Dans notre article précédent, on a établi ce qu’était un ship et comment les ships faisaient vivre les fandoms. Intéressons-nous maintenant à l’aspect marketing du phénomène : la publicité et le fan-service autour des ships. Comment l’industrie du divertissement manipule-t-elle les fantasmes du public ?

Un fandom se nourrit essentiellement de fanarts et de fanfictions. Il ne peut pas prospérer sans ces deux éléments. Or, quels sont les sujets des fanarts et les fanfictions ? Ce sont des suites, des parodies, des crossover avec d’autres univers, des romances et des écrits érotiques. Et ces romances s’appuient généralement sur des ships. Sans ships, donc, pas de fandom. Et sans fandom, pas de marché…

Dans les mangas :

Les auteurs et éditeurs de mangas suggèrent parfois eux-mêmes des ships aux lecteurs, en écrivant des histoires centrées sur des duos de personnages.

Dans les films et séries :

Certains films et séries occidentaux, par exemple la fameuse série Sherlock, cherchent aussi à suggérer des ships. Mais cette stratégie n’est pas toujours très bien perçue. En particulier lorsque les ships en question sont des couples gays, car elle est alors assimilée à du queerbaiting : le fait de laisser croire qu’on va développer une romance LGBT, pour finalement ne jamais le faire…

Autour des romans :

Comme on le voit avec l’exemple de Sherlock Holmes, les fans de romans antérieurs au développement d’internet tentent eux aussi de fédérer des fandoms autour de ships. Même Les Trois Mousquetaires possède aujourd’hui une importante communauté de fans, qui ont beaucoup développé les ships Athos x d’Artagnan, Aramis x Porthos et Milady x Constance Bonacieux.

À ce propos, les deux films sur Les Trois Mousquetaires en 2023 ont sans doute déçu quelques fans car la bisexualité de Porthos dans le premier film laissait envisager une amitié ambigüe avec Aramis. Mais Porthos a fini dans le second film… avec la sœur d’Aramis ! À quoi servait donc que ce personnage soit bi, si c’était pour le caser aussitôt avec une femme qui n’existait même pas dans le roman ?? Il s’agissait simplement d’une bête stratégie de queerbaiting.

Qu’elle soit encouragée par les auteurs ou par les fans, la création de ships a donc aussi un côté artificiel. En voici quelques preuves dans les mangas & anime

« Trucs » de scénaristes : quelques astuces très simples pour aider vos lecteurs à construire des ships

  • La stratégie de la dualité. Il s’agit de centrer toute l’histoire sur deux personnages associés au yin et au yang. Les fans auront alors immédiatement l’idée de shipper ces personnages ensemble. Inspirée du succès involontaire du ship NaruSasu dans Naruto, cette technique est aujourd’hui très souvent utilisée dans les mangas shônen !
  • Les duos. Autre concept observable dans Naruto, où les membres de l’organisation criminelle Akatsuki fonctionnent par duos senpai/kôhai (combattant expérimenté et novice). Ce n’était pas vraiment l’objectif de l’auteur, Masashi Kishimoto, mais si vous étudiez un peu le fandom de ce manga, vous constaterez que chaque duo de l’Akatsuki ou presque a été le point de départ d’un ship. Autre exemple plus récent : le manga kawaii gothic Shadows House met en scène plusieurs duos de personnages (une « ombre » et son « visage », soit un maître et un serviteur) qui doivent faire équipe et apprendre à se comprendre. Cette fois, chaque duo semble clairement pensé pour que le « visage » soit shippé avec son « ombre ». Et chaque duo maître/serviteur a une dynamique très différente, ce qui permet aux lecteurs de choisir leur type de couple préféré. Avant Shadows House, on peut citer l’anime Fate/Stay Night qui met également en scène des duos maître/serviteurs.

Naruto est un exemple de manga shônen (littéralement « manga pour garçons ») qui a involontairement réussi à fédérer un fandom autant masculin que féminin. Et ce, même au Japon. Les éditeurs semblent avoir identifié que c’était en partie grâce à l’histoire d’amitié entre Naruto et Sasuke, qui attirait les lectrices de yaoi. Au Japon, en effet, l’intérêt pour les histoires sentimentales et pour les ships reste très associé à un public féminin. Le modèle de Naruto a donc été réutilisé depuis, dans l’intention d’attirer vers le shônen un lectorat féminin et de pouvoir vendre ainsi à un plus large public.

Ajoutons que certains opening et ending d’anime font ouvertement de la promotion ou du fan-service de ships ! Quelques exemples pas très discrets…

Description : Opening 2 d’Owari no Seraph (Seraph of the End), un anime mettant en scène un duo d’amis clairement inspirés de Naruto et Sasuke ! La chanson « Two souls toward the truth » est du groupe Fripside, qui a réalisé plusieurs excellents openings d’anime.
Description : « O (zero) » par LMYK. Ending 1 de Vanitas no Carte (Les Mémoires de Vanitas), un manga gothique inspiré de Black Butler.

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Umeboshi : prune japonaise séchée et amer

Rédigé par Umeboshi

Rédactrice, Relectrice SEO, Community Manager, enfant prodige, passionnée d’univers gothiques, mangaphile, parle le japonais couramment, a rédigé une thèse de 80 pages sur JoJo’s Bizarre Adventure.

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