Tsilla Aumigny/ mai 1, 2022/ 0 comments

La chronique des Bridgerton est une romance historique se déroulant au XIXème siècle. Si vous avez adoré les livres de Julia Quinn ou la série Netflix produite par Shonda Rhimes, vous aimerez aussi…

Les Liaisons dangereuses de Pierre Choderlos de Laclos (1782)

Les liaisons dangereuses nous raconte comment un duo d’aristocrates libertins, Valmont et Merteuil, pervers manipulateurs et narcissiques, réussissent à semer la zizanie au sein de la petite noblesse du XVIIIème siècle. Le Vicomte de Valmont tente de séduire la Présidente de Tourvel, fervente catholique mariée. N’y parvenant pas, il passera un pacte avec la marquise de Merteuil. Son ex-amante se servira de lui pour séduire la jeune Cécile de Volanges, dont la mère désire marier sa fille Cécile à un homme ayant humilié la marquise de Merteuil. Leur but ? Se venger de Madame de Volanges, qui a répandu des rumeurs de libertinage, freinant le vicomte dans sa conquête de la présidente de Tourvel… La récompense de Valmont s’il réussit ? Une nuit d’amour avec la marquise.

Ce roman épistolaire a marqué les esprits par son intrigue qui se complexifie au fur et à mesure des lettres que s’envoient les protagonistes. Il nous offre plusieurs points de vue, lesquels permettent tour-à-tour de rire ou de compatir aux malheurs des personnages principaux. Le message final est puissant, et la morale de l’histoire, tragique, révèle toute la splendeur et la misère des relations humaines. Son auteur, Pierre Choderlos de Laclos était qui plus est un féministe convaincu, qui a su donner une voix aux femmes de son époque, et démontrer que la connaissance et l’éducation étaient le meilleur des remèdes à la manipulation.

Malgré un style vieilli -par l’emploi de l’imparfait du subjonctif-, ce roman n’a pas pris une ride, et continuera d’inspirer encore longtemps.

Bande-annonce du film de Stephen Frears

Le film culte de Stephen Frears en 1988 a dépoussiéré cette œuvre magistrale de la littérature française, qui a probablement inspiré le personnage de Lady Whistledown et du Duc de Hastings dans La chronique des Bridgerton Mais pas seulement ! Nombre de livres/séries contemporaines comme Gossip Girl ou Vampire Diaries lui doivent énormément. En effet, Chuck Bass et Damon Salvatore sont les descendants du vicomte de Valmont, tandis que Blair et Catherine n’ont rien à envier à la marquise de Merteuil ! Si vous adorez détester les personnages principaux d’une intrigue et les dramas historiques, alors n’hésitez plus et foncez lire ou regarder Les liaisons dangereuses !

La série de livres Rebelles (tome 1), Rumeurs (tome 2), Tricheuses (tome 3), Vénéneuses (tome 4) d’Anna Godbersen (2007)

L’intrigue de cette série livresque débute dans les riches quartiers de Manhattan, en 1899, où la belle Elizabeth Holland s’apprête à épouser Henry Schoonmaker, un jeune libertin dont la famille est ruinée. Cette union sans amour déplaît à de nombreuses personnes, dont Pénélope, l’amante d’Henry, qui mettra tout en œuvre pour les faire rompre. Elizabeth pourra compter sur le soutien de sa sœur, Diana, rebelle passionnée et passionnante, mais devra aussi faire face aux coups bas de sa femme de chambre Carolina, une ambitieuse prête à tout pour intégrer la haute société…

Sans compter sur les journaux à scandales qui diffusent les pires rumeurs pour diffamer chacun des personnages.

Extrait :

– Le célèbre Henry Schoonmaker ! lui dit-elle, affrontant courageusement son regard. L’homme qui ne tient pas en place et qui brise tous les coeurs. C’est bien ce que l’on dit, n’est-ce pas ?

– Pourquoi vous, les jeunes filles, aimez-vous tant les potins ? lui rétorqua-t-il.

