En écrivant nos précédents articles sur les adaptations et sur les fans des Misérables, nous avons remarqué qu’un personnage différait souvent d’un film à l’autre et divisait les lecteurs… Ce personnage, c’est l’inspecteur Javert. On le sait extrêmement populaire auprès des fans, même si les personnages préférés restent les étudiants révolutionnaires, Enjolras et les Amis de l’ABC. Certains lecteurs en parlent donc avec transport, quand d’autres deviennent froids à son évocation. Dans les adaptations, il est à la fois trop présent et trop mal exploité. Pourquoi ? On analyse ici l’évolution du personnage dans la pop culture et ses différentes interprétations…

I/ Un personnage complexe, aux interprétations multiples

Javert est l’un des personnages les plus sous-estimés de la littérature ! Beaucoup plus complexe qu’il n’y paraît, il offre une infinité d’interprétations. Parfois contradictoires…

Le roman Les Misérables oppose le peuple à une société injuste et oppressive, celle de la monarchie de Juillet. Or, parmi les dix personnages principaux (Jean Valjean, Monseigneur Myriel, Fantine, Javert, Cosette, Thénardier, Gavroche, Eponine, Marius et Enjolras), Javert est le seul qui défend la société établie et qui prend parti pour la monarchie, contre le peuple, lors des barricades. Ironique, puisque Javert est lui-même un paria : il est né en prison et son père était un bagnard. Javert est donc également un traître : il a renié ses origines pour devenir un policier fanatique qui sert aveuglément la loi. Pour autant, il n’est pas hypocrite et il sert avec honneur le parti qu’il a choisi, allant jusqu’à se suicider lorsqu’il comprend que sa cause était mauvaise. Il est donc aussi une victime, c’est pourquoi on le compte parmi les personnages principaux, les « misérables ».

Pendant la majeure partie du roman, Javert agit simplement comme l’instrument de la loi, la fatalité qui poursuit Jean Valjean. Comme la loi, donc, il est aveugle et implacable. Ce qui l’amène à causer involontairement la mort de Fantine, lors d’un épisode très célèbre. C’est pourquoi beaucoup de lecteurs le retiennent comme un bourreau insensible. Parfois même comme le « méchant » de l’histoire.

Pourtant, Javert possède aussi de nombreux points communs et parallèles avec Jean Valjean. Pour commencer, tous deux sont inspirés du même personnage historique : Vidocq, un ancien bagnard qui devient un redoutable policier. Comme Vidocq, Jean Valjean est un bagnard devenu justicier. Et Javert est un policier traître à ses origines. Ils incarnent ainsi deux versions – positive et négative – du même personnage.

Examinons comment ces différents aspects du personnage ont été mis en valeur par les nombreuses adaptations du roman… Lesquels ont su plaire au public ?

A / Le fonctionnaire, l’instrument de la loi  – Les films de 1934, 1958, 1981 et le téléfilm de 2000

C’est l’interprétation la plus souvent choisie par les films et téléfilms français. Mais c’est loin d’être la plus populaire auprès des fans !

L’idée est d’atténuer au maximum la personnalité de Javert, pour en faire uniquement une allégorie de la loi. Ces films suppriment le récit de son passé et vont parfois jusqu’à lui inventer des origines bourgeoises ! Dans le film de 1958, ce n’est plus le fils d’un bagnard, mais celui du directeur du bagne. Dans le téléfilm de 2000, il a grandi dans un manoir avec ses chiens de chasse.

L’avantage est bien sûr que cette interprétation privilégie le message social du roman. Mais l’inconvénient est qu’elle fait de Javert un fonctionnaire sans personnalité. C’est un personnage très ennuyeux !

De plus, les films français ne jouent pas tellement sur l’antagonisme Valjean/Javert. Ils font plutôt contraster Javert avec Thénardier car ce sont deux types d’antagonistes très différents, deux écueils auxquels Jean Valjean est confronté.

On trouve des exemples de cette interprétation dans les adaptations de 1934, 1958, 1981 et 2000, où Javert est joué respectivement par Charles Vanel, Bernard Blier, Michel Bouquet et John Malkovich. Pour beaucoup de Français, l’interprétation de Bernard Blier reste la plus mémorable.

Le début du film de 1958 : on voit Javert enfant qui visite le bagne.
© Pathé / Serena Film. Tous droits réservés. Le film de 1958 raconte que Javert est le fils du directeur du bagne, ce qui change ses origines sociales. De plus, sa différence d’âge avec Jean Valjean (à gauche sur l’image) est irréaliste : ils ont au moins 50 ans d’écart !!
Quatre images montrant ces différents Javert. Charles Vanel, Bernard Blier et Michel Bouquet sont assez semblables : ils portent un long manteau noir, un chapeau haut de forme, des favoris et une canne. John Malkovich paraît plus jeune et est coiffé de manière plus élégante : il n'a pas de favoris et porte les cheveux assez longs. Son manteau noir est en cuir, ce qui fait également plus moderne. Et il est grand et mince, avec un visage allongé.
© Pathé/Serena Film/G.E.F./Modern Media/Filmproduktion/TF1. 
L’adaptation de 1934 (en haut à gauche) reste longtemps une référence, imitée par les films de 1958 et 1981. Mais John Malkovich (en bas à droite) parvient à renouveller l’apparence du personnage.

