Dans ce second article consacrĂ© aux origines de Saint Seiya, on se concentre sur l’arc d’Asgard. C’est un arc entièrement inventĂ© par l’anime, afin de laisser Ă Masami Kurumada le temps de terminer ceux de PosĂ©idon et d’Hadès. C’est donc Ă l’origine un filler ! Mais qui est aujourd’hui unanimement considĂ©rĂ© comme canonique. Cela en raison de sa qualitĂ©, et notamment de sa puissance dramatique.
L’arc d’Asgard et La Chanson des Niebelungen

On a vu dans un article prĂ©cĂ©dent que l’arc d’Asgard Ă©tait très inspirĂ© par les lĂ©gendes arthuriennes. Mais ses plus grandes rĂ©fĂ©rences sont bien sĂ»r des mythes allemands et nordiques…
Pour la mythologie nordique, les noms Asgard, Odin, Freya, Thor et Fenrir. Pour les légendes allemandes : Siegfried, Hagen, Alberic et Mime.
Ces derniers sont des noms tirĂ©s de La Chanson des Niebelungen, poème rĂ©digĂ© au XIIIe siècle et qui conte l’histoire du hĂ©ros Siegfried. Dont le nom signifie « La victoire de la paix ».
Toutefois, mĂŞme si plusieurs guerriers divins tirent leurs noms de ce poème, ils n’ont pour en rĂ©alitĂ© pas grand chose Ă voir avec les personnages de la lĂ©gende : Hagen Ă©tait Ă l’origine un traĂ®tre, Mime un forgeron… et Alberic un nain! Seule l’histoire de Siegfried contre le dragon est retranscrite fidèlement.
L’anneau des Niebelungen, inspirĂ© du Seigneur des Anneaux ?

VoilĂ pour les sources sĂ»res. Mais l’histoire de Siegfried ne semble pas ĂŞtre la seule source d’inspiration de l’Ĺ“uvre…
L’idĂ©e de l’anneau qui ensorcelle son porteur provient plus probablement du Seigneur des Anneaux. C’est Ă©videmment l’ouvrage de rĂ©fĂ©rence pour toutes les Ĺ“uvres de fantasy. Comme dans le roman de Tolkien, l’anneau apporte Ă la fois de nouveaux pouvoirs et une ambition dĂ©mesurĂ©e Ă Hilda.
Notons que Tolkien s’est lui-mĂŞme inspirĂ© de lĂ©gendes nordiques pour construire son Ĺ“uvre. Notamment le mythe d’Yggdrasil, qui est utilisĂ© dans Saint Seiya : Soul of Gold, une nouvelle sĂ©rie animĂ©e qui se veut la suite de l’arc d’Asgard mais connaĂ®t moins de succès. Il n’est donc pas si Ă©tonnant que les deux univers se rencontrent sur ce terrain.
Les frères ennemis Syd et Bud, une rĂ©fĂ©rence Ă la l’histoire du Masque de fer ?

