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[ANALYSE] Connaissez-vous les origines du Joker ? : La Revue de la Toile
Analyse de mythologie

[ANALYSE] Connaissez-vous les origines du Joker ?

Steeve Henry

Le Joker est apparu dans Batman #1 en 1940, un an après la crĂ©ation de Batman lui-mĂŞme. Depuis, il est devenu l’antagoniste le plus emblĂ©matique de l’univers de DC Comics, incarnant le chaos face Ă  l’ordre et servant de miroir dĂ©formĂ© Ă  Batman. Mais contrairement Ă  de nombreux personnages de comics, ses origines ont Ă©tĂ© constamment rĂ©interprĂ©tĂ©es, laissant planer un voile de mystère sur son passĂ©. Cette ambiguĂŻtĂ© a fait du Joker une figure fascinante et effrayante, toujours imprĂ©visible.

Les origines du mot Joker : un nom qui vient… d’une erreur de prononciation !

Initialement, ce nom provient du jeu L’euchre ou eucre, prononcĂ© en Allemagne et en Alsace « Juker », qui par une erreur de prononciation, fut popularisĂ© sous le nom de « Joker ». Le Joker est une carte introduite en 1870 dans le jeu des sept familles, en tant que carte la plus forte. Il fut ensuite Ă©ditĂ© en 1902 par les maisons Camoin, Fossorier, Amar et Cie qui obtinrent l’accord lĂ©gal de le reproduire dans leurs jeux.[1]

ReprĂ©sentĂ© par un bouffon, cette nouvelle tĂŞte s’insère dans l’univers des cartes, lesquelles reprĂ©sentaient en France des rois cĂ©lèbres (le roi de cĹ“ur Ă©tait par exemple Charlemagne), des personnages bibliques (comme Rachel, la dame de carreaux) ou des guerriers lĂ©gendaires tels Lancelot, le valet de trèfle.

Quelques mots sur sa représentation : pourquoi le Joker est-il un bouffon ?

Si le bouffon est si puissant, c’est parce qu’il Ă©tait le seul Ă  pouvoir se moquer des Rois Ă  la Cour ! Il peut parler quand il le souhaite, interrompre sa MajestĂ©, et donner son opinion sans ĂŞtre puni. Or, la parole Ă  la Cour est un pouvoir, et elle l’a toujours Ă©tĂ©, surtout dans l’AntiquitĂ©.

L’on parle dĂ©jĂ  des bouffons chez les Grecs, et notamment Priscus en 449.[2] Il existait mĂŞme un dieu dans le PanthĂ©on qui leur Ă©tait consacrĂ© : Momos, personnification de la raillerie, des jeux de mots et des critiques moqueuses. Portant une Marotte (le fameux couvre-chef plus tard ornĂ© de clochettes qui inspirera la coiffe d’Harley Quinn dans sa première version), cette divinitĂ© mineure Ă©tait le fils de Nyx (la Nuit) et d’Erobos (les TĂ©nèbres), suivant les mythologies. Il Ă©tait donc le frère d’Hypnos (le sommeil), Thanatos (la mort), et des KĂ©rès (Eurynies).[3]

Mythologiquement, tous les avatars du bouffon sont donc associĂ©s au monde de la Nuit et des TĂ©nèbres, de la Mort et du sommeil, en s’opposant Ă  des divinitĂ©s comme EuphĂ©mĂ©e, la dĂ©esse des louanges.

D’abord associĂ©s Ă  la RoyautĂ©, les bouffons deviendront de plus en plus populaires, et des figures importantes lors des carnavals mĂ©diĂ©vaux, des foires, et de la fameuse « fĂŞte des fous Â» que l’on voit dans le roman Notre-Dame de Paris. Le carnaval Ă©tait alors un moment de grande fĂŞte au cours duquel les codes du mondes Ă©taient inversĂ©s : le beau devenait laid et le laid devenait beau. Se tenant dans la pĂ©riode prĂ©cĂ©dant le carĂŞme, lequel exigeait un abandon total Ă  Dieu, le Carnaval Ă©tait une fĂŞte qui permettait de s’adonner Ă  la folie. Rapidement, la figure du bouffon fut donc associĂ©e Ă  celle du renversement du monde, de ses codes, Ă  la fĂŞte, et aux foires.[4]