B/ La fatalité qui poursuit Jean Valjean… ou son alter-ego ? – La comédie musicale de 1985, le téléfilm de 1978 et la mini-série de 2018

Le téléfilm anglais de 1978 est la seule adaptation centrée sur le personnage de Javert. Il influence beaucoup la version anglaise de la comédie musicale en 1985, qui est celle que l’on joue aujourd’hui.

Ces deux adaptations se concentrent sur la dualité entre Javert et Jean Valjean. Ce qui offre à Javert un statut privilégié parmi les personnages : il est à la fois l’ennemi juré du héros, l’ombre qui le poursuit et son reflet dans un miroir. Certes, Jean Valjean croise de nombreux personnages au cours du roman et traverse de nombreuses péripéties. Mais Javert, lui, passe toute sa vie à pourchasser Jean Valjean et se suicide alors qu’il est sur le point d’atteindre son but. Cette fixation irrationnelle fascine le public.

Notons aussi que les Anglais ont conservé une monarchie constitutionnelle. Ils ne reprochent donc pas à Javert ses convictions royalistes ! Ils ont au contraire une certaine admiration pour ses valeurs, l’honneur et la loyauté.

L’influence du « ship » :

Cette interprétation serait à l’origine du fameux ship « Valvert » : une romance imaginée par les fans anglo-saxons entre Jean Valjean et Javert ! Et ce ship populaire inspire à son tour les adaptations. La série BBC de 2018, par exemple, joue sur un sous-texte homoérotique entre les deux personnages. Et les chanteurs de la comédie musicale sur scène jouent de manière très théâtrale, ce qui fait paraître le conflit entre les deux personnages plus personnel et passionné aux yeux des fans.

Selon le nombre de fanfictions publiées sur le site A03, Valvert serait aujourd’hui le 2e ship le plus populaire du fandom des Misérables, derrière Enjoltaire (Enjolras x Grantaire). Enjolras et Grantaire sont le couple mignon adoré par les fans. Mais Jean Valjean et Javert donnent un couple plus sulfureux, puisque ces personnages sont ennemis et se battent même avec une chaîne dans la mise en scène internationale de la comédie musicale ! Les deux costumes que porte souvent Javert dans les films (l’uniforme bleu avec un tricorne et le manteau noir avec un haut de forme) sont jugés « sexy » par les fans, tout comme son attitude froide. Enfin, le fait que le personnage soit célibataire dans le roman et qu’on ne lui connaisse pas d’histoire d’amour (pas plus qu’on n’en connaît à Valjean) contribue aussi au développement du ship.

Les adaptations fondées sur la dualité Valjean/Javert sont le téléfilm de 1978 et la série de 2018. Javert y est joué respectivement par Anthony Perkins et David Oyelowo. En spectacle, voir la mise en scène anglaise de la comédie musicale à West End.

Anthony Perkins est un Javert assez élégant, au regard tourmenté. Sur l'image, il regarde Jean Valjean de loin.
© ITC. Tous droits réservés. Anthony Perkins et Richard Jordan dans le téléfilm de 1978. Les deux acteurs étaient très élégants dans cette adaptation, ce qui a plu aux fans !
David Oyelowo est l'un des acteurs à la peau noire à avoir jouer Javert. Cette image le met face à face avec Jean Valjean, à l'époque où Jean Valjean est au bagne et Javert est gardien.
© BBC Studios/WGBH/Lookout Point/CZAR TV. Tous droits réservés. Dominic West et David Oyelowo dans la série BBC de 2018. Les adaptations centrées sur l’affrontement entre Javert et Jean Valjean développent beaucoup le passage (à peine évoqué dans le roman) où Jean Valjean est au bagne et Javert est gardien.
Jean Valjean et Javert tirant chacun d'un côté d'une chaîne. La chorégraphie est impressionnante car Javert est tombé par terre et continue de tenir la chaîne !
© Danny Kaan. Tous droits réservés. La fameuse bagarre avec une chaîne ! Killian Donnelly et Stewart Clarke dans la comédie musicale à West End.

