Clément Gareau/ novembre 23, 2018/ 7 comments

La fantasy, tout le monde en a entendu parler. Le genre principal de littérature que l’imaginaire collectif relie à des œuvres telles que Le Seigneur des Anneaux ou bien Conan le Barbare. Pourtant le genre est assez complexe à saisir et nous vous proposons un éclaircissement sur un genre littéraire pluriel.

Commençons par la définition officielle proposée par le dictionnaire Larousse : “Genre littéraire qui mêle, dans une atmosphère d’épopée, les mythes, les légendes et les thèmes du fantastique et du merveilleux. (Recommandation officielle : fantaisie.) [On dit aussi heroic fantasy.]”[1] Cependant, la définition française pose certains problèmes par rapport à ce qui est dit en anglais. Pourtant, en y regardant de plus près, il se trouve que le genre existe, sous un autre nom, depuis de nombreuses années à commencer par le roman de chevalerie.

Roi Arthur dans le livre V de Kaamelott

Le Roi Arthur, vêtu de noir, prêt à replanter Excalibur dans son rocher. Source : Alexandre Astier, Kaamelott, livre V, Calt, 2007

La fantasy a été portée par la chevalerie, la mythologie puis le conte

Les premières œuvres de fantasy se retrouvent au sein des différents mythes de différentes cultures. Que ce soit l’Iliade, l’Odyssée[2] ou bien encore d’autres titres comme l’épopée de Gilgamesh[3], même Les Métamorphoses d’Ovide[4] font office de background fantaisiste. Toute mythologie contient de la fantasy. C’est ensuite le roman de chevalerie qui a pris le relais. Cela a commencé par les légendes arthuriennes, mais aussi la chanson de geste. Elle aboutit lors de la Renaissance à de nouveaux genres littéraires comme le conte, qui, outre sa portée symbolique déploie, un imaginaire et un bestiaire de plus en plus étoffé.

En effet, l’appellation de fantasy est encore jeune, mais elle revêt différentes formes au fil des années. Les théoriciens s’accordent à dire que la fantasy telle que nous la connaissons serait née au XIXème siècle et aurait été popularisée par la plume de George MacDonald. Fortement inspiré par le poète romantique allemand Novalis pour sa nouvelle Phantastes: A Faerie Romance for Men and Women[4], l’on retrouve dans son œuvre les prémices d’ouvrages comme ceux de Lewis Caroll. Cette nouvelle a été illustrée par le peintre préraphaélite Arthur Hugues, dont l’univers floral, poétique et romantique, comme tous les artistes de ce mouvement, faisait écho aux mythes arthuriens[5]. De phantastes à fantasy, il n’y avait qu’un pas. 

Les sous-genres de la fantasy

Le point commun de toutes ces œuvres est qu’elles mêlent des fictions de l’imaginaire développées aux travers de plusieurs créations. La particularité de la fantasy, c’est par ailleurs son imaginaire collectif qui est pluriel. Cela donne l’occasion aux auteurs de varier le genre sous différents thèmes. Des universitaires américains mais aussi français comme Anne Besson[6] ont dénombré les sous-genres de la fantasy. Voici une liste non exhaustive de grands thèmes :

  • Light Fantasy : qui se résume simplement comme une parodie du genre.
  • Urban Fantasy : qui correspond à l’insertion du merveilleux dans un environnement urbain
  • Heroic Fantasy : un texte qui s’intéresse à un héros solitaire
  • High Fantasy : un texte sous genre de fantasy qui porte sur un héros ou bien un groupe qui lutte contre une grande force antagoniste
  • Dark Fantasy : un univers sombre où les forces du bien sont mises en souffrance

L’avantage de ce genre littéraire, c’est qu’il peut aussi bien transcender les genres que les médias. En effet, les créations de ce genre ont inspiré les artistes de tous temps, à tel point qu’il est possible de s’attarder sur plusieurs genres. La seule problématique est la distinction entre la fantasy, le fantastique et la science-fiction qui donne du fil à retordre à tous les théoriciens. La différentiation de ces trois mouvements repose sur le faite que les créations et créatures de la science-fiction ont une origine rationnelle, alors que le fantastique serait plutôt défini par une hésitation entre le réel et l’imaginaire. André-François Ruaud considère par exemple dans son livre Cartographie du merveilleux[7], que la fantasy est un sous-genre du fantastique.

