lance la flamme. La force a son cou pour demeure, Et l’effroi bondit au-devant de lui. Ses parties charnues tiennent ensemble, Fondues sur lui, inébranlables. Son cœur est dur comme la pierre, Dur comme la meule inférieure. Quand il se lève, les plus vaillants ont peur, Et l’épouvante les fait fuir. C’est en vain qu’on l’attaque avec l’épée ; La lance, le javelot, la cuirasse, ne servent à rien. Il regarde le fer comme de la paille, L’airain comme du bois pourri. La flèche ne le met pas en fuite, Les pierres de la fronde sont pour lui du chaume. Il ne voit dans la massue qu’un brin de paille, Il rit au sifflement des dards. Sous son ventre sont des pointes aiguës : On dirait une herse qu’il étend sur le limon. Il fait bouillir le fond de la mer comme une chaudière, Il l’agite comme un vase rempli de parfums. Il laisse après lui un sentier lumineux ; L’abîme prend la chevelure d’un vieillard. Sur la terre nul n’est son maître ; Il a été créé pour ne rien craindre. Il regarde avec dédain tout ce qui est élevé, Il est le roi des plus fiers animaux.
Source : Job 40:20-28

Dès lors, Ursula n’apparaît pas seulement comme une antagoniste dangereuse, elle est aussi tel le monstre mythique, à la fois invincible, et pourtant, vulnérable.

Les victimes d’Ursula : un étrange jardin de polypes

L’entrée de l’antre d’Ursula est bordée d’un jardin de polypes se lamentant. Ces polypes sont en fait d’anciennes sirènes, hommes comme femmes, qui eurent l’imprudence de demander à Ursula de les aider à réaliser leurs désirs.

N’ayant pas respecté leur part du marché, la Sorcière les a tout bonnement transformés en hideux polypes qu’elle a placés dans son entrée. Son jardin évoque alors le pré des Asphodèles, qui se trouve dans les Enfers dans la mythologie grecque. Dans ce pré séjournent les âmes des morts. Dans l’Odyssée, Achille lui-même traverse ainsi le « pré d’Asphodèle » après sa mort. Le rapprochement est évidemment symbolique : chez Ursula comme chez Hadès, les êtres qui peuplent cet espace semblent condamnés à demeurer dans un jardin dont ils ne peuvent plus s’échapper.

Le décor (la carcasse du Léviathan, le jardin des polypes) aurait dû suffire pour qu’Ariel comprenne qui était vraiment Ursula. Et pourtant…

Ursula et Ariel : le pacte de Pauvres Âmes en Perdition

Ursula attendait Ariel, et espérait sa venue. Cadette des filles du roi tombée amoureuse du prince Eric, Ursula voit en Ariel l’objet et l’instrument de sa vengeance envers le roi Triton, qu’elle haït. Dès lors, Ariel n’est-elle finalement qu’un dommage collatéral dans ses plans ? Bien décidée à utiliser l’amour de la princesse à son avantage, la Sorcière confie à Flotsam et Jetsam la mission d’attirer Ariel jusqu’à elle. Après une violente dispute avec son père, la princesse suit les deux créatures jusqu’à la tanière de la Sorcière, sans se douter qu’elle tomberait dans ses filets.

Par l’intermédiaire de la chanson « Pauvres âmes en perdition », Ursula propose un contrat à Ariel : elle dotera cette dernière d’une apparence humaine et disposera de trois jours pour recevoir un véritable baiser d’amour du prince Eric. Si elle échoue, Ariel redeviendra sirène et appartiendra à Ursula pour toujours.

Comme prix de sa transformation, Ursula exige encore qu’Ariel lui offre sa voix, qu’elle enferme dans le pendentif en forme de coquillage magique qui pend à son cou. D’abord intimidée, Ariel signe finalement le contrat magique. Le véritable objectif d’Ursula n’a jamais été de s’emparer de sa voix, mais de renverser le roi des océans en faisant échouer sa fille, pour le contraindre à signer un autre contrat et prendre sa place.