Les avis des fans sur Letterboxd, le réseau social qui permet de noter et commenter des films :

Traduction des commentaires anglais : "Les haters disent C'est une mauvaise adaptations. Les intellectuels disent Avez-vous vu ce formidable salto ??" ; "Pourquoi ne se sont-ils pas embrassés ?" ; "Deux étoile pour le salto épique de Javert" ; "La diversité triomphe ! L'inspecteur de police qui vous poursuit dans les égouts est un acrobate gay neurodivergent !" ; "C'est plus une fanfiction gay entre Valjean et Javert qu'une véritable adaptation du livre, mais Anthony Perkins est à la hauteur de mes attentes !"
Capture d’écran des 5 commentaires les plus populaires sur Letterboxd en décembre 2025 pour le téléfilm avec Anthony Perkins. Trois d’entre eux disent que Jean Valjean et Javert sont gays dans ce film et auraient dû s’embrasser à la fin ; les deux autres parlent du fait que Javert a effectué un salto (« front flip ») en tombant dans la Seine !

C/ Un traître – Le film de 1995

Bien différente est l’interprétation du film de Claude Lelouch en 1995 ! Javert est un mouchard, un fanatique, un bourreau, un ennemi de la République, un traître… Où donc aurait-il été pendant la Seconde Guerre mondiale ?? Car c’est une réécriture du roman dans le cadre de la Seconde Guerre mondiale que Claude Lelouch se propose de faire. Et Javert lui semble tout naturellement désigné pour le rôle peu glorieux du collabo.

Le film s’attache à démontrer qu’obéir aveuglément à la loi peut avoir des conséquences très graves sous un régime totalitaire. Il prend l’exemple des fonctionnaires, en particulier les policiers, qui ont servi avec zèle le régime de Vichy en donnant pour excuse qu’ils ne faisaient qu’obéir aux ordres. Pour Lelouch, le cas de ces criminels de guerre rappelle celui de Javert. Son regard sur le personnage est donc peu indulgent.

Cependant, cette interprétation est très impopulaire aujourd’hui. Car les lecteurs considèrent que les deux situations n’ont absolument rien à voir ! Comparer Javert à un collabo revient à assimiler les royalistes à des fascistes. C’est oublier que Victor Hugo a lui-même été royaliste avant de devenir républicain. Sous la Deuxième République, il était député conservateur et, à ce titre, il a même transmis l’ordre de tirer sur les barricades lors des Journées de Juin en 1848. C’est suite à cela qu’il remet en question ses convictions. Son évolution est donc assez similaire à celle de Javert.

Malgré cela, le film attaque violemment le personnage, avec des répliques comme « Beau salaud ! » et « Méfiez-vous des Javert, ils sont pires que les nazis ! ». Ce qui ne manque pas d’énerver le public.

Une erreur judiciaire ?

Javert est un personnage sacrifié dans ce film ! C’est d’autant plus frustrant que, dans le roman, il était victime de discriminations en raison de ses origines, étant un fils de bagnard né en prison. S’il a intégré la police et s’est juré d’être fidèle à la loi, au point de devenir intransigeant et de haïr ses origines, c’était initialement dans l’espoir d’échapper à sa condition. Il illustre ainsi les ravages psychologiques que peuvent causer les discriminations ou le racisme. Mais tout ce qu’on a trouvé à en faire, c’est de le caricaturer en méchant fasciste…

De plus, Javert est surtout connu pour s’être suicidé au moment où son devoir lui ordonnait d’arrêter Jean Valjean. Pour les lecteurs, il symboliserait plutôt un fonctionnaire qui se suicide pour désobéir au régime de Vichy. Mais dans le film, c’est un personnage très lâche et hypocrite qui se contente de retourner sa veste lorsqu’il comprend qu’il s’est trompé et qui se suicide après la guerre pour éviter le déshonneur d’un procès ! Certains lecteurs étaient furieux de cette représentation.

Le policier en train d'ordonner qu'on mette la tête sous l'eau au héros, Henri Fortin, qui est prisonnier.
© Les Films 13. Tous droits réservés. Le policier du film fait torturer des gens : cette interprétation du personnage est beaucoup trop sombre ! Dans le roman, Javert n’est pas censé commettre de crimes. Pour beaucoup de lecteurs, donc, le film a franchi une ligne rouge.

Lecture moraliste VS psychologue :

On voit ici s’opposer ceux que nous appellerons volontiers « les lecteurs moralistes » et « les lecteurs psychologues ». Les premiers, manifestement choqués par l’insensibilité de Javert face à la détresse de Fantine dans le roman, le jugent dénué de sentiments humains et l’opposent à l’humanisme de Jean Valjean. C’est la position de Claude Lelouch et c’est pourquoi il trouve ce personnage approprié pour parler de fascisme. Tandis que les seconds s’appuient sur le récit de son passé (il était rejeté car ses parents étaient en prison) et sur son suicide (qui révèle une personnalité instable) pour expliquer ce manque d’empathie par un traumatisme. Javert a intériorisé les règles d’une société injuste et aide à perpétuer des discriminations dont lui-même a été victime. Ce serait plutôt l’archétype de la personne qui se déteste elle-même.