Bande dessinée et Manga, nouveaux terreaux de la fantasy

Commençons par ce qui a fait connaître la fantasy. La bande dessinée a été depuis de nombreuses années un formidable vecteur d’imaginaire, surtout par le biais d’un auteur très créatif : Phillip E. Howard[8]. Ce dernier, est connu dans le monde entier grâce à un personnage devenu désormais iconique : Conan le barbare. Howard est l’un des piliers de l’heroic fantasy, tout comme l’est Tolkien. Par ailleurs, l’univers de la bande dessinée et ce que l’on a appelé par la suite les “Weird Tales”[9] a été le terreau d’une contre culture qui a puisé dans ces textes pour créer différents types de contenus, comme le cinéma de genre. Bien entendu, on pourrait aussi parler de la situation des comics en termes de fantasy, mais comme nous allons le voir par la suite, ces derniers apportent quelques complications. D’autres bandes dessinées et parodies plus récentes, comme par exemple le Donjon de Naheulbeuk[10] jouent sur les codes de la High-fantasy d’Howard pour faire rire un public d’initiés.

En ce qui concerne le manga en revanche, on a déjà à faire à un genre littéraire très codifié. Les seinen, Shonen ou bien encore Shojo sont les termes les plus usités pour parler des catégories d’œuvres existantes[11]. Cependant, ce qui nous intéresse concerne plutôt ce qui se trouve au sein de l’histoire, de la diégèse. Ainsi, un manga comme Dragon Ball[12] remplit toutes les conditions pour être considéré comme de la fantasy. Par ailleurs, la situation est identique pour les animés, comme Violet Evergarden[13]. La grande force du manga repose dans la très grande diversité des œuvres qui sont proposées.

Quelques idées de lecture manga.

  • Heroic fantasy : Seven Deadly Sins.
  • Dark fantasy : Berserk
  • Autres : Full Métal Alchemist / Death Note / Naruto

La fantasy prend une nouvelle dimension avec le cinéma

Tout d’abord genre réservé seulement aux lecteurs, la fantasy prend peu à peu son envol avec l’essor du cinéma à Hollywood. Les producteurs y virent rapidement un moyen efficace de générer du profit grâce à ces films. Cela passe par des adaptations d’œuvres comme Conan le Barbare mais aussi et surtout, la trilogie du Seigneur des Anneaux[14]. Dirigé par le réalisateur Peter Jackson, le projet est pharaonique tant l’œuvre de Tolkien est riche et complexe. Depuis sa sortie, les trois films sont restés comme des incontournables dans l’imaginaire collectif. La trilogie est devenue l’un des piliers du genre. Elle a même permis un second souffle à la version papier.

Cependant, la réelle révolution en terme de fantasy au cinéma concerne une autre saga littéraire : Harry Potter[15]. Ce sont sept livres et huit films sur la trame officielle, sans compter Les Animaux Fantastiques. Le succès de la saga écrite par J.K. Rowling a permis à toute une flopée de cycles romanesques d’être adaptés avec plus ou moins de succès, allant d’Eragon à Twilight[16]. Ainsi, Harry Potter est devenue l’œuvre la plus vendue dans le monde à raison de 450 millions d’exemplaires[17] dans le monde. Cependant, le sorcier à la cicatrice n’a pas été le seul à populariser ce genre pluriel.

La fantasy cinématographique : inspirée par la littérature

En effet, une célèbre société d’animation avec un personnage iconique aux grandes oreilles a proposé un certain nombres d’adaptations de romans, contes et légendes. Parmi elles, on peut compter Merlin l’Enchanteur,[18] Peter Pan[19] ou la Planète au Trésor[20]. Même l’animation japonaise avec des films comme le Château Ambulant[21] reprennent les codes de ce genre. Enfin en termes de séries à la télévision, Alexandre Astier avec Kaamelott[22] a popularisé le sous-genre de la légende arthurienne tout comme la série britannique Merlin[23]. Au final, la fantasy est désormais présente sous toutes les coutures dans différents genres. Depuis quelques années, un nouveau genre a popularisé ce genre et ses sous-thèmes : le jeu de rôle.