Toutefois, il est à noter qu’Ursula ne force jamais Ariel à accepter son marché, contrairement à Jafar qui utilise la magie noire pour obtenir de son Sultan tout ce qu’il souhaite. Ursula propose à Ariel exactement ce qu’elle désire et laisse la jeune sirène croire qu’elle a elle-même choisi de prendre tous les risques. Ursula n’est pas seulement une magicienne : elle est une négociatrice particulièrement redoutable. Exactement comme Lucifer (et comme toutes les assurances qui se respectent avec leurs petites lignes illisibles à la fin de leur papier), elle manipule ses proies en faisant miroiter à ces dernières l’accomplissement de leurs désirs les plus profonds.

Vanessa : la voix d’Ariel, l’âme d’Ursula

Contrairement à ce qu’avait supposé Ursula, Ariel réussit à obtenir l’attention et l’Amour d’Eric. Heureusement, Flotsam et Jetsam interviennent à temps pour interrompre un baiser imminent. Pour s’éviter un échec cuisant, Ursula décide d’intervenir elle-même. Elle se métamorphose en une magnifique jeune femme, Vanessa, et prend la voix d’Ariel. Sous cette apparence, elle sabote la relation entre la princesse et Eric en envoûtant ce dernier, qui décide de l’épouser, au détriment d’Ariel. Cependant, la petite sirène découvre la véritable identité de sa rivale et, avec ses amis animaux, empêche leur mariage.

Le concept de la belle rivale est une adaptation et réinterprétation réussie du conte original. Dans le conte d’Andersen publié en 1837, la Petite Sirène sauve le prince lors d’un naufrage, mais celui-ci ignore tout de son identité, car elle s’enfuit. Il aperçoit ensuite une jeune fille appartenant à un temple, qui vient le secourir après le naufrage, et croit qu’elle l’a sauvé. Il tombe amoureux d’elle.

Contrairement à l’intrigue développée par Disney, le Prince est déjà promis à une princesse du Royaume voisin. La sirène, qui a pris forme humaine, l’accompagne, et ils découvrent que la princesse n’est autre que la jeune fille du temple que le Prince avait rencontrée après avoir été sauvé du naufrage. Persuadé qu’elle est celle qui lui a sauvé la vie, il l’épouse, tandis que les derniers instants de la petite sirène sont comptés.

Disney opère donc une transformation narrative importante en introduisant le personnage de Vanessa/Ursula. La rivale innocente et antagoniste involontaire d’Andersen devient la rivale volontairement construite par Ursula, laquelle vole la voix d’Ariel, prend une apparence humaine et utilise cette voix pour ensorceler Eric. La fonction narrative reste étonnamment proche, mais le malentendu cruel qui mène la petite sirène à sa propre perte chez Andersen prend une allure de complot machiavélique chez Disney.

Surtout, ce ressort permet à Ursula de retourner contre Ariel l’arme qu’elle lui a volé : sa propre voix. En prenant sa voix, elle prend son rôle et sa place dans sa propre histoire.

Ainsi, Ursula devient-elle l’une des méchantes Disney à prendre les commandes de la narration, elle réécrit l’histoire d’Eric et d’Ariel. Jusque-là, la plupart des antagonistes de Disney étaient principalement utilisés comme des obstacles à l’accomplissement de la destinée des héroïnes, en particulier dans les récits inspirés par les contes (Blanche-Neige, La Belle au bois dormant, Cendrillon…). Pour la première fois, une méchante réussit à mettre en échec la quête de son héroïne.

Comment Ursula devient-elle la reine des océans ?

Le soleil se couche, le jour s’achève avant qu’Eric n’ait embrassé la princesse, marquant la fin du contrat entre Ursula et Ariel. Celle-ci redevient donc sirène et appartient désormais à la Sorcière des Mers qui la ramène avec elle sous l’océan, après avoir repris sa propre apparence.