En cela, dès le Moyen-âge, la bouffonnerie devint un registre littĂ©raire, dans lequel l’auteur rĂ©alisait une satire théâtrale, sous couvert d’humour. L’humour des bouffons, ou des fous du Roi, est trivial, versant souvent dans le grotesque et la dĂ©mesure. Pour autant, ce divertissement Ă©tait rarement dĂ©nuĂ© d’esprit. Dans La Nuit des rois de Shakespeare, Feste, le bouffon, est dĂ©crit comme « assez sage pour faire le fou ».[5] Dans de nombreuses reprĂ©sentations de la commedia dell’Arte, Arlequin (qui inspirerait le nom d’Harley Quinn) symbolise Ă  la fois les tĂ©nèbres et la lumière, la sagesse, et la folie, qu’il semble impossible de dissocier, comme deux faces d’une mĂŞme pièce.

ProtĂ©gĂ© par les Ă©diles, le bouffon incarne un personnage en marge de la SociĂ©tĂ©, Ă  qui tout est pardonnĂ©, et Ă  qui tout est permis. ProfondĂ©ment ancrĂ© dans le système dont il se moque, le rĂ´le du bouffon est de donner Ă  voir une autre rĂ©alitĂ© que celle imposĂ©e par l’Ă©tiquette de la Cour : une rĂ©alitĂ© triviale, sans masque, sans filtre. Il remet en cause le monde Ă©tabli. Il incarne les tĂ©nèbres en plein jour, l’ambivalence de la sagesse et de la folie, le renversement des codes, la satire, la moquerie.

Gravure en noir et blanc : Gwynplaine a les cheveux hirsutes et un sourire terrifiant.
Source : illustration anonyme du livre d’Alfred Barbou, Victor Hugo et son temps, 1881. Portrait de Gwynplaine dans L’Homme qui rit.

Très inspirĂ© par le baroque de Shakespeare, Victor Hugo s’intĂ©resse Ă  son tour aux personnages de bouffons et de saltimbanques, parfois cyniques, qui tournent en dĂ©rision et critiquent les puissants. On trouve ainsi quatre bouffons dans sa pièce de théâtre Cromwell, puis le cĂ©lèbre Triboulet dans la pièce Le roi s’amuse. (Qui inspirera Verdi pour l’opĂ©ra Rigoletto.) Dans son roman mĂ©diĂ©val Notre-Dame de Paris, il met en scène la fĂŞte des fous, au cours de laquelle le difforme Quasimodo est Ă©lu pour un jour Pape des fous.

Victor Hugo, écrivain fasciné par les contrastes, travaille aussi à travers ces œuvres sur le concept du clown tragique : l’homme destiné à faire rire et que personne ne prend au sérieux, qui est en réalité sombre et malheureux.

C’est lĂ  le drame de Triboulet dans la pièce Le roi s’amuse et de Quasimodo (qui fait rire par sa difformitĂ©) dans Notre-Dame de Paris en 1831. Puis de Gwynplaine dans L’homme qui rit en 1869 : un enfant qui a Ă©tĂ© dĂ©figurĂ© par un sourire artificiel taillĂ© au couteau, pour servir de monstre de foire en ayant l’air de rire constamment. Devenu jeune homme, Gwynplaine dĂ©couvre qu’il a des origines nobles et tente de reprendre son rang dans la sociĂ©tĂ©. Mais il Ă©choue Ă  cause de son visage qui empĂŞche ses pairs de le prendre au sĂ©rieux. L’Homme qui rit est, avec Notre-Dame de Paris, le deuxième roman nĂ©o-gothique de Victor Hugo.[6] Il inspire Ă©normĂ©ment la pop culture, notamment les dĂ©cors de cirques et de fĂŞtes foraines sombres chez Tim Burton et dans les mangas.

