Que vaut la nouvelle adaptation des Misérables par Fred Cavayé ? Est-elle fidèle au roman ? Répond-t-elle aux attentes actuelles des lecteurs ? Et qu’apporte-t-elle par rapport aux (nombreuses) adaptations précédentes ?

Adaptation de l’œuvre de Victor Hugo publiée en 1862, ce film raconte comment Jean Valjean, ancien forçat, cherche à mener une vie juste tout en étant poursuivi par l’inspecteur Javert. Au cours de son périple, il recueille Cosette, abandonnée par sa mère Fantine aux Thénardier qui la maltraitent. Il la protège jusqu’à ce qu’elle rencontre Marius, un jeune homme qui participe aux révoltes parisiennes. Les Misérables 2026 relève le double défi de se montrer à la fois authentique et innovant…

La bande-annonce du film :

Oui, cette adaptation est innovante !

Enfin un flash-back pour Javert !

Ce nouveau film accorde plus de temps que d’autres aux passés de Jean Valjean, de Javert et de Thénardier. L’histoire de Javert, en particulier, était très attendue par les lecteurs. Dans le roman, Javert est le fils d’un bagnard et d’une bohémienne, mais les adaptations de Jean-Paul Le Chanois et de Josée Dayan avaient changé ses origines sociales ! Le nouveau film répare enfin cette injustice.

Le film tient sa promesse de mettre en valeur les personnages féminins

Fantine (Noémie Merlant) est moins passive que dans les adaptations précédentes. Par exemple, elle tente à plusieurs reprises de parler au maire et à la contremaître lorsqu’elle est virée de son travail à l’usine. Ce n’est pas une mère éplorée, mais une salariée qui défend ses droits. Mme Thénardier (Camille Cottin) est devenue tout aussi rusée que son mari.

Fantine en costume d’ouvrière (robe et tablier).
© Eskwad/Curiosa Films/Studiocanal. Tous droits réservés.  Fantine (Noémie Merlant) en ouvrière.
Les Thénardier dans la forêt à Waterloo. Monsieur Thénardier est en uniforme de sergent. Madame Thénardier porte une sorte de bandana.
© Eskwad/Curiosa Films/Studiocanal. Tous droits réservés. Les Thénardier (Benjamin Lavernhe et Camille Cottin) à Waterloo.

De véritables moments émotionnels

Loin du blockbuster sans âme, ce film joue beaucoup sur l’émotionnel. Il a su conserver le message social et politique du roman, tout en le mettant en lumière. C’est aussi l’une des rares adaptations dans laquelle le suicide de Javert et la fin de Jean Valjean parviennent vraiment à émouvoir. Chacun possède par ailleurs un thème musical récurrent qui vient rappeler leurs passés.

Vincent Lindon excellent en Jean Valjean, Tahar Rahim extraordinaire en Javert

Il n’est pas facile, en effet, de reprendre le rôle de Jean Valjean après Harry Baur, Jean Gabin ou Lino Ventura. Ni celui de Javert après Bernard Blier, Anthony Perkins, Michel Bouquet ou John Malkovich. Dans une interview publiée dans Vanity Fair, Tahar Rahim explique avoir beaucoup étudié les traumatismes d’enfance de Javert et en avoir même parlé avec sa psy ! À part Anthony Perkins en 1978, peu d’acteurs s’étaient réellement intéressés à la psychologie de ce personnage.

De plus, les acteurs choisis ont une carrière cohérente avec leurs rôles. Vincent Lindon a beaucoup joué dans des films engagés socialement. Tahar Rahim a joué dans plusieurs films qui se déroulent dans un univers carcéral. Idéal pour incarner Javert, qui est né en prison et a été garde-chiourme.

Javert habillé tout en noir. Comme a un carnet dans les mains et se trouve dans un bâtiment austère, il ressemble un peu à un prêtre.
© Eskwad/Curiosa Films/Studiocanal. Tous droits réservés.  Javert (Tahar Rahim). Nous aurions cependant une critique concernant le costume : où est passé le traditionnel chapeau haut de forme ??
Cosette enfant donnant la main à Jean Valjean. Elle tient dans l’autre main sa poupée Catherine.
© Eskwad/Curiosa Films/Studiocanal. Tous droits réservés.  Jean Valjean (Vincent Lindon) et Cosette enfant (Giulia Sagnier) avec sa poupée Catherine.