Elles tombent alors sur le Roi Triton qui signe un second contrat avec Ursula pour tirer sa fille de ses tentacules. Elle s’empare ensuite du trident ainsi que la couronne du roi, qu’elle change en polype et devient ainsi la souveraine de tous les océans. Avant qu’elle n’ait pu vraiment gouverner, Eric intervient et la blesse avec un harpon. Ursula lance sur lui Flotsam et Jetsam, qui sont détruits par la faute d’Ariel. Furieuse, Ursula grandit jusqu’à atteindre une taille démesurée et provoque une terrible tempête. Elle apparaît alors tel un kraken couronné, monstre marin terrible qui engloutit tous les bateaux (et les pirates des Caraïbes) sur son passage. Elle génère un puissant tourbillon, qui entraîne des fonds marins vers la surface de vieilles épaves.

Ursula tente de détruire Ariel, mais elle est elle-même tuée par Eric, qui l’empale avec un épieu appartenant à la proue de l’une des épaves. Quand Ursula meurt, tous les ondins qui ont été emprisonnés par son pouvoir, y compris Triton, sont libérés de leurs obligations.

À quoi ressemble Ursula ? Le charadesign de la méchante Disney

Le physique d’Ursula est l’un des éléments qui ont immédiatement contribué à faire du personnage une icône Disney. Son apparence mélange plusieurs références : créatures marines mythologiques et esthétique drag des années 80.

Ursula aurait-elle pu être une simple sirène ?

Esquisse préliminaire d’Ursula, source Chronique Disney
Esquisse préliminaire d’Ursula — source : Chronique Disney.
Deuxième esquisse préliminaire d’Ursula, source Chronique Disney
Esquisse préliminaire d’Ursula — source : Chronique Disney.

Avant de devenir une cecaelia, Ursula a longtemps évolué, les artistes de Disney ayant au départ jeté leur dévolu sur d’autres espèces sous-marines.

Parfois dessinée sous la forme d’une simple sirène, la méchante fut en effet tour à tour un corps de femme associé à la queue d’un sébaste, d’un poisson-lion, d’une raie manta, d’une anguille…, passant au passage par toutes les formes, ronde, maigre, grande, petite, et toutes les couleurs de la palette, rose, violette, bleue, verte, orange, jaune, turquoise…

Elle a failli être une octopode et posséder huit bras. Le visionnage d’un documentaire sur les pieuvres termine toutefois de convaincre les créateurs du film de faire de la sorcière un mélange entre une femme et un céphalopode.

Son personnage a été animé par Ruben A. Aquino (qui a aussi animé Maurice dans la Belle et la Bête ou Simba adulte dans le Roi Lion), assisté de Nik Ranieri (Hadès) et Kathy Zielinsky (Jafar). Vanessa a été en partie animée par Andreas Deja, le créateur de Triton.

Ruben A. Aquino, animateur superviseur d’Ursula, source Chronique Disney
Ruben A. Aquino — animateur superviseur d’Ursula. Source : Chronique Disney.

Ursula, une cecaelia inspirée des créatures marines

Empruntant les mêmes teintes violettes que Madame Mim, l’antagoniste de Merlin l’Enchanteur, Ursula est aujourd’hui généralement décrite comme une cecaelia, une créature hybride mêlant un corps humain à des tentacules de céphalopode. Le terme est toutefois beaucoup plus récent que ne le laisse supposer son apparence de créature mythologique : les recherches consacrées aux cecaelia situent leur origine dans la culture populaire contemporaine plutôt que dans une tradition folklorique ancienne.

Philip Hayward fait ainsi remonter la première apparition connue de la créature à « Cilia », une courte bande dessinée écrite par Nicola Cuti et dessinée par Félix Mas, publiée dans le seizième numéro de Vampirella en 1972. L’héroïne, Cilia, est une femme dont le bas du corps est constitué de tentacules. Dans la bande dessinée, elle est qualifiée de « cilophyte », un terme inventé qui ne connaîtra toutefois pas de véritable postérité.