L’histoire la plus dramatique de l’arc d’Asgard est probablement celle des jumeaux Syd et Bud, sĂ©parĂ©s Ă la naissance pour la seule cause que deux hĂ©ritiers rivaux est pour une haute famille une source de conflits et de ruine. Depuis qu’il a dĂ©couvert par hasard ses origines, celui qui vit dans l’ombre ne rĂŞve que de retrouver son rang en prenant la place de son frère. LĂ encore, il serait vain de chercher l’origine de cette histoire dans La Chanson des Niebelungen. On trouve en revanche un rĂ©cit très similaire dans Le Vicomte de Bragelonne d’Alexandre Dumas, avec l’histoire du Masque de fer.
On compare ici les deux extraits, dans l’anime et le roman :
Sono mukashi […] fufun ga machinozonda otoko no ko ga umareta. Tada, sore ga hitori de areba nan no mondai mo nakatta, daga Asgard ni oite futago wa ie wo horobosu mono toshite i mikiwareteita no da. Dochira ga erabanakereba naranai okite ga atta. Tada sore dake no riyĂ» de… Erabareta akanbĂ´ wa hahaoya no atatakana mune ni idakareteiru koro, mĂ´ hitori no akanbĂ´ wa […] Asgard no fĂ»setsu no naka ni suterareta.
Traduction :
Il Ă©tait une fois […] un couple qui avait longtemps dĂ©sirĂ© un hĂ©ritier vit enfin son souhait comblĂ©. Seulement, s’il n’y en avait eu qu’un seul, cela n’aurait pas posĂ© de problème, mais Ă Asgard les jumeaux sont considĂ©rĂ©s comme une menace capable de dĂ©truire un clan. Il Ă©tait dĂ©crĂ©tĂ© qu’il fallait en choisir un des deux. Et pour cette seule raison… Pendant que l’enfant choisi dormait tranquillement dans les bras de sa mère, l’autre fut abandonnĂ© dans les tempĂŞtes glacĂ©es d’Asgard.
Saint Seiya, Episode 93
Alors […] vous savez que le dernier roi rĂ©gnant Ă©tait Louis XIII ? […] Il avait Ă©tĂ© longtemps prĂ©occupĂ© du soin de sa postĂ©ritĂ©. […] Et cette pensĂ©e l’avait rĂ©duit Ă un profond dĂ©sespoir, quand tout Ă coup sa femme, Anne d’Autriche […] annonça qu’elle Ă©tait enceinte. […] La reine donna donc le jour Ă un fils. Mais quand toute la cour eut poussĂ© des cris de joie Ă cette nouvelle ; quand le roi eut montrĂ© le nouveau-nĂ© Ă son peuple, et Ă sa noblesse ; quand il se fut gaiement mis Ă table pour fĂŞter cette heureuse naissance, alors la reine, restĂ©e seule dans sa chambre, fut prise, pour la seconde fois, des douleurs de l’enfantement, et donna le jour Ă un second fils. […] On courut aussitĂ´t Ă la salle oĂą le roi dĂ®nait ; on le prĂ©vint tout bas de ce qui arrivait ; il se leva de table et accourut. Mais, cette fois, ce n’était plus la gaietĂ© qu’exprimait son visage, c’était un sentiment qui ressemblait Ă de la terreur. Deux fils jumeaux changeaient en amertume la joie que lui avait causĂ©e la naissance d’un seul […]
Vous comprenez maintenant […] que le roi, qui s’était vu avec tant de joie continuer dans un hĂ©ritier, dut ĂŞtre au dĂ©sespoir en songeant que maintenant il en avait deux, et que, peut-ĂŞtre, celui qui venait de naĂ®tre et qui Ă©tait inconnu, contesterait le droit d’aĂ®nesse Ă l’autre qui Ă©tait nĂ© deux heures auparavant, et qui, deux heures auparavant, avait Ă©tĂ© reconnu. Ainsi, ce second fils, s’armant des intĂ©rĂŞts ou des caprices d’un parti, pouvait, un jour, semer dans le royaume la discorde et la guerre, dĂ©truisant, par cela mĂŞme, la dynastie qu’il eĂ»t dĂ» consolider. […]
Eh bien, […] voilĂ ce qu’on rapporte, voilĂ ce qu’on assure, voilĂ pourquoi un des deux fils d’Anne d’Autriche, indignement sĂ©parĂ© de son frère, indignement sĂ©questrĂ©, rĂ©duit Ă l’obscuritĂ© la plus profonde ; voilĂ pourquoi ce second fils a disparu, et si bien disparu, que nul en France ne sait aujourd’hui qu’il existe, exceptĂ© sa mère.
Alexandre Dumas, Le Vicomte de Bragelonne, Chapitre « Le Prisonnier »
Bien que la version de Saint Seiya soit beaucoup plus courte, les deux récits suivent à peu près le même plan :
- Insister sur le fait que le couple espérait un enfant depuis longtemps et aurait normalement dû se réjouir.
- Le fait qu’il y ait deux enfants plutôt qu’un seul change cette joie en crainte.
- Expliquer que deux héritiers rivaux sont une menace qui peut mener un jour mener la famille à sa ruine.
- Insister sur l’injustice de la décision finale.
Cela en fait donc une source d’inspiration possible, mĂŞme s’il peut bien sĂ»r, lĂ encore, s’agir d’une simple coĂŻncidence. L’idĂ©e du jumeau cachĂ© n’Ă©tant pas non plus rĂ©volutionnaire. Ce type d’histoire pourrait tout aussi bien ĂŞtre inspirĂ©e du roman Le Prince et le pauvre de Mark Twain, peut-ĂŞtre plus connu internationalement. MĂŞme si dans ce roman, il Ă©tait question d’un sosie, et non d’un frère jumeau cachĂ©.
Les thèmes des frères jumeaux ennemis et du jumeau cachĂ©, sont rĂ©currents dans Saint Seiya : Syd et Bud, mais bien sĂ»r aussi Saga et Kanon, les deux chevaliers du Dragon noir, Abel et CaĂŻn dans Next Dimension, ou Aspros et Deuteros dans The Lost Canvas… Les scĂ©naristes de l’anime ont probablement passĂ© en revue toutes les histoires de frères jumeaux cĂ©lèbres pour Ă©crire celle d’Asgard.
On notera au passage que dans la sĂ©rie dĂ©rivĂ©e Saint Seiya : The Lost Canvas, la mangaka Shiori Teshirogi met aussi en scène deux jumeaux rivaux dont l’un est masquĂ© pour cacher son identitĂ©. C’est apparemment une autre rĂ©fĂ©rence Ă la lĂ©gende du Masque de fer.

En conclusion,
Contrairement au manga original, qui est rĂ©digĂ© par un seul auteur, l’arc d’Asgard est le fruit de l’imagination de plusieurs scĂ©naristes. Ce qui fait qu’il est difficile d’en retrouver prĂ©cisĂ©ment les sources.
Par rapport au reste de la sĂ©rie, il se distingue par un certain exotisme europĂ©en. Egalement par sa dimension tragique car, rappelons-le, ce n’est Ă l’origine qu’un filler : il est donc nĂ©cessaire que presque tous les nouveaux personnages introduits meurent avant la fin de l’arc. Pour ne pas gĂŞner ensuite le dĂ©roulement de l’histoire principale, oĂą ils ne sont pas censĂ©s exister…

Rédigé par Umeboshi
RĂ©dactrice, Relectrice SEO, Community Manager, enfant prodige, passionnĂ©e d’univers gothiques, mangaphile, parle le japonais couramment, a rĂ©digĂ© 80 pages d’analyses sur JoJo’s Bizarre Adventure.