L’exemple le plus connu de personnage inspiré de Gwynplaine est bien sûr le Joker dans Batman, qui a différentes backstories selon les versions. Le film le plus récent, Joker (2019) avec Joaquin Phoenix, reprend directement l’idée de l’opposition tragique entre la vocation de faire rire et la vie en réalité très sombre du personnage.

La Genèse du Joker dans Batman : Mystère, Tragédie et Polyvalence

La Création et les Premiers Pas du Joker

Le Joker de Batman a Ă©tĂ© créé par Bill Finger, Bob Kane et Jerry Robinson. Bien que les rĂ©cits sur sa conception varient, Robinson affirme avoir proposĂ© l’idĂ©e d’un mĂ©chant ressemblant Ă  une carte de Joker, tandis que Kane et Finger se sont inspirĂ©s de l’apparence de Conrad Veidt dans le film expressionniste allemand The Man Who Laughs (1928) de Paul Leni, adaptation du roman de Victor Hugo.[6]

Dans sa première apparition, le Joker est un gĂ©nie criminel sadique, introduit comme un meurtrier en sĂ©rie qui utilise une toxine pour tuer ses victimes en laissant sur leurs visages un rictus macabre. Contrairement Ă  de nombreux autres mĂ©chants de l’Ă©poque, il survit Ă  la fin de l’histoire, posant ainsi les bases de son rĂ´le rĂ©current dans les aventures de Batman.

Origines Floues : Le Joker et le Red Hood

Pendant plusieurs dĂ©cennies après sa crĂ©ation, les origines du Joker restent intentionnellement vagues. Il est simplement un mĂ©chant insaisissable, dĂ©pourvu de passĂ© clair. Cependant, dans les annĂ©es 1950, l’idĂ©e de l’identitĂ© du Joker en tant que « Red Hood » commence Ă  Ă©merger. Dans Detective Comics #168 (1951), il est rĂ©vĂ©lĂ© que le Joker Ă©tait autrefois un criminel connu sous le nom de Red Hood. Lors d’un braquage Ă  l’usine chimique Ace, il tombe dans une cuve de produits toxiques alors qu’il tente de fuir Batman. Cette exposition chimique lui blanchit la peau, lui teint les cheveux en vert et lui donne son sourire figĂ©, marquant sa transformation en Joker.

La Tragédie Réinvente le Personnage : The Killing Joke (1988)

L’une des versions les plus influentes des origines du Joker est présentée dans The Killing Joke, écrit par Alan Moore et illustré par Brian Bolland. Ce récit explore le passé du Joker à travers des flashbacks. On y découvre qu’il était autrefois un comédien raté, luttant pour subvenir aux besoins de sa femme enceinte, Jeannie. Poussé au désespoir après avoir perdu son emploi, il accepte d’aider deux criminels dans un braquage, jouant le rôle du « Red Hood ». Cependant, la tragédie frappe : sa femme meurt accidentellement avant le braquage, et le plan tourne mal lorsque Batman intervient. Dans sa fuite, il tombe dans une cuve chimique, un événement qui catalyse sa descente dans la folie.

Ce rĂ©cit illustre la philosophie du Joker selon laquelle « il suffit d’un mauvais jour pour rendre quelqu’un fou ». Cependant, il est important de noter que mĂŞme cette origine est prĂ©sentĂ©e comme potentiellement erronĂ©e, le Joker lui-mĂŞme dĂ©clarant : « Parfois, je me rappelle mon passĂ© d’une manière, parfois d’une autre… Si je dois avoir un passĂ©, je prĂ©fère qu’il soit multiple et au choix. » Cette ambiguĂŻtĂ© renforce le mystère autour du personnage.

Les Réinventions Modernes : Batman: Zero Year et Three Jokers

Dans les récits modernes, les origines du Joker continuent d’être revisitées. Dans Batman: Zero Year (2013-2014), écrit par Scott Snyder, le Joker est introduit comme un criminel connu sous le nom de Red Hood One avant sa transformation. Ce récit approfondit son rôle dans les débuts de Batman, tout en réaffirmant le lien entre le Joker et l’usine chimique Ace.