Le mot « cecaelia » apparaît donc bien après cette première création et finit par être utilisé pour désigner plus largement les hybrides humains et céphalopodes. Les recherches universitaires soulignent d’ailleurs que cette créature entretient seulement des liens ténus avec les figures mythologiques plus anciennes : contrairement aux sirènes ou aux krakens, elle n’est pas issue d’une tradition mythologique scandinave ou antique clairement identifiée.

Ursula constitue ainsi l’une des incarnations les plus célèbres de cette créature moderne, qu’elle a contribué à légitimer par sa seule présence.

Divine et Medusa : les inspirations d’Ursula

S’inspirant de manière officieuse de la drag queen Divine, l’une des égéries de John Waters à l’affiche de la comédie Hairspray. Les animateurs font par ailleurs le choix de faire d’Ursula une femme corpulente, mais apprêtée et coquette. Elle est aussi en partie inspirée par Madame Médusa, antagoniste des aventures de Bernard et Bianca, dont elle tire sa cupidité. Outre l’inspiration propre à Disney, Méduse est dans les Métamorphoses d’Ovide, une jeune femme aux cheveux de serpents, maudite par Athéna (Minerve) après avoir été abusée par Poséidon (Neptune) dans le temple de la déesse. Punie avec ses deux sœurs, Méduse devient capable de pétrifier quiconque d’un simple regard. Quelle autre inspiration aurait pu davantage coller à celle dont Poséidon est censé être le père, et qui a été bannie par Triton et sa femme, Athéna ?

Ursula est donc différente des méchantes Disney traditionnelles. Elle est extravagante, théâtrale, sensuelle, imposante et parfaitement consciente qu’elle doit être stratège avant d’être puissante pour gagner.

Qui double Ursula dans La Petite Sirène ?

Pat Carroll, voix originale d’Ursula, source Chronique Disney
Pat Carroll — voix originale d’Ursula. Source : Chronique Disney.
Micheline Dax, voix française d’Ursula, image selon la référence fournie
Micheline Dax — voix française d’Ursula. Référence d’image fournie ; source mentionnée : Chronique Disney.

En VO, elle est confiée en version originale à la comédienne Pat Carroll, interprète originale d’Ursula, qui a envisagé le personnage comme étant en partie « un personnage shakespearien », avec tout le talent, la théâtralité et le flamboiement.

Carroll, qui possède une voix contralto, a délibérément aggravé sa voix pour le rôle.

En français, elle est interprétée par Micheline Dax. Claire Guyot, la voix française d’Ariel, prend la relève lorsqu’Ursula est transformée en Vanessa.

Quelle est l’origine d’Ursula dans Disney ?

L’une des particularités d’Ursula est que son passé n’a jamais été totalement fixé. Au fil des films, séries, romans et spectacles, plusieurs versions de ses origines ont été proposées.

Ursula est-elle la sœur de Triton ?

Dans le Platinum DVD sorti en 2006, certaines scènes supprimées révèlent l’idée qu’Ursula serait la sœur de Triton, ce qui ferait d’elle la tante d’Ariel.

On retrouve cette idée dans la comédie musicale de Broadway, ainsi que dans le livre de Serena Valentino Pauvre Âme en Perdition.

Le film d’animation de 1989, lui, ne confirme toutefois jamais explicitement cette parenté.

L’histoire d’Ursula selon Serena Valentino

L’autrice Serena Valentino la met en scène dans L’Histoire de la Bête et le roman Pauvre Âme en Perdition : L’Histoire d’une Sorcière des Mers. Ursula est la fille adoptive d’un pêcheur qui l’a élevée loin de son frère, Triton. Lorsque ses pouvoirs se révèlent au monde, elle est alors chassée par les habitants de son village.

