Revue de la Toile

L’Empire de l’imaginaire, un portrait fidèle de Gary Gygax

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Nous avons lu en avant première L’Empire de l’imaginaire qui relate la vie de Gary Gygax, l’un des créateurs du jeu et de la franchise Donjons et Dragons. Verdict.

Lorsque j’ai reçu L’empire de l’imaginaire de Michael Witwer, publié par Sycko éditions, j’étais en train de lire Le Seigneur des Anneaux. Il m’a donc fallu faire une pause pour lire cette biographie, et je déteste interrompre mes lectures. Cependant, l’idée d’en savoir plus sur la vie d’un homme, que j’admire particulièrement, m’a emballée. L’empire de l’imaginaire nous dévoile la vie de Gary Gygax. Ce dernier est connu comme étant game-disgner du jeu de rôle Donjons et Dragons. C’est aussi l’un des pères de la pop culture actuelle.

L’empire de l’imaginaire de Michael Witwer, édité par Sycko, est actuellement proposé en prévente sur la plateforme de crowfunding Ulule. Il ne reste que quelques jours pour le commander.

Avant de démarrer ma chronique, je vais donc vous faire un rapide état des lieux du jeu Donjons et Dragons, pour ceux qui ne seraient pas intimes avec le concept. Pour ceux qui le sont, j’ai glissé quelques références à la pop-culture, histoire de vous amuser un peu.

En quoi consiste le jeu Donjons et Dragons ?

Pour ceux qui n’y ont jamais joué, Donjons et Dragons est un jeu de rôle sur table, aka THE BEST THING EVER. Chaque joueur-euse commence par créer un personnage, ce qui prend plusieurs heures.

Le-la joueur-euse doit en effet choisir sa race (homme, nain, elfe, etc.), sa classe (guerrier, sorcier, paladin, ménestrel, renifleur de donuts), sa religion, son alignement (bon, neutre ou mauvais et loyal, neutre ou rebelle), son équipement (armes, armure, deux bouteilles d’huile, du papier toilette, des éponges et une boîte de raviolis), ses sorts; ses pouvoirs et les conséquences de ceux-ci, la couleur de ses yeux, la couleur de ses cheveux, son nom, prénom, âge, sexe (féminin, masculin, non-binaire), son passé, et ses objectifs personnels. Et remplir des tonnes de feuilles avec toutes ses informations, sans s’endormir.

Après avoir terminé leur création, les joueur-euses se réunissent autour d’une table. Le jeu consiste à incarner leur personnage et survivre à des aventures épiques, créées par le sadisme d’un maître du jeu (MJ pour les intimes). Ils forment alors une communauté et font évoluer une intrigue élaborée par le MJ, lequel leur donne une quête à accomplir. Par la parole et le pouvoir de leur jeu théâtral, les joueur-euses deviennent les héros-oïnes qu’ils voudraient être. Le tout se déroule dans un univers digne du Seigneur des Anneaux.

Au passage, Gygax n’aimait pas le Seigneur des Anneaux. Sa biographie l’atteste au moins six fois.

Les joueur-euses évoluent en réalité sur une carte, et bougent des pions les représentant. Leurs actions sont déterminées par le sort des dés, lesquels peuvent comporter jusqu’à vingt faces. Un système de points, de bonus et de malus est définis suivant les situations. La réussite ou l’échec de leur jeu est laissée à l’appréciation du MJ tout puissant.

Je vous conseille cette vidéo du Grimoire d’Arthur qui présente à merveille le jeu.

Donjon et Dragon : la pop-culture en héritage

Les héritages de ce jeu sont nombreux : les MMORPG tels Warcraft ou Noob, les univers médiévaux-fantastiques comme Skyrim. Bref, pas de Gary Gygax, pas de Donjons et Dragons, pas de Donjons et Dragons, pas de MMORPG, pas de MMORPG, pas de MMORPG.

Plus largement, l’engouement de Gary Gygax pour ces univers a permis indirectement l’émergence et le succès d’œuvres de Science-fiction, de Fantasy, ou la popularisation du médiéval fantastique. A tel point, qu’aujourd’hui ces courants (et tous les autres, je ne vous ai cité que les principaux) sont de plus en plus difficiles à définir, tant les lignes qui les séparent s’amincissent d’œuvres en œuvres. Il est certain que les sagas comme Harry Potter ou les séries comme Kaamelott n’auraient pas connu un tel succès si les créations de Gygax n’avaient pas elles-mêmes été les pionnières du genre. 

Que savais-je de Gygax avant de lire L’Empire de l’imaginaire ?

