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Alexandre de la Patellière et Matthieu Delaporte signent une nouvelle adaptation de Dumas, après Les Trois Mousquetaires. Dont, on se rappelle, le premier film était extrêmement prometteur et le second extrêmement décevant. Qu’en est-il donc de leur adaptation du Comte de Monte-Cristo avec Pierre Niney ? « Extraordinaire, vraiment extraordinaire » selon le magazine Première… Mais l’est-elle réellement ?

A première vue : oui. Le Comte de Monte-Cristo est un excellent film ! On ne s’ennuie pas une seconde durant ce film de trois heures. Les décors et les costumes d’époque sont certes magnifiques… Mais les scénaristes ont aussi conservé de lourds défauts qui étaient déjà présent dans les films des Trois Mousquetaires.

Beaucoup d’action, de très belles images, un renouveau des film historiques avec notamment plein de références à Assassin’s Creed, quelques répliques tirées du roman, un respect des grandes lignes de l’histoire et un changement total des péripéties. Il semble qu’ils appliquent une fois encore cette même recette ! Qui parfois fonctionne, et parfois, pas du tout…

Tout d’abord, qu’est-ce que l’histoire du Comte de Monte-Cristo ?

Le Comte de Monte-Cristo est, avec Les Trois Mousquetaires, l’un des deux chefs-d’œuvre d’Alexandre Dumas. Il raconte l’histoire d’Edmond Dantès qui, trahi par trois amis jaloux, est arrêté injustement alors qu’il était sur le point de se marier avec la belle Mercédès. Après avoir passé quatorze ans en prison, il s’évade, trouve un trésor et devient le mystérieux comte de Monte-Cristo. Un justicier solitaire qui, à l’image de Dieu, entend juger et punir un par un les trois conspirateurs : Danglars, Caderousse et Fernand, ainsi que leur complice, le procureur Villefort, qui lui ont volé toute sa vie, depuis sa carrière jusqu’à sa fiancée…

Ce roman est considéré comme l’une des premières histoires centrées sur un justicier sombre et une vengeance qui dégénère peu à peu. Il aurait même inspiré en partie le personnage de Batman dans la pop culture moderne…

Analyse du Comte de Monte-Cristo 2024 : quels sont les points positifs et les défauts de cette adaptation ?

Ce qu’on a adoré dans le film…

Orientalisme, aventure, occultisme… On retrouve tour à tour les différentes atmosphères du roman :

C’est un véritable souffle d’aventure, surtout le passage de la découverte du trésor. De plus, le côté mystique et faussement oriental du Comte de Monte-Cristo est (pour une fois !) très bien respecté.

L’orientalisme est aussi présent à travers le personnage d’Haydée, la jeune esclave grecque qui devient la complice du Comte de Monte-Cristo. Et sa maîtresse dans le livre. Mais le film a préféré la présenter comme sa filleule… Personnage parfois supprimé des adaptations car jugé polémique. Il faut rappeler aussi que ‘orientalisme du XIXe siècle tombait dans des clichés qui pouvaient dénigrer les cultures orientales. Cette fois, l’Orient et Haydée sont particulièrement mis en valeur : le scénario leur donne un rôle intéressant et parvient à conserver leur côté séduisant, sans être cliché comme dans le roman. La scène d’apparition d’Haydée est très réussie.

Haydée dans le film. Brune et coiffée comme une danseuse espagnole, elle porte une robe blanche et est assise avec une guitare au milieu d'un salon oriental.
Source : Le Comte de Monte-Cristo. © Chapter 2 / Pathé / M6 Films. Tous droits réservés. Description : Haydée (Anamaria Vartolomei) dans le salon ottoman de Monte-Cristo. Si vous avez aimé le film, je vous invite au passage à visiter le véritable château de Monte-Cristo, qu’Alexandre Dumas a fait construire à Port-Marly et qui comporte effectivement un salon oriental.

Une bonne représentation de l’époque romantique :

Alexandre Dumas appartient, comme Victor Hugo, au mouvement du romantisme. Et le film tente plus ou moins d’être fidèle à ce style.

Le personnage d’Albert (le fils de Mercédès et de Fernand) est une très bonne représentation de l’archétype du jeune premier romantique : très beau, très jeune et très naïf ; amoureux fou et prêt à tuer ou à se suicider par amour… Puisque les scénaristes comptent adapter un jour Le Vicomte de Bragelonne (la suite des Trois Mousquetaires), c’est exactement ainsi qu’il leur faudra représenter Raoul, le fils d’Athos. Dans le cinéma moderne, où les hommes sensibles ne sont pas à la mode, c’est bien de voir reparaître de temps à autre ce style de personnage, typique du romantisme.

L’histoire d’amour désormais impossible du Comte et de Mercédès est très émouvante. Même si le film s’attarde peut-être un peu trop dessus. Pour une fois, aussi, le film évoque ouvertement l’homosexualité d’Eugénie (la fille de Danglars) et de Louise, élément qui n’était jamais gardé dans les vieilles adaptations.

Ce qu’on a moins aimé…

Comme pour Les Trois Mousquetaires, les scénaristes ont une fâcheuse tendance à occulter les scènes les plus célèbres du livre. Et à rajouter des personnages et des péripéties qui n’apportent rien à l’histoire !