En 2020, Geoff Johns et Jason Fabok publient Batman: Three Jokers, une série qui propose une nouvelle interprétation audacieuse. Selon ce récit, il existe en réalité trois Jokers distincts : le « Criminel » (l’incarnation originale), le « Clown » (plus farfelu et cruel) et le « Comédien » (inspiré de The Killing Joke). Ce concept explore l’idée que le Joker est autant un symbole qu’un individu, s’adaptant aux époques et aux contextes.

Le Joker et Gotham : L’Homme contre le Mythe

Le Joker n’est pas simplement un personnage isolé ; il est une personnification du chaos et une force opposée à la croisade ordonnée de Batman. Tandis que Batman lutte pour imposer la justice et le contrôle à Gotham, le Joker agit comme un agent du désordre, défiant les normes sociales et morales.

Cette dynamique est mise en avant dans des récits comme Batman: White Knight (2017-2018), où le Joker, temporairement guéri de sa folie, devient Jack Napier, un homme rationnel qui cherche à exposer les échecs de Batman et qui a été introduit dans le Batman de Burton. Ce récit inverse les rôles traditionnels, montrant que Gotham pourrait être tout aussi corrompue par la croisade obsessionnelle de Batman que par la folie du Joker.

Le joker sur petit et grand écran : des costumes éloquents sur ses origines

Au cinĂ©ma et dans les diverses sĂ©ries et animĂ©s, les origines du Joker ne sont jamais prĂ©cisĂ©es. NĂ©anmoins, son costume nous donne quelques prĂ©cieuses informations. Initialement, le character design du Joker a Ă©tĂ© imaginĂ© d’après une carte de bouffon, comme l’a dĂ©voilĂ© Jerry Robinson dans une interview accordĂ©e Ă  The Comics Journal en 1994.[7] Dès lors, ce « Clown Prince du crime » sera associĂ© Ă  quatre couleurs principales : le violet, le vert, le orange et le rouge.

Le violet est associĂ© Ă  la magie, au mysticisme. Le vert est quant Ă  lui plutĂ´t un symbole de chaos, de toxicitĂ©, d’empoisonnement. C’est pour cette raison que le vert est l’une des couleurs principales de l’homme mystère ou de Poison Ivy. Quant au rouge et au orange, ils sont le fruit d’une esthĂ©tique clownesque, que Jerry Robinson admirait particulièrement.

Dans une discussion rapportĂ©e dans Batman: The Complete History (1999) de Les Daniels, Robinson aurait suggĂ©rĂ© que le violet donnait au Joker une allure « plus grande que nature », presque surnaturelle, par opposition Ă  la sobriĂ©tĂ© de Batman. Bob Kane, dans une interview pour le documentaire The Legends Behind the Comic Books (2007, archives posthumes), a expliquĂ© que le Joker devait ĂŞtre « l’antithèse totale de Batman ».[8] Si Batman est sombre et discret, le Joker devait ĂŞtre inoubliable et flamboyant. Ce contraste s’incarne aussi dans leur personnalitĂ©s respectives, en faisant d’eux deux personnages parfaitement opposĂ©s, et complĂ©mentaires.

L’Ă©volution des costumes du Joker Ă  l’Ă©cran : du Dandy au Gangster

Dans la première adaptation, le costume et le maquillage du Joker sont inspirĂ©s par l’iconographie clownesque. En effet, le Joker est davantage un comique qu’un prince du crime. Son costume est donc en parfaite adĂ©quation avec cette version farfelue du personnage dont les plans machiavĂ©liques se limitent Ă  devenir champion de surf et kidnapper des scientifiques. Cesar Romero, son interprète, inventerait nĂ©anmoins le rire strident qui deviendrait iconique, et qui serait repris par tous ses interprètes, Mark Hamil ou Heath Leadger en tĂŞte.