Ces deux catégories de lecteurs ne se comprennent donc pas du tout ! Les « moralistes » veulent condamner Javert, là où les « psychologues » parlent plutôt de le secourir. Ce sujet est d’autant plus clivant que les questions de justice et de responsabilité de la société comptent parmi les thèmes majeurs du roman. De nos jours, les jeunes lecteurs sont plutôt psychologues. Mais l’argument des moralistes est que Victor Hugo est connu pour son manichéisme et pour être meilleur moraliste que psychologue, ce serait donc une erreur de se préoccuper de la psychologie de ses personnages.

D/ Javert est-il « le méchant » des Misérables ? – Les films de 1998 et 2012

À propos de morale, qu’en est-il des adaptations américaines ? Eh bien, les films américains ont besoin d’un héros et d’un méchant ! Si Jean Valjean est le héros, donc, Javert sera le méchant. D’autant plus que les Américains ont pour première valeur la liberté. Javert incarne donc tout ce qu’ils détestent.

Que change cette interprétation ?

Javert est présenté comme très agressif et cruel dans ces films. Et c’est un très mauvais policier, avec de gros problèmes psychologiques ! Il déteste tous les voleurs car son père était un voleur, et toutes les prostituées car sa mère était une prostituée. Résultat : il a une haine personnelle contre Jean Valjean et Fantine. Il ne se contente pas d’appliquer froidement la loi : il veut buter des criminels !!

Quel est le problème de cette interprétation ?

C’est bien sûr que ce n’est plus la loi qui est mauvaise, mais Javert ! Donc le message social du roman passe à la trappe et le but de Jean Valjean devient simplement de vaincre Javert. C’est pourquoi, dans ces films, la mort de Javert est violente et présentée comme un élément de résolution, un happy end. Dans le film de 1998, Jean Valjean regarde Javert se suicider sans lui porter secours ! Dans le film de 2012, Javert s’empale en tombant sur un mur situé dans la Seine. (Oui oui, un mur dans la Seine. Ne posez pas de questions !)

Autre caractéristique de ces adaptations : elles rajoutent un acolyte à Javert, un « gentil policier » qui contraste avec lui. C’est le cas dans le film de 1998, mais aussi dans la série BBC de 2018 déjà citée plus haut. Si ce duo « good cop / bad cop » donne lieu à des dialogues et des situations comiques, il renforce aussi l’idée que ce n’est pas la police qui est en tort, mais Javert personnellement. Son collègue, le bon policier, le prend clairement pour un fou !

Étrangement, cette interprétation jugée catastrophique par les Français semble assez populaire dans le fandom international. Les fans étrangers parlent souvent de Javert comme du « villain », le méchant de l’histoire. (Alors qu’en France on considère que Les Misérables est un roman où le seul « méchant » est la société !) Mais ils le décrivent comme un méchant charismatique car tourmenté.

Les adaptations qui partent sur cette interprétation sont le film de 1998, le film sur la comédie musicale en 2012 et, dans une certaine mesure, la série BBC de 2018. Javert y est joué respectivement par Geoffrey Rush, Russel Crowe et David Oyelowo.

Dans le film de 1998, Javert est habillé en noir et porte un tricorne, ce qui lui donne un peu la silhouette de Dark Vador ! Dans le film de 2012, il est en bleu avec une sorte d'uniforme militaire.
© Mandalay Entertainment / Universal Pictures. Tous droits réservés. Geoffrey Rush dans le film de 1998 et Russel Crowes dans celui de 2012. Le film de 2012 adapte la comédie musicale, donc son scénario reste proche du roman. Malheureusement, Russel Crowe joue de manière beaucoup trop agressive ! Et il abandonne la coiffure traditionnelle de Javert (les favoris) au profit d’une barbe peu soignée qui lui donne des allures de militaire.

E/ …Ou une victime de la société ? – Le téléfilm de 1978

Le téléfilm de 1978, dont on a déjà parlé plus haut, reste la seule adaptation centrée sur le personnage de Javert. Anthony Perkins est un Javert fragile et tourmenté, à contre-courant des représentations traditionnelles du personnage. À vrai dire, il a l’air si malheureux qu’on se demande pourquoi il attend la fin du film pour sauter dans la Seine : il semble déjà au bord du suicide au début de l’histoire !

La réussite de ce film est cependant de combiner l’interprétation française du personnage (le fonctionnaire qui obéit mécaniquement) avec ce caractère tourmenté. Anthony Perkins en Javert ressemble un peu à un robot cassé, qui déraille régulièrement ! Le film dresse ainsi un portrait psychologique intéressant du personnage : ses complexes par rapport à ses origines, son fanatisme envers la loi et sa fixation sur Jean Valjean.