Assistant à la mort de son père adoptif, elle nourrit dès lors une haine farouche contre les humains.

Invitée par Triton à revenir sous l’océan, elle est toutefois contrainte de renier son apparence de pieuvre. Seule la femme de Triton, la reine Athéna, la traite avec gentillesse, provoquant des discussions enflammées avec son époux.

Après la mort de la reine, Ursula est bannie du royaume…

Ursula dans la comédie musicale de La Petite Sirène

Sorcière à roulettes ! En 2008, Ursula est forcément de retour sur les planches dans l’adaptation à Denver puis à Broadway de La Petite Sirène. Elle est alors campée par Sherie Rene Scott puis Heidi Blickenstaff et enfin Faith Prince.

Une fois encore, la sorcière est présentée comme étant la sœur du roi Triton. Dans la chanson « I Want the Good Times Back » d’Alan Menken, elle explique qu’à la mort de son père, elle reçoit la moitié des océans ainsi qu’un artefact magique.

Triton récupère ainsi son trident et, elle, se voit confier son coquillage. Tous les deux s’affrontent aussitôt. Triton désapprouvant l’usage de la magie noire de sa sœur, elle est alors bannie du royaume. Contrairement au film d’animation de 1989, elle ne prend jamais l’apparence de Vanessa durant le spectacle. Elle est par ailleurs vaincue par Ariel et Éric lorsque son coquillage est brisé.

Au cours de la tournée aux États-Unis de la comédie musicale, la chanson « I Want the Good Times Back » est finalement remplacée par un autre titre de Menken, « Daddy’s Little Angel ».

Ce changement lui confère d’autres origines encore. Elle devient la plus jeune d’une fratrie de sept sœurs et un frère. Née sous la forme d’une pieuvre et non d’une sirène, elle est reniée par son père, Poséidon. Dans un excès de jalousie, elle tue ses sœurs et devient reine. Mais son frère, Triton, parvient à la détrôner et finit par l’exiler.

Ursula dans Once Upon a Time

Dans Once Upon a Time, l’histoire d’Ursula prend encore une autre direction.

Auparavant, Ursula était une jeune sirène, fille du roi Poséidon (Ernie Hudson), nommée ainsi en hommage à la déesse de la mer et orpheline de mère après que celle-ci ait été tuée par un pirate.

Dotée d’une voix magnifique, elle est tenue à l’écart du monde par son père qui nourrit une haine profonde contre l’espèce humaine et se sert de son chant pour éliminer les marins. Ursula, toutefois, refuse un jour de couler le Jolly Roger, le navire du Capitaine Crochet.

En conflit ouvert avec Poséidon, elle parvient à devenir humaine grâce à un bracelet magique. Se produisant comme chanteuse dans un pub, elle se lie d’amitié avec Crochet, ignorant que ce dernier s’est associé à son père pour capturer sa voix à l’intérieur d’un coquillage enchanté et l’échanger contre une encre capable de neutraliser Rumplestiltskin.

Ainsi trahie, Ursula développe à son tour une haine des Hommes. Également choquée par l’attitude de son père, elle utilise son trident pour changer sa queue de sirène en tentacules. Elle se lie d’amitié par la suite avec Cruella et Maléfique avec qui elle s’associe contre Rumplestiltskin.

Ursula participe en outre aux côtés de Cruella à la lutte contre le Chernabog, tente de ramener Maléfique d’entre les morts, combat Crochet qui l’avait trahie et se réconcilie finalement avec son père qui lui rend sa voix…

Ursula est-elle la sœur de Triton dans La Petite Sirène de 2023 ?

Le remake en prises de vues réelles de La Petite Sirène apporte finalement une réponse beaucoup plus claire à la question. Ursula est ainsi présentée comme étant la sœur du roi Triton, une indication absente du classique original.