Le costume du Joker est alors un costume 3 pièces, magenta, avec une chemise verte et un nĹ“ud indigo en soie. Le Joker porte Ă©galement des gants. Dandy, le Joker fait davantage penser Ă  une version moderne d’Arsène Lupin mĂ©tamorphosĂ© en clown, qu’Ă  un mafieux. Les adaptations suivantes souligneront davantage son appartenance Ă  la criminalitĂ©.

Jack Nickolson dans l’adaptation de Tim Burton a fait appel Ă  Nick Dudman, un cĂ©lèbre make-up designer pour lui confĂ©rer une dimension plus tragique. Son costume créé par Tommy Nutter serait inspirĂ© par celui que porte le Joker dans The Killing Joke, renforçant encore par son apparence, son appartenance Ă  la mafia. L’esthĂ©tique renvoie Ă  des Ĺ“uvres alors emblĂ©matiques, comme Le Parrain.[9] A l’image de ses origines rĂ©inventĂ©es -dans ce film, le Joker est Jack Napier -, cette version du Joker introduit la scène cinĂ©matographique de la mĂ©tamorphose chimique, que l’on retrouverait notamment dans le premier Suicide Squad.

Dans les annĂ©es 2000, sous la direction de Nolan, Heath Leadger reprend le flambeau, et propose une version plus sombre de cet extravagant personnage. Liddy Hemming, costumière, a créé un costume trois pièces qui le ferait paraĂ®tre nĂ©gligĂ©, misĂ©rable, imprĂ©visible, mais dangereux, Ă  l’effigie d’artistes controversĂ©s comme Pete Doherty, Iggy Pop ou Johnny Rotten. Sous l’Ă©gide d’autres inspirations cinĂ©matographiques comme Alex DeLarge, protagoniste d’Orange mĂ©canique, ce Joker semble plus rĂ©aliste, plus ancrĂ© dans le chaos de la rĂ©alitĂ© qu’il incarne parfaitement.[10] Portant des cicatrices dont les causes relatĂ©es changent Ă  chaque interlocuteur qui le lui demande, ce Joker brise les codes de ses prĂ©dĂ©cesseurs.

Le suivant, interprĂ©tĂ© par Jared Leto dans Suicide Squad, tient plutĂ´t son costume d’un gangster, avec sa chemise blanche, ses lourdes chaĂ®nes, et ses dents, sur lesquelles luisent des bagues argentĂ©es. TatouĂ©, maquillĂ© plus lĂ©gèrement, le Joker retrouve son aspect Dandy, avec sa canne, et le retour de son gant violet. La batte de baseball fait aussi son apparition. Si ce nouveau Joker a une apparence plus moderne et originale, son Ă©criture n’est pas en adĂ©quation avec son style vestimentaire, lequel lui confère la personnalitĂ© que Jared Leto n’a pas su lui donner.

Enfin, Joaquin Phoenix prĂ©sente un Joker en marge de la sociĂ©tĂ©, sous l’identitĂ© d’Arthur Fleck. Ce sont donc les couleurs rouge et orange qui dominent son costume, tout droit sorti des annĂ©es 80. Il semble briller Ă  l’Ă©cran telle une flamme dans un univers morne et gris, car c’est le Joker qui incarne le plus l’idĂ©e d’une renaissance. Son maquillage reprend davantage l’iconographie clownesque de Romero, tout en lui confĂ©rant un air dangereux.

Contrairement aux autres, son costume n’est pas taillĂ© dans des matières nobles, soulignant ses origines modestes, accentuant ainsi la satire sociale. Arthur Fleck, travaillant dans une agence de Clowns, et habitant dans un immeuble miteux avec sa mère Penny, devient le Joker après avoir Ă©tĂ© agressĂ© par des traders de la Wayne compagny, qu’il a tuĂ© en reprĂ©sailles. Dès lors, son monde bascule, il perd peu Ă  peu son humanitĂ©, et par ses actes, remet en cause l’ordre social Ă©tabli.

Ces adaptations cinĂ©matographiques ont alimentĂ© les comics, et surtout, l’iconographie des sĂ©ries animĂ©es et des jeux vidĂ©o.