Elle était assez proche de lui pour sentir son odeur. Une odeur de brillantine mêlée à celle du tabac, sans compter un léger parfum de femme, du moins à ce moment-là. Elle le regarda : il avait une expression amusée.

– Vous croyez tout ce qu’on raconte à mon sujet ? chuchota-t-il.

– Si c’est vrai, alors vous êtes quelqu’un de très intéressant, dit-elle en souriant et en se mordant malicieusement la lèvre inférieure.

– Eh bien, je nie catégoriquement. Sauf que j’aime les jolies filles, ça c’est plus ou moins vrai. Mais quel âge avez-vous donc ? Votre sortie dans le monde doit dater d’hier. Regardez-vous, personne ne vous a probablement jamais embrassée, et vous…

– Si, on m’a déjà embrassée ! l’interrompit-elle, enfantine.

Elle se sentit rougir, mais elle exultait trop pour s’en soucier.

– Sûrement pas très bien, alors, je parie ! répondit Henry en levant les sourcils d’un air dubitatif.

Si l’intrigue paraît prémâchée, vue et revue, elle se distille sa complexité dans des intrigues principales et secondaires bien écrites et bien contées.

Les personnages ne sont pas des archétypes, au contraire, ils sont très profonds. Les secrets qu’ils dévoilent pimentent le récit au fur et à mesure de sa progression. Les différents protagonistes nous font vivre des aventures palpitantes qui vont bien au-delà de simples intrigues de cours et de romances. De plus, le background historique est décrit avec énormément de réalisme, malgré sa romantisation. En tournant les pages de ces romans, nous nous transportons au cœur du Manatthan de cette époque. Nous nous promenons au milieu des robes majestueuses et des colliers en diamants, dans les salles de réception où les bals sont donnés. C’est probablement la plus grande force de cette saga littéraire : nous faire vivre et découvrir un siècle que nous ne vivrons jamais. Ces quatre romans sont des petits bijoux à lire, relire, et à faire découvrir.

La saga des Sambre d’Ysalaire et Balac (depuis 1986)

Sambre raconte l’histoire d’une dynastie bourgeoise du XVIIIème à la fin du XIXème siècle, affectée par la fatalité depuis la nuit des temps. Tous les membres de cette famille s’entichent de personnes aux yeux rouge sang, une hérédité génétique maladive qui se transmet de générations en générations. Tous vivent une histoire romantique et tragique, un amour impossible qui les conduit sur des chemins sombres et dramatiques. Et l’histoire de cette romance mortifère se répète inlassablement, de générations en générations, exactement comme cette malédiction des yeux sang.

Les différents cycles nous relate La guerre des Sambre qui comprend les idylles d’Augustin-Maxime et Constance, Werner et Charlotte, Hugo et Iris. Puis vient le cycle Sambre, avec Bernard et Julie, Bernard-Marie et Judith, Nelson et Judith. Chaque histoire fait référence à une œuvre ou un artiste de son temps : Werner et Charlotte sont par exemple de célèbres avatars de Werther et Charlotte, personnages du roman de Goethe, Les souffrances du jeune Werther, qui a préfiguré le romantisme européen. Quant à Hugo et Iris, ils évoquent bien sûr Victor Hugo, et Juliette Drouet, sa maîtresse, une actrice restée près de cinquante ans à ses côtés.

Outre les histoires qui sont aussi sublimes que funestes, ce sont les dessins et les traits de crayons stylisés des dessinateurs et des coloristes qui sont magnifiques.

Chaque page transmet une histoire d’amour hors norme et hors du temps. Chaque page transporte en elle une beauté singulière, un univers noir, mais sublime et envoûtant. Toute une poésie se déroule dans les dialogues, qui sont tantôt drôles et mordants, tantôt cruels. Le tout est savamment dosé, avec des personnages qui font preuve d’une grande ambiguïté.