Le spectateur apprend alors qu’elle fut humiliée et bannie du royaume quinze ans plus tôt. Pour se venger, elle demande donc à Flotsam et Jetsam de garder un œil sur sa nièce, Ariel, la clé selon elle de la chute de son frère. Dans cette nouvelle version de La Petite Sirène, Ursula est incarnée par la comédienne Melissa McCarthy, elle-même interprétée en français par Magali Bonfils. Sous son apparence humaine de Vanessa, elle est jouée par Jessica Alexander, doublée en version française par Marie Facundo (voix parlée) et Cerise Calixte (voix chantée).

Enfin, cette redéfinition assumée des liens familiaux au fil des adaptations, permet de conférer un nouvel arbre généalogique à la grande famille Disney, faisant de Triton et Ursula, les neveux et nièce de Zeus et Hadès, et de leurs enfants (Uma, Ariel et ses sœurs), les cousines éloignées d’Hercule.

Où apparaît Ursula après La Petite Sirène ?

Le succès d’Ursula ne s’est évidemment pas arrêté au film de 1989. La Sorcière des mers est rapidement devenue l’un des méchants Disney les plus réutilisés, apparaissant dans des séries télévisées, des films, des romans, des comics, des jeux vidéo, des spectacles et les parcs Disney.

  • Dans la série La Petite Sirène : Ursula revient régulièrement pour tenter de nuire au roi Triton. Elle apparaît notamment dans Miss Catastrophe, où elle capture une créature censée porter malheur, Tonnerre de Zeus, où elle manipule Sébastien en exploitant sa jalousie envers le crabe Zeus, Apollo, où elle cherche à reconstituer son ancienne armée, et Mes chers trésors, où elle ensorcelle les objets réunis par Ariel.
  • Dans La Petite Sirène 2 : Retour à l’océan (2000) : Ursula n’est plus l’antagoniste principale, puisque ce rôle revient à Morgana, sa sœur. Elle n’apparaît donc que brièvement. Une scène coupée de la chanson « Gonna Get My Wish » devait toutefois montrer Ursula enfant et introduire sa relation avec Morgana.
  • Dans Descendants : Ursula est surtout présente à travers sa fille, Uma, interprétée par China Anne McClain. Introduite dans Descendants 2 (2017), Uma devient l’une des principales antagonistes du film avant d’évoluer progressivement vers le rôle d’alliée. Disney la présente officiellement comme la fille de la Sorcière des mers.
  • Dans les séries Disney : Ursula fait également des apparitions dans Disney’s Tous en boîte, notamment dans Le Club des Méchants, ainsi que dans la série animée Hercule. Elle apparaît également dans Mickey, le Club des Méchants.
  • Dans Once Upon a Time – Il était une fois : Ursula apparaît d’abord indirectement dans l’épisode « Ariel » de la saison 3, lorsque Regina prend son apparence pour tromper Ariel. Elle devient ensuite un personnage à part entière dans la saison 4, sous les traits de Merrin Dungey, aux côtés de Maléfique et de Cruella. Cette version développe notamment son passé et ses relations avec son père.
  • Dans les livres et les comics : Ursula apparaît dans différentes adaptations et réécritures de l’univers de La Petite Sirène, mais aussi dans des ouvrages liés à Kingdom Hearts, Descendants et Kingdom Keepers. Le roman Part of Your World, de Liz Braswell, imagine notamment un univers alternatif dans lequel Ursula, sous l’identité de Vanessa, règne sur le royaume d’Éric.
  • Dans les jeux vidéo : Ursula devient l’une des antagonistes récurrentes de la saga Kingdom Hearts. Elle apparaît notamment dans Kingdom Hearts, Kingdom Hearts II et Kingdom Hearts 3D: Dream Drop Distance, où elle retrouve son rôle de manipulatrice d’Ariel et cherche une nouvelle fois à s’emparer du pouvoir de Triton. Elle apparaît également dans Epic Mickey: Power of Illusion et Disney Princess: My Fairytale Adventure.
  • Dans Disney Villainous : Ursula fait partie des méchants jouables du jeu de société consacré aux antagonistes Disney. Elle y poursuit évidemment son objectif préféré : récupérer le trident de Triton et prendre le contrôle des océans.
  • Dans Disney Lorcana : en 2024, Ursula passe au premier plan avec le quatrième set du jeu de cartes à collectionner, Ursula’s Return (Le Retour d’Ursula). Ravensburger lui consacre également une aventure coopérative dans laquelle les joueurs doivent affronter la Sorcière des mers et son armée de Glimmers ensorcelés.
  • Dans les parcs Disney : Ursula est également devenue une habituée des spectacles et des saisons d’Halloween. À Disneyland Paris, elle est notamment au cœur du spectacle Attention… Méchants ! en 2019, où elle interprète « Poor Unfortunate Souls » ainsi qu’une chanson originale créée pour l’occasion.
  • Chez les Simpson : elle apparaît enfin dans le court-métrage Bienvenue au Club, diffusé à l’occasion du Disney+ Day en 2022, puis revient dans The Most Wonderful Time of the Year en 2024.