En sĂ©rie et film animĂ©s et dans les jeux vidĂ©o : le Joker, un prince de l’emprise

Les sĂ©ries et films animĂ©s ont adoptĂ© des origines dĂ©jĂ  connues du Joker et ont proposĂ© de renouveler son personnage, grâce Ă  des phĂ©nomènes d’emprise qui font basculer les hĂ©ros du cĂ´tĂ© obscur.

De la renaissance de Jack Nieper Ă  l’emprise de Robin

Les sĂ©ries animĂ©es qui se dĂ©roulent dans l’univers de Batman ont toutes proposĂ© des versions du Joker plus intĂ©ressantes les unes que les autres, Ă  commencer par celle de 1992, surnommĂ©e Batman TAS. Le Joker, Mark Hamil en version originale, est un criminel sans pitiĂ©, qui maltraite sa petite-amie, Harley Quinn, créée spĂ©cialement Ă  cette occasion. Sombre, traitant de sujets brĂ»lants comme les relations toxiques ou la condition humaine, cette sĂ©rie a introduit un Joker cynique, dont la mĂ©chancetĂ© gangrène mĂŞme ses relations les plus intimes. Difficile de croire qu’une telle sĂ©rie ait Ă©tĂ© diffusĂ©e Ă  un (très) jeune public.

La suivante The New Batman Adventures, et le film d’animation Batman Beyound : return of the Joker, poursuivraient dans cette veine, rĂ©inventant le design et dĂ©veloppant le personnage qui serait toujours incarnĂ© par Mark Hamil. Dans The New Batman Adventures, le Joker est librement inspirĂ© par la tragĂ©die de Jack Nieper : un simple gangster dont l’esprit a basculĂ© suite Ă  un bain d’acide. Cet animĂ© est aussi le premier Ă  introduire le DCU Ă  l’Ă©cran et mĂŞler d’autres antagonistes de l’univers DC Ă  celui de Batman, comme Lex Luthor, que le Joker rejoindrait pour former le gang « Injustice ».

Batman Beyound : return of the Joker se dĂ©roule quarante ans après la sĂ©rie The New Batman Adventures, Bruce Wayne âgĂ© est le mentor du nouveau Batman, Terry McGinnis, un jeune dĂ©linquant reconvertit en super-hĂ©ros. Le Joker, tuĂ© par Batman et Batgirl durant un combat Ă©pique dans l’asile d’Arkham, est alors de retour dans le corps de Tim Drake, l’ancien Robin, qui a dĂ©jĂ  Ă©tĂ© sous l’emprise du Joker lorsqu’il Ă©tait plus jeune. EnlevĂ©, torturĂ© et sĂ©questrĂ© par le joker, Tim Drake lui avait alors rĂ©vĂ©lĂ© l’identitĂ© de Batman, et avait commencĂ© Ă  suivre ses pas. Prisonnier Ă  son insu de son ancienne figure paternelle, et fâchĂ© avec Bruce Wayne qui s’est senti trahi, Tim Drake ignore que le Joker lui a implantĂ© une puce Ă©lectronique pour faire revivre son esprit et son ADN en prenant possession de son corps. DĂ©masquĂ© par le nouveau Batman, Tim Drake, père de famille, recouvrerait ses esprits et serait pardonnĂ© par Brunce Wayne.

Dans les jeux vidĂ©os, le Joker renverse l’hĂ©roĂŻsme !

La licence Batman est prolifique dans le monde des jeux vidĂ©o. Active depuis 1986, Batman figure sur toutes les consoles, sur tous les supports. Certains jeux sont particulièrement connus et apprĂ©ciĂ©s par les fans, tant pour leur gameplay que pour les fils narratifs qui dĂ©roulent de leurs histoires. Les plus cĂ©lèbres sont certainement l’adaptation de Batman beyond : return of the Joker, dĂ©veloppĂ© par Sunsoft et Rigler studios, la saga Batman : Arkham de Rocksteady studios (qui inspirerait le film d’animation Batman : Assault on Arkham, reprenant des ficelles de Suicide Squad), et Injustice. Les jeux lego, faisant suite aux films d’animation, ont aussi connu un franc succès.