Je savais que Gygax était passionné par les magasines Fairy Tales, à qui l’on doit la popularisation de figures devenues aujourd’hui mythiques, telles Conan le barbare. Je savais qu’il avait fondé une franchise qui deviendrait un empire, avant de sombrer dans la misère la plus totale, puis qu’il renaîtrait à nouveau de ses cendres. Gary Gygax, mi-Anakin Skywalker, mi-phœnix.

Génie qui a révolutionné les jeux de plateaux, et posé les bases de nombreux univers de l’heroic-fantasy actuelle, créé la première convention de Jeux de rôle et lancé une machine économique colossale. Auteur sacrifié sur l’autel du profit, Gary Gygax était finalement une figure crépusculaire dans mon propre imaginaire. Je ne connaissais que très peu de choses de sa vie privée, et encore moins de sa prime jeunesse.

Que m’a apporté Lempire de l’imaginaire de Michael Witwer ?

L’empire de l’imaginaire est captivant : Gary Gygax aurait certainement grandement apprécié de se découvrir comme le héros de son propre roman. Les scènes décrites le sont avec verve et passion, et j’ai vraiment eu l’impression d’être immergée dans le cœur et dans les pensées de Gary Gygax. Ce livre réussit le pari d’être à la fois instructif et divertissant.

Michael Witwer, l’auteur de L’empire de l’imaginaire

L’empire de l’imaginaire, une biographie fidèle de Gary Gygax

Grâce à ce livre, j’ai appris énormément d’anecdotes sur la vie de Gary Gygax, de sa naissance à sa mort, comme par exemple l’origine de son prénom, ou le fait que l’oganisation de sa première convention ait été aussi stressante pour lui. J’ai pu connaître toutes les personnes qui ont fait partie de sa vie, pour le meilleur et pour le pire. En outre, j’ai particulièrement apprécié sa relation avec son ex-femme Mary Jo et son meilleur ami, Don. J’ai aussi découvert l’amitié tumultueuse qu’il a entretenue avec le créateur de Donjons et Dragons, Dave Arneson.

Le portrait de Gygax est quant à lui dépeint avec une grande finesse : ce créateur nous est présenté dans ses excès, mais aussi, dans ses moments de grâce. Cette biographie ne se contente pas de nous desservir une image idyllique et idéale de Gary Gygax, elle nous confronte aussi à ses côtés plus sombres.

Un travail de recherches minutieux et titanesque !

J’ai pu appréhender sa vie sous divers aspects : intime, professionnel, amical, familial, créatif. Créateur talentueux, entrepreneur pragmatique, hipster idéaliste, père impatient, mari absent. Gary Gygax était tout cela à la fois. L’empire de l’imaginaire lui rend un hommage fidèle. Il retrace avec précision et exactitude toutes ses imperfections.

Je ne peux que saluer également le travail dantesque qui a été réalisé pour mener ce projet à terme. Les appendices sont nombreux, tout comme les notes de l’éditeur qui permettent de contextualiser l’intrigue. Les sources citées auraient pu servir à écrire une thèse ! L’empire de l’imaginaire n’est pas seulement une pure romance, c’est avant tout un véritable travail de détective. La bibliographie fournie peut en attester.

Le point noir de cette biographie : la construction bancale de l’intrigue

Le seul gros point noir de cette biographie reste sa construction à la fois savante et bordélique. L’empire de l’imaginaire nous est vendu, par Michael Witwer, comme un roman biographique. La présentation du sommaire, sous forme de level à gravir, est attrayante et amusante. La narration d’une partie de Donjons et Dragons à chaque nouveau chapitre l’est aussi. Néanmoins, la construction de l’intrigue reste laborieuse, et dans l’ensemble, plutôt bancale.

L’incipit nous présente un Gary Gygax à l’apothéose de sa chute, divorcé, alcoolique, désespéré. Il vient de perdre à la fois sa femme et sa société. Il vit dans un petit appartement avec sa nouvelle compagne, Gail. J’étais en haleine. Que va devenir Gygax, comment peut-il se relever ? Je tourne la page, et là, je ressens une grosse déception. Il s’agit d’une succession de chapitres. Ils sont sous forme de flashbacks (ou analepses si vous préférez le terme littéraire) et ils relatent son enfance.

Je comprends tout à fait l’intention de l’auteur : nous raconter comment Gary Gygax en est arrivé là. Toutefois, je trouve la construction maladroite et peu pertinente. On se perd de chapitres en chapitres dans la chronologie. Un coup, on suit le fil d’un moment précis, un autre, plusieurs mois voire années sautent d’un chapitre à l’autre.

Sur ce, je vous laisse pré-commander L’empire de l’imaginaire, et je m’en vais retrouver Merry, Pippin et les arbres qui parlent !

Longue vie et prospérité !

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