De plus, tous les récits sont documentés sur le plan historique. Chaque vignette bénéficie d’une mise en scène déroutante, qui peuvent rappeler des tableaux, des mouvements artistiques. Tous ces récits, tous ces personnages ont une âme, et laissent une trace indélébile dans votre imaginaire. Pourtant, chaque nouvelle lecture apporte son flots de détails qu’il aurait été impossible de voir en une seule fois. Ce sont des œuvres qui peuvent se lire et se relire, tant elles regorgent de beauté à découvrir et explorer.

Raisons et Sentiments de Jane Austen

Si Orgueil et préjugés, célèbre roman de Jane Austen, a clairement inspiré La chronique des Bridgerton, Raisons et Sentiments n’est pas en reste ! Son autrice, Jane Austen, est une source intarissable d’inspiration pour Julia Quinn.

Jane Austen est probablement l’une des plus grande romancière de son temps. Elle a su s’imposer et imposer son style, s’émanciper du poids d’une société rigide. C’est grâce à sa plume, son humour incisif et son ironie, qu’elle a pu se faire une place dans le panthéon littéraire. Toutes ses œuvres ont connu un succès qui a perduré au-delà de leur temps. Raisons et Sentiments est son tout premier roman, écrit alors qu’elle n’avait pas encore 21 ans. Adapté plusieurs fois sur les écrans, cet ouvrage ne connait pas l’écho du succès de son petit frère : Orgueil et préjugés.

Raison et Sentiments ou Le Coeur et la Raison (ou Sense et Sensibility) met en scène une famille ruinée, et plus particulièrement deux jeunes femmes : Marianne et Elinor.

Marianne est une artiste passionnée, désinvolte, extravertie et sentimentale. Elinor est plus réservée, responsable, introvertie et raisonnable. Elinor, 19 ans, et Marianne, 17 ans, perdent leur père, Henry Dashwood, au début du roman. Désemparée, elles doivent quitter Norland, leur luxueuse demeure, avec leur soeur Margaret et leur mère, lorsque leur demi-frère né d’un précédent mariage, héritier du domaine, les chasse sous l’influence de sa femme Fanny Ferrars.

Quittant Norland, elles se réfugient à Barton Cottage, où Sir John Middleton, un de leur parent, leur a généreusement offert ses terres. Grâce à lui, elles feront la connaissance de la société du Devon :  le colonel Brandon, Mr Palmer, les demoiselles Steele (Anne et Lucy) et John Wiloughby. Alors que Marianne se pâme d’amour pour John Wiloughby, Elinor n’ose avouer ses sentiments à Edward Ferrars,  l’aîné des frères de sa désagréable belle-sœur.

Extrait

Marianne Dashwood était venue au monde pour jouir d’un destin extraordinaire. Elle était née pour découvrir la fausseté de ses propres opinions et pour contredire par sa conduite ses maximes les plus chères.

L’intrigue pourrait laisser croire que les filles vont expérimenter l’amour et vivre de merveilleuses passions.

Pourtant, Raison et Sentiments évoque avant tout la peine des tous premiers chagrins d’amour. C’est un roman sensible, délicat, qui se laisse lire, et dont l’ironie est mordante dans les scènes romantiques. Elinor et Marianne entretiennent le même type de relation que Daphné et Eloïse. L’une est intellectuelle, l’autre est passionnelle. Leur relation est centrale dans ce roman et aiguille leurs décisions respectives. A mesure qu’elles grandissent, Elinor apprend à exprimer ses sentiments, tandis que Marianne s’assagit. Plus qu’une romance, Raison et Sentiments est avant tout une grande fresque familiale, débordant de vie et d’humour.

On ne badine pas avec l’amour d’Alfred de Musset (1834)

Alfred de Musset est connu comme étant l’un des chefs de file du romantisme français. Inspirée par sa relation tumultueuse avec George Sand, sa pièce de théâtre On ne badine pas avec l’amour retrace un amour impossible et passionnel, entre deux êtres que tout oppose.

L’action se déroule dans un château, au XIXème siècle. La nièce du Baron, Camille, 18 ans, tout juste sortie du couvent, revoit pour la première fois son cousin avec qui elle a grandi : Perdican, 21 ans, qui vient de terminer son doctorat. Les deux jeunes gens sont immédiatement attirés l’un par l’autre, et le Baron a pour projet de les marier. Cependant, Camille, influencée par une éducation religieuse stricte, décide de se dévouer à Dieu et se détourner de ses sentiments. Perdican, blessé dans son orgueil, tentera de la rendre jalouse.