Batman beyound : return of the Joker reprend dans les grandes lignes l’intrigue du film d’animation, tandis que d’autres, comme Batman : Arkham ou Injustice dĂ©voilent de toutes nouvelles histoires. Batman : Arkham Asylum, se dĂ©roule sur l’Ă®le d’Arkham oĂą sont enfermĂ©s dans l’asile psychiatrique du mĂŞme nom, les ennemis jurĂ©s du hĂ©ros. Le Joker en prend le contrĂ´le et tente d’attirer Batman dans un piège, l’obligeant par un chantage Ă  la bombe sur Gotham City, Ă  s’y rendre seul. GuidĂ© par Oracle, Batman doit dĂ©couvrir oĂą se cache le Joker, qu’il finit par retrouver. Lors du combat final, ce dernier s’injectera un sĂ©rum le transformant en monstre, tandis que Batman, affectĂ© lui aussi Ă  cause d’une flĂ©chette tirĂ©e par Titan, serait sauvĂ© grâce Ă  l’unique antidote.

Dans le deuxième volet, Batman : Arkham City, le Joker est toujours infectĂ© par le sĂ©rum mortel. Il capture Batman et lui injecte son sang contaminĂ©, afin de le tuer. Le prince du crime est alors hors de danger : il a trouvĂ© un antidote fabriquĂ© par Mr Freeze. Après de nombreuses pĂ©ripĂ©ties, Batman sera sauvĂ© par Talia, qui a volĂ© l’antidote Ă  Harley Quinn. Au cours du combat final l’opposant au Joker, ce dernier meurt, mais l’ombre de ses dĂ©mons planent sur Arkham.

En effet, dans le quatrième volet de la saga (le troisième se centrant sur les origines), Batman : Arkham knight, Batman et ses proches, infectĂ©s par le sang contaminĂ© du Joker, se transforment peu Ă  peu en clown malĂ©fique. Batman n’a lui-mĂŞme pas Ă©tĂ© totalement guĂ©ri par l’antidote, et doit lutter contre l’esprit du Joker qui prend le dessus. Batman comprend alors que le Joker n’a peur que d’une seule chose : d’ĂŞtre oubliĂ© (thème qui sera d’ailleurs abordĂ© dans les comics, films et sĂ©rie animĂ©e dĂ©diĂ©e Ă  Harley Quinn). Bien que victorieux de son combat spirituel, Batman aura perdu, impuissant, son alliĂ©e Barbara Gordon dans la bataille.

Cette idĂ©e d’un renversement du monde, de la transformation des hĂ©ros en super vilains, est pleinement assumĂ©e dans Injustice: Gods Among Us, dĂ©veloppĂ© par NetherRealm Studios. OĂą les alliances entre vilains et super hĂ©ros se forment dans un monde gouvernĂ© par un superman malĂ©fique, devenu un vĂ©ritable tyran, après avoir accidentellement tuĂ© sa femme, LoĂŻs Lane.

PiĂ©gĂ© par du gaz de Ă©pouvantail inoculĂ© par le Joker, Superman est victime d’hallucinations. Croyant Ă©liminer Doomsday, il tue LoĂŻs dont le cĹ“ur est reliĂ© Ă  une bombe, laquelle, sous l’effet de l’arrĂŞt des battements cardiaques, fait exploser Metropolis. DĂ©vastĂ©, Superman exĂ©cute le Joker au cours d’un interrogatoire. Après plusieurs annĂ©es chaotiques, il instaure un rĂ©gime totalitaire tyrannique pour prĂ©server la paix intergalactique. Seul Batman pourra le contrer grâce Ă  l’intervention d’autres hĂ©ros et du Joker, qu’il fait venir d’un autre univers. Contraints de s’allier, Batman et le Joker mènent les insurgĂ©s et le « Joker Clan », fondĂ© par Harley Quinn en mĂ©moire de son dĂ©funt petit-ami, Ă  la victoire.