Cette adaptation reste peu connue en dehors du Royaume-Uni car c’est un téléfilm à petit budget qui se concentre sur deux personnages du roman. Elle propose néanmoins une variante intéressante du personnage.

Anthony Perkins et son regard tourmenté.
© ITC. Tous droits réservés. Anthony Perkins semble constamment en proie à un dilemme intérieur dans ce film ! Mais il ne prend la parole que pour donner des ordres ou pour parler en langage administratif. Ce jeu d’acteur est resté mémorable.

II/ L’évolution de l’apparence du personnage :

Vers un Javert sexy ? Un glow-up à travers les adaptations !

Au fur et à mesure qu’il devient populaire, Javert abandonne l’aspect brutal et bourru qu’il avait dans les premiers films. Bien que décrit comme très laid dans le roman, il devient dans les adaptations modernes de plus en plus raffiné et élégant.

Le premier Javert véritablement distingué est John Malkovich, acteur habitué à jouer des aristocrates ! Mais Anthony Perkins en 1978 était déjà un Javert très élégant. Ces deux acteurs donnent au personnage une silhouette longue et mince, avec un visage allongé. Là où les Javert traditionnels étaient souvent plus massifs.

John Malkovich est également le premier Javert à porter les cheveux longs dans une adaptation à l’écran. Mais le comédien Philip Quast l’avait déjà fait dans la comédie musicale sur scène en 1995. Et aujourd’hui, dans la mise en scène internationale de la comédie musicale, les chanteurs qui interprètent Javert portent tous une perruque avec de longs cheveux noués en catogan ! Cette coiffure raffinée permet de nuancer le caractère austère du personnage. (Bien qu’elle soit un peu anachronique pour le XIXe siècle et évoque plutôt le XVIIIe !)

Avec le costume de la comédie musicale et l’air mécanique de sa chanson « Dites-moi ce qui se passe », Javert ressemble à un petit soldat. Son chapeau en tricorne est parfois agrémenté d’une plume rouge ou d’une cocarde.

Extrait d’une représentation des Misérables à West End. C’est la scène où Jean Valjean sauve Fauchelevent coincé sous une charrette, suivie de la scène où Javert soupçonne Jean Valjean.
Images de l'animé japonais Les Misérables shojo Cosette.
Les Misérables – Shôjo Cosette © Nippon Animation. Tous droits réservés. Même si Javert est laid dans l’adaptation japonaise de 2007, sa silhouette allongée est caractéristique des « Javert élégants ».

La question de la couleur de peau : Javert est-il bohémien ?

Javert a été joué par plusieurs acteurs noirs, dans la comédie musicale sur scène et dans la série BBC de 2018. Ce qui explique qu’il soit souvent représenté avec la peau sombre sur les fanarts :

Fan art romantique représentant Javert et Jean Valjean en train de manger des fruits dans leur jardin. Javert a effectivement la peau foncée.
© Magicfishhook sur Instagram. Tous droits réservés. Le fameux ship entre Javert et Jean Valjean.
Couverture de BD représentant Javert, Jean Valjean et Cosette. Ici, Javert a la peau marron et les yeux bleus. Il a les cheveux attachés en catogan avec un ruban, comme dans la comédie musicale. Des petits cœurs à côté de Jean Valjean laissent supposer une romance Valjean/Javert.
© Keiko86chan. Tous droits réservés. Fanfiction parodique qui, d’après le titre, semble relater la carrière de Cosette dans la police !

Cette représentation plaît aux fans car elle met en avant les origines populaires du personnage, renforçant ainsi le contraste avec son choix de défendre la société. Javert est un personnage complexé par ses origines sociales : il pourrait aussi l’être par ses origines ethniques. Cela met en avant les contradictions et le caractère tourmenté du personnage.

À cela s’ajoute la théorie selon laquelle la mère de Javert ne serait pas une Française de souche, mais une gitane. Dans les années 2010, les lecteurs s’aperçoivent que beaucoup de personnages littéraires ont été victimes de whitewashing, c’est-à-dire qu’ils ont été constamment représentés par des acteurs blancs, alors qu’ils étaient décrits dans les romans comme des ressortissants de minorités ethniques. Et c’est à ce moment que l’on commence à s’intéresser de près aux origines des personnages. Par ailleurs, les lecteurs sont aussi à la recherche de personnages dont on pourrait changer la couleur de peau sans nuire à la compréhension des romans ni au réalisme historique, simplement pour avoir plus de diversité dans le casting des adaptations.

Notons que les origines gitanes que l’on suppose à Javert ne sont pas du tout prouvées !