Créé initialement par Gary Gygax, le jeu de rôle Donjon et Dragon[24] s’inspire de divers univers fantaisistes. Les joueurs incarnent des personnages qui peuvent être des créatures magiques, partant à l’aventure dans le but d’accomplir une quête. Le jeu se décline sur plusieurs plateaux, qui sont des cartographie de l’univers à explorer, sur laquelle les joueurs affrontent ou discutent avec d’autres personnages. Le tout est théâtralisé et mis en scène par un maître du jeu. Le succès de Donjon et Dragon a contribué à l’essor de cette contre-culture devenue aujourd’hui populaire. Le jeu vidéo a ensuite intégré ces codes et les a réadapté dans des jeux cultes comme Zelda, Final Fantasy ou Word of Warcraft. Les deux derniers sont des MMORPG, qui fonctionnent sur le même principe que les jeux de rôles papiers, mais qui se jouent en ligne. La web-série Noob[25] les parodient avec autant d’amour que de brio. 

Des mondes pluriels agrandissant la fantasy

Selon Gérard Guéro, co-auteur avec sa femme Anne de la BD Le collège invisible, il s’agit est un “moteur d’histoires”[26]. Comme il vous en est fait étalage ci-dessus, le genre dispose d’un très fort potentiel de transmédia. Comprenez, la fantasy peut rapidement transcender tous les univers médiatiques quels qu’ils soient. Au fil des années, le genre s’est révélé comme étant très codifié en toutes circonstances. Les auteurs peuvent jouer avec les codes. Le terreau le plus fertile pour la création de nouvelles histoires se pose dans la littérature jeunesse. L’imaginaire des contes permet une très grande flexibilité et chaque œuvre peut se nourrir de la précédente.

Le point décisif sur lequel repose le genre de la fantasy est celle du fameux écrivain britannique J.R.R Tolkien. Dans sa volonté de créer une mythologie définitivement ancrée à la Grande-Bretagne, le linguiste a finalement accouché d’une œuvre a portée internationale qui a par la suite influencé un grand nombre d’auteurs.

Tolkien a redonné vie à la fantasy ; il l’a rendue respectable ; il a fait naître un goût pour elle chez les lecteurs comme chez les éditeurs ; il a ramené les contes de fées et les mythes des marges de la littérature ; il a « élevé le niveau » pour les auteurs de fantasy. Son influence est si puissante et omniprésente que pour bien des auteurs, la difficulté n’a pas été de le suivre, mais de s’en dégager, de trouver leur propre voix […] Le monde de la Terre du Milieu, comme celui des contes de fées des frères Grimm au siècle précédent, est entré dans le mobilier mental du monde occidental

Tom Shippey, « Literature, Twentieth Century : Influence of Tolkien »[27]

Cependant, l’une des œuvres les plus intéressantes de Tolkien, outre le Silmarillion[27], se nomme “On Fairy-Stories” qui est un essai sur le conte de fées. Au sein de ce livre, il explique que le conte de fées crée de la “Fantasy”, ce qui correspond à la création d’un monde seconde qui s’oppose au monde réel.

En résumé

Pour résumer que peut on retenir de la fantasy ? Il s’agit d’un genre littéraire à la fois pluriel mais aussi transmédiatique. Ainsi, le propre de la fantasy est de pouvoir se diviser en sous-genre en fonction de ce qu’elle raconte. Elle a pour caractéristique de mettre en place des histoires qui se déroulent dans un monde plus ou moins proche du réel, sans que cela soit le cas. Il est possible de trouver des histoires du genre en bande dessinée, manga, dans la littérature, au cinéma, ou bien même dans les jeux vidéos. En bref, le genre est devenu depuis quelques années emblématique de la pop culture.