Dans Les Trois Mousquetaires, déjà, les scénaristes avaient délibérément supprimé le célèbre passage où les mousquetaires se sacrifient un à un sur la route d’Angleterre. Et, plus grave, celle où ils exécutent arbitrairement Milady ! Alors qu’ils avaient vendu leur adaptation comme une tentative de mettre en avant la noirceur du livre…

…Eh bien ici, c’est pareil ! Pour ne prendre que le début du film : Où est passée la célèbre scène dans laquelle les trois conspirateurs se réunissent pour écrire la lettre qui doit faire accuser Dantès ? A quoi sert Angèle, cette espionne inventée par le film et très mal intégrée dans l’histoire ? Est-ce normal que l’un des trois conspirateurs, Caderousse, ait été complètement oublié ?

S’il respecte globalement la trame du livre, le film change à la fois les personnalités des personnages et le déroulement des vengeances, qui sont édulcorées. Et il multiplie les petits changements scénaristiques qui n’ont d’autre effet que de rendre le tout incohérent. On dirait que les scénaristes considèrent que certains éléments ou certaines scènes célèbres sont tellement connus qu’il faudrait absolument les changer pour surprendre… Alors que c’est précisément ces éléments célèbres, très ancrés dans l’imaginaire collectif, que le public veut voir !

Quand à Angèle, rappelons que dans Les Trois Mousquetaires aussi, les scénaristes avait inventé une espionne qui n’existait pas dans le roman, Isabelle de Valcour, pour faire des raccourcis dans l’intrigue au début du film… Preuve de leur manque d’inventivité : ils réutilisent en boucle les mêmes ficelles scénaristiques !

Les trois conspirateurs, réunis autour d'une table de jeu, dans la deuxième partie du film. Ils ont tous des airs suspects et patibulaires.
Source : Le Comte de Monte-Cristo. © Chapter 2 / Pathé / M6 Films. Tous droits réservés. Description : Le trio d’antagonistes est composé de Danglars (Patrick Mille), Villefort (Laurent Lafitte) et Fernand (Bastien Bouillon). Dans ce film, Caderousse apparaît à peine, faute de temps.

Une tendance au grand spectacle qui prend le pas sur le scénario et sur le réalisme historique…

La scène de l’arrestation, par exemple, est complètement irréaliste ! Edmond Dantès est normalement arrêté lors de son banquet de fiançailles… Mais ici, les scénaristes ont trouvé plus percutant que des soldats débarquent carrément avec leurs armes au beau milieu de son mariage à l’église ! Ce qui, au XIXe siècle en France, est évidemment impensable ! Les soldats auraient au moins attendu qu’il sorte de l’église.

La scène où le procureur Villefort tente d’étrangler Angèle est également irréaliste. Villefort est un homme de loi véreux, pas un assassin brutal. Cela révèle un manque total de subtilité de la part des scénaristes, qui semblent s’être simplement demandé : « Comment faire comprendre rapidement au public que ce personnage est méchant ? »

Enfin, la scène où le Comte de Monte-Cristo se fait passer pour un Anglais ridicule est censée être une touche comique. Mais elle est surtout très insultante pour les Britanniques ! C’est un humour qu’on aurait sans doute moins apprécié si un film anglais avait fait la même chose sur la France, et qu’on ne se serait certainement pas permis avec d’autres pays.

…Mais toutes ces critiques sur le manque de subtilité, l’incohérence du scénario, les dialogues parfois bas de gamme, ou encore la volonté de privilégier le spectacle et l’action, ont déjà été émise par le collectif d’artistes Les Dumariolles dans leur interview sur les films des Trois Mousquetaires. Preuve qu’il s’agit véritablement de défauts récurrents.

En conclusion ! Le Comte de Monte-Cristo 2024 : Chef d’œuvre ou blockbuster commercial ?

Cette adaptation reste un très bon film, capable de faire vibrer et rêver, qui donnera sûrement envie de lire ou de relire le livre. Mais qui ne rend certainement pas toute la complexité de l’histoire et s’éloigne par moments inutilement du scénario du roman.

Les scénaristes ont, comme d’habitude, une approche à la fois très prétentieuse et finalement peu respectueuse du roman original comme du public. Puisqu’ils semblent considérer que les spectateurs seraient incapables de s’intéresser à l’histoire s’ils n’y ajoutaient pas des montagnes de scènes d’action, de violence et de péripéties inutiles. Tout en atténuant par ailleurs les aspects les plus cruels et la véritable complexité du roman.

Toutefois, comme pour le premier film des Trois Mousquetaires, il faut souligner que beaucoup de fans du roman adhèrent en fait totalement à cette adaptation moderne et ambitieuse. Cette recette donnera sans doute lieu à un débat entre puristes et partisans d’adaptations plus libres, mais elle continue donc de fonctionner, malgré des défauts persistants.

Le comte de Monte-Cristo, de trois quarts dos, avec sa silhouette caractéristique : redingote noire, canne et haut de forme.
Source : Le Comte de Monte-Cristo. © Chapter 2 / Pathé / M6 Films. Tous droits réservés.

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Umeboshi : prune japonaise séchée et amer

Rédigé par Umeboshi

Rédactrice, Relectrice SEO, Community Manager, enfant prodige, passionnée d’univers gothiques, mangaphile, parle le japonais couramment, a rédigé une thèse de 80 pages sur JoJo’s Bizarre Adventure.

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