Et oui, ce film est fidèle au roman !

Comme toujours, on peut noter quelques écarts. Gavroche ne chante pas « La faute à Voltaire ». Azelma, la deuxième fille des Thénardier, est supprimée. Mais ce film reste néanmoins très fidèle. Et il n’est pas édulcoré car il conserve bien le fameux passage où Fantine vend ses dents ! Les puristes peuvent donc être rassurés.

Même le grand-père de Marius, Monsieur Gillenormand, est présent. Et les échanges entre Marius, son grand-père et les Thénardier donnent lieu à des scènes comiques. Le film laisse une belle part à Eponine, Cosette, Marius et Gavroche.

Scène romantique entre Marius et Cosette. Ils semblent sur le point de s’embrasser. Pour une fois, les acteurs choisis sont véritablement jeunes et beaux. Marius dans les films précédents était souvent trop vieux.
© Eskwad/Curiosa Films/Studiocanal. Tous droits réservés. Marius (Vassili Schneider) et Cosette (Megan Northam), le couple de jeunes premiers !
Eponine regarde Marius, qui regarde autre chose.
© Eskwad/Curiosa Films/Studiocanal. Tous droits réservés. Eponine (Marie Colomb) et Marius (Vassili Schneider).

On peut cependant noter quelques inexactitudes historiques…

La marque du bagne :

Dans le film, la marque du bagne consiste en un numéro tatoué sur le poignet. Dans la réalité, il s’agissait des lettres T. F. (pour « travaux forcés ») imprimées au fer rouge sur l’épaule. La marque du bagne a été supprimée et rétablie plusieurs fois au XIXe siècle, avant d’être définitivement abolie en 1832. Jean Valjean a été condamné à une époque où cette marque était temporairement supprimée. C’est pourquoi, dans le roman, la police le confond avec son sosie Champmathieu. Si Jean Valjean était marqué, les autres personnages auraient pu vérifier si Champmathieu portait ou non cette marque pour les différencier.

Les barricades :

Scène de combat épique sur les barricades.
© Eskwad/Curiosa Films/Studiocanal. Tous droits réservés. La barricade dans le film, tourné à Bordeaux.

Les barricades ont été filmées dans les rues de Bordeaux, qui sont très larges ! Cela permet des scènes plus spectaculaires. Mais, dans la réalité, les barricades étaient plus faciles à construire dans des ruelles. Sous le Second Empire, les travaux d’Haussmann avec la percée de grandes avenues visaient précisément à empêcher la construction de barricades dans Paris.

Concernant les lieux de tournage, on peut aussi déplorer qu’aucune scène n’ait été tournée à Montreuil-sur-Mer. C’est la ville dont Jean Valjean devient maire et où se déroule une partie importante du roman. Mais, malgré ses rues pittoresques et bien conservée, cette ville n’est jamais choisie comme lieu de tournage par les adaptations des Misérables ! La seule adaptation tournée à Montreuil-sur-Mer remonte à… 1925 !

En conclusion :

Des innovations très intéressantes, notamment une revalorisation des personnages féminins et de Javert. Des costumes d’époque, des décors, des scènes d’action et des musiques réussies. Les Misérables 2026 relève donc brillamment le défi et n’a rien à envier aux adaptations précédentes.

Peut-être certains fans attendaient-ils plus d’attention accordée à des personnages secondaires comme Enjolras, Grantaire et Montparnasse. Ces trois personnages, très populaires chez les jeunes fans du roman et de la comédie musicale, ont été soit supprimés soit passés au second plan, ce qui pourrait décevoir des attentes. Mais, pour un film de trois heures seulement qui adapte un roman aussi long, l’éviction de personnages secondaires reste compréhensible.

À la fois divertissant et profond, c’est en tout cas le grand divertissement populaire que le réalisateur avait promis.

Les Misérables de Fred Cavayé, au cinéma le 14 octobre !

Affiche du film avec tous les personnages, et les barricades en arrière-plan.
© Eskwad/Curiosa Films/Studiocanal. Tous droits réservés. De gauche à droite : Fantine, les Thénardier, Javert, Jean Valjean, Cosette et Marius, Eponine.

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Rédigé par Umeboshi

Rédactrice, Relectrice SEO, Community Manager, enfant prodige, passionnée d’univers gothiques, mangaphile, parle le japonais couramment, a rédigé 80 pages d’analyses sur JoJo’s Bizarre Adventure.

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