Pourquoi laisser le mystère subsister ?

Le mystère qui entoure les origines du Joker est l’un des aspects les plus puissants du personnage. Contrairement à Batman, dont le passé tragique est clairement établi, le Joker reste insaisissable, un puzzle sans solution définitive. Cette ambiguïté permet à chaque génération de lecteurs et de créateurs de réinterpréter le personnage en fonction des préoccupations et des peurs de l’époque.

  • Dans les annĂ©es 1940, il est un criminel excentrique mais dangereux, reflĂ©tant les rĂ©cits noirs de l’époque.
  • Dans les annĂ©es 1980, il devient une figure tragique et psychologiquement complexe, en phase avec un public plus mature.
  • Aujourd’hui, il est Ă  la fois une icĂ´ne culturelle et un symbole de l’imprĂ©visibilitĂ© humaine, capable d’inspirer autant la terreur que la fascination.

Conclusion : Le Joker, une Ombre Éternelle de Batman

La genèse du Joker est marquée par la tragédie, la transformation et l’ambiguïté. Qu’il soit un comédien raté, un criminel opportuniste ou une incarnation pure du chaos, le Joker reste l’opposé parfait de Batman. Alors que Batman représente l’ordre et le contrôle, le Joker incarne le désordre et l’anarchie, faisant de leur affrontement une lutte éternelle entre des forces opposées mais interdépendantes. Ce mystère et cette dualité garantissent que le Joker restera une figure centrale et énigmatique dans l’univers de Batman pour les générations à venir.


Sources :

Scientifiques

[1] Nikki Katz, The Everything Card Games Book: A Complete Guide to Over 50 Games, p. 128, (ISBN 1-59337-130-6)

[2] Priscus Panita, Excerpta et fragmenta, édition de Carolla Pia, Éditions W. De Gruyter, Berlin et New-York, 2008, 140 p. (ISBN 978-3-11-020138-3)

[3] Pierre Chompré, Dictionnaire abrégé de la Fable, p. 277-278

[4] Michel Foucault, Surveiller et punir: naissance de la prison, Gallimard, coll. « Collection tel », 2011 (ISBN 978-2-07-072968-5)

[5] Bertrand Dominique, Le Théâtre, Editions BrĂ©al, 1996, p. 86

[6] Siegfried Würtz, Qui est le chevalier noir ? Batman à travers les âges, THIRD éditions, 2019 (ISBN 978-2-37784-120-2)

[7] Jerry Robinson, entretien avec Gary Groth, The comics journal, no. 271-272, 1994.

[8] Les Daniels, Batman : the complete history, San Franscico, Chronicles books, p.29-31, 1999.

[9] Nick Dudman, Entretien dans Trois couleurs, MK2, 26 janvier 2021.

[10] Lindy Hemming, entretien avec Steve J.Ray, Dark knight News, 23 février 2018.

Littéraires

Victor Hugo, L’homme qui rit, 1869.

Victor Hugo, Le roi s’amuse, 1832.

Victor Hugo, Notre-Dame de Paris, 1831.


Stevve Henry

Rédigé par Steeve Henry

Médiateur, adoubé de la Grosdoigitude par Sir Marcus, fan de retrogaming, soirée jeux de société, raclette. Ingénieur à ses heures perdues, quand il ne geek pas.

Umeboshi : prune japonaise séchée et amer

Par Umeboshi

RĂ©dactrice, Relectrice SEO, Community Manager, enfant prodige, passionnĂ©e d’univers gothiques, mangaphile, parle le japonais couramment, a rĂ©digĂ© une thèse de 80 pages sur JoJo’s Bizarre Adventure.

Tsilla Aumigny

Et par Tsilla

Rédactrice en Chef, ex-Enseignante en Lettres Classiques certifiée, Autrice de roman, Scoute toujours, Jedi à ses heures perdues, Gryffondor.

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Référence bibliographique

Steeve Henry. (2025). [ANALYSE] Connaissez-vous les origines du Joker ?. La Revue de la Toile. https://revuedelatoile.fr/analyse-origines-joker/

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