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Sources

[1]Larousse, dictionnaire en ligne, consulté le 22/11/2018
[2 ]Paul Mazon, texte grec et traduction en prose, Les Belles Lettres, 1938-1939, collection « Classiques en poche », 3 tomes, 1998, traduction reprise par Gallimard, collection « Folio », 1975, 592p. 
[3]Raymond-JacquesTournay et Aaron Shaffer, L’Épopée de Gilgamesh, Paris, Le Cerf, coll. « Littératures anciennes du Proche-Orient », 1994, 320 p. 
[4]« Les Métamorphoses », d’Ovide, traduit du latin par Marie Cosnay, L’Ogre, 528 p.
[5]Jacques Baudou, La fantasy, Presses universitaires de France, coll. « Que sais-je ? », 2005, 128p.
[6]Chisholm, Hugh, ed. (1922). “Hughes, Arthur”. Encyclopædia Britannica (12th ed.). London & New York: The Encyclopædia Britannica Company
[6]Anne Besson (dir.), Dictionnaire de la fantasy, Vendémiaire, 2018, 448p.
[7]André-François Ruaud, Cartographie du merveilleux, Gallimard, coll. « Folio SF », 2001, 287p. 
[8]
[9]Robert Weinberger, The Weird Tales Story, Wildside Press,1999, 134p.
[10]Damien Leloup, “Rencontre avec John Lang, le maître du donjon de Naheulbeuk“, Le Monde, 8/10/2019, consulté et mis à jour le 9/10/2019
[11]Patrick Gaumer, Dictionnaire mondial de la BD, Paris, Larousse, 2010, 1056p.
[12]Le Dictionnaire de Dragon Ball, Glénat, coll. « Art of », 1999, 312p.
[13]Juliette Durieux, “Violet Evergarden, un manga fantasy magnifique“, Revue de la Toile, mis à jour le 10/06/2021 consulté le 10/06/2021
[14]J. R. R. Tolkien (trad. de l’anglais par Daniel Lauzon, ill. Alan Lee), Le Seigneur des Anneaux [« The Lord of the Rings »], vol. 1 : La Fraternité de l’Anneau, Christian Bourgois, 2014, 2268-3 éd. (1re éd. 1954), 515 p. et J. R. R. Tolkien (trad. de l’anglais par Daniel Lauzon, ill. Alan Lee), Le Seigneur des Anneaux [« The Lord of the Rings »], vol. 2 : Les Deux Tours, Christian Bourgois, 2015, 2304-2 éd. (1re éd. 1954), 427 p. et J. R. R. Tolkien (trad. de l’anglais par Daniel Lauzon, ill. Alan Lee), Le Seigneur des Anneaux [« The Lord of the Rings »], vol. 3 : Le Retour du Roi, Christian Bourgois, 2016, 2337e éd. (1re éd. 1955), 517 p.
[15]Tsilla Aumigny, Justine Frugier, “Quels sont les mythes et les monstres dans Harry Potter“, Revue de la Toile, 11/03/2019, consulté le 11/03/2019
[16]Cécile Deshedin, “Hunger Games, Harry Potter, Twilight…Les livres Young Adult, ce n’est pas seulement pour les ados“, Slate, 24/07/2012 consulté le 20/11/2018
[17]”« Harry Potter » a 20 ans : la sage en 5 chiffres“, Le monde avec AFP, 26/06/2017, mis à jour le 26/06/2017
[18]Wolfgang Reitherman(real.), The Sword in the stone, Walt Disney Pictures, 1963, 79mn.
[19]Clyde Geronimi, Wilfred Jackson, Hamilton Lusk(real.), Peter Pan, Walt Disney Pictures, 1953, 76mn.
[20]Ron Clements et John Musker(real.), Treasure Planet, Walt Disney Pictures, 2002, 95mn.
[21]Hayao Miyazaki(real.), ハウルの動く城, Studios Ghibli, 2004, 119mn.
[22]Alexandre Astier (real.), Kaamelott, Livre I, 19/11/2005
[23]Julian Jones, Jake Michie, Johnny Capps, Julian Murphy(creat.), Merlin, BBC, 2008
[24]Micheal Witmer(aut.), Pierre Sagory(trad.), L’empire de l’imaginaire, Sycko, Paris, 2018, +300p.
[25]Antoine Jourdon, “Web-série Noob : Pourquoi Sparadrap a tout compris à Horizon ?“, Revue de la Toile, 3/08/2018
[26]Ange et Charles-Louis Detournay, « Ange (1/2) : « “Jack Black” est, comme “La Geste”, un moteur d’histoires » sur Actua BD, 12 janvier 2012
[27]Tom Shippey, « Literature, Twentieth Century : Influence of Tolkien », dans Michael D. C. Drout, J.R.R. Tolkien Encyclopedia, p. 381-382.

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