Elles dépendent de l’interprétation du terme « bohèmes » au chapitre « Vagues éclairs à l’horizon ». Terme qui, selon le dictionnaire en ligne cnrtl, a des significations multiples et peut désigner aussi bien des Bohémiens au sens ethnique que des vagabonds qui imitent leur mode de vie… Or, Victor Hugo aurait sans doute laissé des indices un peu plus précis s’il voulait vraiment faire de Javert un personnage exotique. D’autant plus qu’il aime l’orientalisme et a maintes fois mis en scène des Bohémiens, dans Notre-Dame de Paris et L’homme qui rit, qui sont clairement définis comme tels. Néanmoins, dans le cas présent, Javert a complètement renié ses origines, ce qui pourrait expliquer que le narrateur reste discret à ce sujet… Malgré le manque d’éléments, donc, cette théorie est relativement pertinente, car cohérente avec l’univers de l’auteur et l’esthétique du roman.

Les fans y voient peut-être aussi une stratégie avantageuse pour protéger le personnage contre des réinterprétations malveillantes. Avec l’augmentation des violences policières aux États-Unis ces dernières années, l’archétype du policier dans le drame social moderne est souvent un policier raciste et facho. Or, comme on l’a vu plus haut, les fans rejettent cet archétype. Et le meilleur moyen d’éviter d’y être assimilé n’est-il pas d’appartenir soi-même à une minorité ?

Javert faisant un doigt d'honneur au spectateur, avec un air peu commode ! L'arrière-plan est un drapeau arc-en-ciel.
© Magicfishhook sur Instagram. Tous droits réservés. L’artiste dit adresser ce dessin aux « anti-Javert », c’est-à-dire les personnes qui détestent Javert ou qui le traitent de fasciste ! Le drapeau gay est une allusion au ship Valvert. Ce type de dessins révèle que les fans tiennent à ce que leurs personnages préférés défendent des valeurs.

En conclusion : Pourquoi Javert est-il si populaire aujourd’hui ?

Les interprétations les plus populaires de Javert sont celles qui le mettent en valeur : sa dualité (et son ship) avec Jean Valjean, ses contrastes et sa personnalité tourmentée. Paradoxalement, il est perçu comme un personnage subversif. C’est – selon une blague récurrente chez les fans – « le pire policier au monde », qui arrête les victimes au lieu des coupables et qui n’arrive jamais à attraper Jean Valjean ! Mais il croit sincèrement servir la justice, ce qui le rend attachant et pathétique. Il change des archétypes habituels de policiers, qui sont soit des flics hyper-cools comme l’inspecteur Harry, soit des fachos ou des policiers véreux. En somme, c’est un personnage qui parvient à incarner une critique de la police tout en étant divertissant et charismatique.

Un personnage immoral ?

Certains personnages du roman peuvent incarner des causes et des valeurs universelles très fortes, qui sont encore d’actualité aujourd’hui : la liberté et l’activisme politique pour Enjolras ; les droits des femmes pour Fantine ; les droits des enfants pour Cosette ; la réinsertion ou les personnes persécutées pour Jean Valjean. Il est donc aisé de comprendre pourquoi ces personnages sont populaires.

Javert en revanche, aux yeux de certains lecteurs, ne peut incarner que des mauvaises valeurs et des ennemis à combattre : l’extrémisme, l’intolérance, la persécution, les préjugés… Certains films comme celui de Claude Lelouch, et même certains articles de presse, ont donc pour morale : « méfiez-vous des Javert ! ». Même le poète Baudelaire, qui a pourtant la morale en horreur, le décrit dans sa critique des Misérables comme « une figure horrible, répugnante », « un monstre incorrigible » et « l’Ennemi absolu » [1]. Mais Baudelaire, précisons-le, n’aimait pas Les Misérables et écrivait en privé à sa mère que ce livre dont il avait publiquement fait l’éloge était en réalité « immonde et inepte » [2].

Pourtant, pour les fans, Javert symbolise aussi la désillusion face à la société et l’éveil de la conscience, des sentiments forts que nous pouvons tous ressentir. C’est un personnage qui nous invite à penser, à réfléchir, à remettre nos choix en question, à ne pas tout prendre pour acquis. Javert ne symbolise pas l’extrémisme et les préjugés, il incarne au contraire la libération de la pensée. Le fait qu’il choisisse de se suicider plutôt que d’arrêter Jean Valjean constitue aussi un acte de désobéissance civile. Acte glorifié dans les films, la scène du suicide étant souvent très spectaculaire et dramatique. Dans le livre, l’exemple est d’autant plus frappant que Javert est celui qui n’a jamais désobéi, tout comme sœur Simplice est celle qui n’a jamais menti. Pourtant, tous deux ont fini par désobéir ou par mentir à la société, pour écouter plutôt leur conscience.