Si vous appréciez les relations conflictuelles, les relations triangulaires, les joutes verbales drôles et cinglantes, les dialogues forts en émotions… Si vous aimez que les personnages principaux se disputent et s’exaspèrent parce qu’ils s’aiment, comme Kate et Anthony dans la Chronique des Bridgerton, vous adorerez On ne badine pas avec l’amour.

Extrait :

PERDICAN. – Adieu, Camille, retourne à ton couvent, et lorsqu’on te fera de ces récits hideux qui t’ont empoisonnée, réponds ce que je vais te dire : Tous les hommes sont menteurs, inconstants, faux, bavards, hypocrites, orgueilleux et lâches, méprisables et sensuels ; toutes les femmes sont perfides, artificieuses, vaniteuses, curieuses et dépravées ; le monde n’est qu’un égout sans fond où les phoques les plus informes rampent et se tordent sur des montagnes de fange ; mais il y a au monde une chose sainte et sublime, c’est l’union de deux de ces êtres si imparfaits et si affreux. On est souvent trompé en amour, souvent blessé et souvent malheureux ; mais on aime, et quand on est sur le bord de sa tombe, on se retourne pour regarder en arrière ; et on se dit : « J’ai souffert souvent, je me suis trompé quelquefois, mais j’ai aimé. C’est moi qui ai vécu, et non pas un être factice créé par mon orgueil et mon ennui. »

Musset, On ne badine pas avec l’amour (Acte II, scène 5), 1835

Cette tirade vous dit quelque chose ? Vous l’avez peut-être entendue dans l’Etudiante (de Claude Pinoteau avec Sophie Marceau et Vincent Lindon) ou dans d’autres fictions ? Mais vous ne saviez pas d’où il venait ? Mais…qu’attendez-vous pour lire ce chef d’œuvre romantique ?

Effi Briest de Theodore Fontane (1894)

Roman allemand qui connut un succès fulgurant à son époque, Effi Briest nous relate l’histoire d’une jeune artistocrate de 17 ans mariée au baron Geert von Innstetten, de 11 ans son aîné. Ce dernier avait dans sa jeunesse courtisé sa mère, et très vite, Effi s’ennuie près de cet homme qui ne la comble nullement. Démunie et coincée dans un mariage qui ne lui convient pas, Effi finit par succomber à l’infidélité, avant de vivre d’autres tourments.

Extrait :

« Le monde est ce qu’il est ; les choses ne vont pas comme nous le voulons, mais comme les autres le veulent. Le jugement de Dieu, dont parlent certains en montant sur leurs grands chevaux, est certainement une absurdité ; laissons cela ; inversement, notre culte de l’honneur est le culte d’une idole, mais nous devons nous y soumettre, tant qu’il y a des idoles » (p. 277).

Effi Briest (trad. de l’allemand par A. Cœuroy, J. Rovan), Paris, Gallimard, coll. « L’Imaginaire », 1894 (réimpr. 2001, 2007), 346 p.

Cette œuvre fait partie des piliers de la littérature allemande, mais n’est que très peu connue du grand public en France. Elle a notamment influencé de nombreux poètes et auteur·trice·s à travers les décennies, comme Thomas Mann. Son écriture, réaliste, dessine avec pudeur et profondeur les sentiments de l’héroïne. Malgré la candeur et la puérilité du personnage principal, il est aisé de s’attacher à ces protagonistes et se reconnaître dans leurs émois. Effi Briest porte des réflexions lucides et intelligentes sur les relations humaines, tout en décrivant la rigidité d’une époque où le divorce équivalait à une mort sociale. Effi Briest est un livre à posséder absolument dans sa bibliothèque !

Cet article n’est pas sponsorisé. D’ailleurs, la plupart des œuvres proposées sont disponibles gratuitement sur internet !

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