En un peu plus de trente ans, Ursula est donc passée du statut de méchante de La Petite Sirène à celui de véritable icône, traversant le multivers. Après avoir voulu conquérir les océans, elle a fini par conquérir une bonne partie du catalogue Disney.

Pourquoi Ursula est-elle l’une des meilleures méchantes Disney ?

Digne représentante de la grande famille des sorcières Disney, Ursula occupe, à n’en pas douter, une place à part dans le cœur des fans. Après des années marquées par des méchants de moindre envergure qui n’avaient pas réussi à conquérir l’attention du public et laisser une empreinte durable, elle a indéniablement redonné ses lettres de noblesse à la vilenie. Son histoire, son charadesign et son développement ont contribué au succès de La Petite sirène, dont elle rend l’héroïne à la fois plus vulnérable et, paradoxalement, plus puissante. Ursula n’est pas simplement l’obstacle qui se dresse sur le chemin d’Ariel : elle comprend son désir, l’exploite et le retourne contre elle.

Calculatrice et terrifiante, palabreuse et imposante, grande adepte de la magie noire et des beaux discours, elle a surtout marqué les esprits en utilisant, pour parvenir à ses fins, une arme redoutable qu’aucun autre méchant avant elle n’avait encore osé utiliser avec autant de talent : l’Amour ! Disney en a fait une figure de pouvoir, de transgression et de manipulation. Ursula apparaît aujourd’hui bien plus féministe qu’Ariel.

Ursula ne promet pas seulement à Ariel de devenir humaine. Elle lui promet la liberté. Elle ne demande pas simplement à Triton de lui céder son trident. Elle utilise l’amour qu’il porte à sa fille pour le pousser à abandonner son pouvoir. Elle sait que le roi des océans est prêt à renoncer à tout pour sauver Ariel et elle transforme ainsi son affection paternelle en instrument de sa propre conquête. Chez Ursula, rien n’est jamais gratuit : tout se négocie, tout se monnaye et, surtout, tout a un prix.

Elle finit par comprendre le fonctionnement même du pouvoir. Pour devenir reine des océans, Ursula ne se contente pas d’être plus puissante que Triton : elle apprend à exploiter les failles de ceux qui gouvernent. Elle sait ce qu’Ariel désire, elle sait ce que Triton est prêt à sacrifier et elle sait comment transformer ces deux informations en avantage tactique.

La petite Sirène, une œuvre queer ?