Les suicides de Javert à l’écran :

En 1958, il tombe avec un gros « Plouf ! ». En 1978, il tombe tout droit en faisant un salto. En 2012, il s’empale sur un mur. En 1998, il se suicide devant Jean Valjean. En 2000, il part à pied progressivement dans l’eau. Dans l’anime de 2007, il renonce à sauter et pleure de joie en regardant le soleil qui se lève...
Best-of des suicides de Javert les plus étranges ! (Adaptations de 1958, 1978, 2012, 1998, 2000 et 2007.) C’est une scène extrêmement attendue par les fans, les films rivalisent donc d’inventivité ! L’anime de 2007 a beaucoup déçu les fans car, dans cette version édulcorée pour les enfants, Javert renonce à se suicider.

Enfin, la morale du roman étant justement qu’il ne faut pas être comme Javert – c’est-à-dire qu’il faut prendre en compte les circonstances atténuantes, accorder une chance de rédemption, éduquer plutôt que punir –, les fans ne voient pas vraiment l’intérêt de détester ce personnage, clairement rendu mauvais par une société qui l’a poussé à haïr ses origines. C’est même un véritable test pour les lecteurs, car ceux qui diabolisent Javert n’ont pas compris cette morale et sont exactement comme lui ! Oui, c’est aisé d’apprécier des personnages comme Jean Valjean ou Fantine, que le narrateur vous présente comme des saints ou des martyres. La question est : êtes-vous capable d’éprouver de l’empathie pour une personne qu’on vous désigne comme coupable ?

Et c’est ce qui fait de ce personnage une invention de génie ! Ce n’est pas sans raison que Javert a été présenté comme un reflet sombre du personnage principal. Les lecteurs qui attaquent Javert s’en prennent littéralement à leur propre reflet sans le savoir. N’est-ce pas là un chef d’œuvre de mise en abîme et d’ironie ? Nous sommes tous parfois des Javert, chaque fois que nous oublions de réfléchir. Certains ne l’ont juste pas encore compris.

Le défi pour les nouvelles adaptations sera de combiner les différents aspects du personnage, afin d’en conserver toute la richesse. Quel Javert sera Tahar Rahim dans la prochaine adaptation prévue pour 2026 ?

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Notes :

[1] Charles BAUDELAIRE, « Les Misérables de Victor Hugo », Le Boulevard, 20 avril 1862. Disponible sur : <www.biblisem.net>.

[2] Lettre de Baudelaire à sa mère, datée du 11 août 1862. Citée dans : Victor LABY, « Baudelaire, critique hypocrite de Victor Hugo », Commune, 13 juin 2022.


Sources :

AKNIN Laurent, Dictionnaire des personnages du cinéma mondial, Paris, Nouveau Monde éditions, 2025, articles « Flic » et « Valjean ».

BAUDELAIRE Charles, « Les Misérables de Victor Hugo », Le Boulevard, 20 avril 1862. Disponible sur : <www.biblisem.net>.

CAMPEIS Audrey, L’Espagne des romantiques : la création d’un mythe littéraire, Mémoire de Master préparé sous la direction d’Henri Scepi, Université Sorbonne Nouvelle – Paris 3, 2022. *Au sujet de l’orientalisme espagnol chez Victor Hugo et des personnages de Bohémiens.

COLLECTIF, Les Misérables Souvenir Brochure, Londres, Playbill UK, janvier 2025. *Brochure-souvenir de la comédie musicale à West End. Elle contient de courtes interviews des créateurs et des informations sur le rayonnement du spectacle.

HARRAULT Amélie, L’armée des romantiques, Série documentaire en 4 épisodes, Paris, Silex Films, 2024. Disponible sur Arte.tv jusqu’en 2026.

HUGO Victor, Les Misérables (1862), Paris, Émile Testard, 1890, chapitres « Vagues éclairs à l’horizon », « Solution de quelques questions de police municipale », « L’autorité reprend ses droits » et « Javert déraillé ». Disponible intégralement sur Wikisource.

LABY Victor, « Baudelaire, critique hypocrite de Victor Hugo », Commune, 13 juin 2022.

RICHARD Jean-Pierre, « Petite lecture de Javert », In : ROSA Guy, Victor Hugo, Les Misérables, Paris, Klincksieck, 1995.

SOBOL Hagay, « Jean Valjean, Javert et “la question juive” », Le Diplomate.media, 12 novembre 2025. *Exemple d’article de presse d’actualité qui tente d’utiliser le personnage pour illustrer le fascisme. L’intention du journaliste est louable, mais l’exemple est mal choisi et la démonstration est bancale. Car les théories eugénistes en criminologie évoquées dans l’article sont liées à la phrénologie, une fausse science très répandue au XIXe siècle et malheureusement employée par les écrivains romantiques, Victor Hugo y compris, dans les descriptions physiques de leurs personnages. (Par exemple, Javert a un tout petit front : cela signifie qu’il est très bête !) On ne peut donc pas dire, comme l’affirme l’article, que Victor Hugo ait pris position contre ces théories à travers l’antagonisme Valjean/Javert.

UMEBOSHI, « [INTERVIEW] Daniela Viçoso et Catarina João, artistes de fanart sur Les Misérables », Revue de la Toile, 27 octobre 2025.

VIDOCQ Eugène-François, Mémoires de Vidocq (1828), Paris, Nouveau Monde éditions, 2017.

Autres sites et réseaux sociaux consultés : A03, Fanfiction.net, Instagram, Letterboxd, Tumblr.


Umeboshi : prune japonaise séchée et amer

Rédigé par Umeboshi

Rédactrice, Relectrice SEO, Community Manager, enfant prodige, passionnée d’univers gothiques, mangaphile, parle le japonais couramment, a rédigé une thèse de 80 pages sur JoJo’s Bizarre Adventure.

Comments

2 réponses à “Pourquoi Javert est-il si populaire chez les nouveaux fans des Misérables ? [ANALYSE DE PERSONNAGE]”

  1. Avatar de Camille

    Bonjour ^^

    Tout d’abord merci pour ce nouvel article, tout particulièrement sur Javert, qui est de loin mon personnage préféré des Misérables.

    C’est plutôt rare de trouver des analyses en français aussi poussées sur les Misérables, en particulier parmi les jeunes générations ! D’habitude, on a souvent droit aux mêmes interventions universitaires ou de  »spécialistes » de Victor Hugo, qui se répètent au fil des articles et des préfaces… c’est très ennuyeux ! Javert est souvent réduit à un élément symbolique qu’il faut détruire. Le point de vue féminin est aussi rarement évoqué (même si quelques podcast ou émissions ont tenté de le ramener sur la table ces dernières années). Quant aux adaptations… les médias parlent exclusivement des versions à partir de 1958 (parfois 1934, mais sans plus), omettant les versions muettes par exemple et ignorant que le continent qui a le plus adapté le roman d’Hugo est… l’Asie.

    J’ai découvert votre site il y a quelques mois avec grand intérêt et j’ai trouvé intéressant voire amusant que certaines remarques étaient très proches de ce que je pensais moi-même. Par exemple, j’ai aussi fait le rapprochement entre le Jean Valjean de Liam Neeson (dans l’épouvantable adaptation de 19983) et le sketch des Inconnus ^^ Non seulement c’est plutôt rare de trouver des analyses de fans sur Internet en français, mais c’est surtout exceptionnel d’avoir un regard prenant en considération ce qui se fait actuellement autour de cette licence (fanart, fanfictions, la comédie musicale, etc.). En général, les discussions sont plutôt tenues par des nostalgiques à chaque fois que l’adaptation de Jean-Paul Le Chanois passe à la télé !

    De mon côté, j’essaye de rappeler l’existence de versions antérieures à celle de Raymond Bernard, notamment la version d’Henri Fescourt sortie en 1925 (qui est de loin ma préférée pour les françaises) et des versions  »exotiques », du moment qu’elles sont trouvables.

    1. Avatar de Umeboshi
      Umeboshi

      Bonjour,

      Merci pour votre message ! Je ne connaissais pas votre blog, mais je suis allée le lire cette semaine et je vois que nous écrivions en effet à peu près au même moment des articles assez proches. J’étais très heureuse de le découvrir car je cherchais justement plus d’informations sur la diffusion du roman au Japon et ses adaptations en manga/anime.

      J’ai vu l’adaptation de 1925 assez récemment et c’est vrai qu’elle est très bien : la fin est plus fidèle que dans celle de 1934, c’est l’une des adaptations où la scène de la mort de Gavroche est le mieux réussie, et elle garde des passages habituellement supprimés, comme celui où Enjolras exécute Claquesous.

      J’ai commencé à écrire sur Les Misérables après avoir vu la comédie musicale au théâtre du Châtelet en décembre 2024. J’avais fait des études de lettres modernes et écrit mes deux mémoires de Master sur Notre-Dame de Paris qui est un de mes romans préférés, ce qui fait que je pouvais facilement écrire sur Victor Hugo. Concernant Les Misérables, je l’avais lu très jeune, pour l’école, et j’en avais donc gardé une image assez scolaire, mais voir le spectacle sur scène m’a donné envie de m’y replonger. J’ai trouvé alors que nos films étaient très fades par rapport au roman ! Par exemple, supprimer le passé de Javert lui retire aussi ses contradictions : c’est contre tous les principes du romantisme, qui est une esthétique de contrastes où les personnages sont des antithèses vivantes ! J’ai aussi remarqué qu’il y avait un véritable fossé entre ce que proposaient les films et la demande des lecteurs : par exemple, les personnages d’Enjolras, Grantaire et Montparnasse sont peu mis en valeur, malgré leur importance pour les fans. J’essaie donc en effet de relancer le débat sur les adaptations et de mettre en avant le point de vue des lecteurs. Le casting du film de 2026 est prometteur et semble indiquer une intention de corriger ces défauts, reste à voir si le scénario suivra.

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