Cette dimension est d’autant plus intéressante lorsqu’on revient au conte d’Hans Christian Andersen. La Petite Sirène, publiée en 1837, a fait l’objet de nombreuses lectures critiques portant notamment sur le désir, la sexualité, le corps, le passage à l’âge adulte et les normes de genre. Certains travaux contemporains proposent également une lecture queer du conte, en rapprochant l’amour impossible de la petite sirène de la propre vie affective d’Andersen. Il faut toutefois parler ici d’une interprétation critique, plutôt que d’une intention autobiographique démontrée de l’auteur. Sa correspondance témoigne ainsi d’une vie sentimentale qui ne se laisse pas aisément enfermer dans les catégories sexuelles contemporaines, car il aurait éprouvé des sentiments forts pour des femmes, comme pour des hommes. Plusieurs chercheurs ont depuis étudié cette dimension de sa biographie et la possibilité d’une lecture homosexuelle ou queer de son œuvre.

Cette lecture est particulièrement intéressante dans le cas de La Petite Sirène. Le conte met en scène un être qui désire intégrer un monde auquel il n’appartient pas, qui doit renoncer à une partie de lui-même pour être accepté, qui perd sa voix au moment même où il tente d’obtenir une place dans le monde humain et dont l’amour demeure impossible.

Dans cette perspective, l’ajout d’Ursula par Disney apporte une dimension particulièrement riche à l’adaptation. Avoir fait d’Ursula un personnage officieusement inspiré par une Drag Queen a permis de redéfinir les espaces et les frontières, et surtout de franchir des limites qui étaient alors figées d’un point de vue éthique et moral.

L’essence même d’Ariel est de chercher à transcender les frontières de son propre monde pour rejoindre celui qu’elle aime, au mépris des lois imposées par son père, personnification du Patriarcat. Ursula, elle, incarne précisément celle qui exploite ces frontières et les transgresse. Elle transforme le désir d’Ariel en contrat, son silence en arme et son identité en instrument de manipulation.

Sorcière, femme monstrueuse, figure théâtrale, négociatrice et usurpatrice du pouvoir, elle concentre une série de caractéristiques qui ont fait d’elle une figure particulièrement féconde pour les lectures queer et féministes de La Petite Sirène. Les travaux universitaires consacrés au personnage soulignent notamment son esthétique camp, sa dimension performative et son rapport subversif aux normes de genre.

En conclusion,

Si Ursula est aussi iconique, c’est parce qu’elle incarne la transgression, et, surtout, elle comprend parfaitement le désir des autres. C’est probablement ce qui la rend aussi impitoyable : Ursula ne vous demande jamais ce que vous voulez. Elle le sait déjà.

Bibliographie :

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Batchelor, Jenna. Cruella de Vil and Ursula: Camp, Gender, and the Disney Villainess, University of North Carolina Wilmington, 2009.

García Zarranz, Libe. « Diswomen Strike Back? The Evolution of Disney’s Femmes in the 1990s », Feminist Review, vol. 87, 2007, p. 55–75. DOI : 10.1057/palgrave.fr.9400363.

Giuffre, Liz & Hayward, Philip. « Harry Styles as a Cecaelia: Sexuality, Representation and Media-lore in “Music for a Sushi Restaurant” », Text Matters: A Journal of Literature, Theory and Culture, no 13, 2023, p. 442–461.

DOI : 10.18778/2083-2931.13.23.

Cuti, Nicola (scénario) & Mas, Félix (dessin). « Cilia », Vampirella, no 16, Warren Publishing, avril 1972, p. 60–66.

Karl Derisson, Ursula, chroniquesdisney.fr, modifié le 10 janvier 2025, https://www.chroniquedisney.fr/perso/1989-ursula.htm

John Grant, The Encyclopedia of Walt Disney’s Animated Characters, pp. 348-349

Homère. Odyssée, chant XI, notamment v. 539 et 573 ; chant XXIV, v. 13.

Bible, Psaumes 74, 13-14 ; Psaumes 104, 26 ; Isaïe 27, 1 ; Job 40-41.

Ovide. Métamorphoses, livre IV, notamment v. 604-803.

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Tsilla Aumigny

Rédigé par Tsilla

Rédactrice en Chef, ex-Enseignante en Lettres Classiques certifiée, Autrice de roman, Scoute toujours, Jedi à ses heures perdues, Gryffondor.

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