Les Hauts de Hurlevent, Vingt mille lieues sous les mers, Les Misérables… Des romans célèbres et maintes fois adaptés au cinéma. Tous comprennent, parmi les rôles principaux, des personnages racisés. Mais, pendant des décennies, ces rôles ont été systématiquement attribués à des acteurs blancs dans les films. Certaines adaptations sont même allées jusqu’à modifier les histoires de ces personnages pour gommer leurs origines.

On a beaucoup parlé de Heathcliff récemment, en raison du scandale provoqué par le film Hurlevent d’Emerald Fennell en début 2026. Mais Heathcliff est loin d’être un cas isolé ! Retour sur quelques affaires célèbres de whitewashing

Avertissement : Cet article traite de romans du XIXe siècle et les citations d’œuvres littéraires sont bien sûr à remettre dans leur contexte. Les auteurs cités (Victor Hugo, Alexandre Dumas, etc.) étaient, pour leur époque, très engagés contre le racisme. Ils accordaient des rôles importants dans leurs romans à des personnages de diverses origines. Mais, pour décrire ces personnages, ils avaient souvent recours à un vocabulaire et à des clichés qui seraient aujourd’hui jugés racistes.

1/ Heathcliff, dans Les Hauts de Hurlevent d’Emily Brontë, est bohémien !

Gravure illustrant Les Hauts de Hurlevent. Heathcliff a les cheveux sombres et épais. Il est adossé à un arbre, au milieu d'une tempête de vent.

Si vous n’avez pas suivi le scandale autour du film Hurlevent, en voici le résumé :

Heathcliff, le héros du roman, est décrit dans le texte comme « a dark skinned gipsy », un Bohémien à la peau sombre. Les Bohémiens étant, comme on le sait, une population nomade originaire d’Inde et arrivée en Europe au Moyen Âge. On les appelle aussi « Tsiganes », « Roms » ou « Gitans ».

Heathcliff continue tout au long du roman à être désigné par la périphrase « le bohémien ». Les autres personnages sont souvent méfiants envers lui, en raison de son teint sombre qui renforce à leurs yeux son caractère indiscipliné et taciturne. Les voisins le prennent même pour un voleur, à cause de préjugés sur les Bohémiens.

Dans son enfance, Heathcliff a été adopté par la famille Earnshaw, mais il est ensuite privé d’éducation et relégué au rang de domestique par son frère adoptif. Adulte, il revient pour se venger de sa famille adoptive.

Le racisme était donc le thème principal du roman… Et Emerald Fennell ne l’a pas du tout montré dans son film ! Outre le fait qu’elle transforme ce roman gothique et engagé en une petite romance pour adolescents, elle choisit un acteur blanc, Jacob Elordi, pour incarner Heathcliff. Provocation supplémentaire : elle engage un acteur à la peau sombre, Shazad Latif, pour le rôle d’Edgar Linton (le rival de Heathcliff) qui est censé être blond et riche ! Elle inverse ainsi les couleurs de peau du héros et de son rival, détruisant tout le message du livre. C’est ce qui a causé l’immense scandale autour de ce film.

Comment Emerald Fennell justifie-t-elle ces choix ? Elle raconte que, lorsqu’elle a lu le roman à 14 ans, elle imaginait Heathcliff blanc. Défense peu convaincante, quand le roman rappelle les origines de Heathcliff et sa couleur de peau à quasiment chaque ligne…

Heathcliff dans les autres adaptations :

Heathcliff a longtemps été joué par des acteurs blancs : Laurence Olivier en 1939, Timothy Dalton en 1970, Ralph Fiennes en 1992… Il faut attendre 2011 pour qu’une adaptation choisisse un acteur noir, James Howson. Mais l’adaptation de 2026 avec Jacob Elordi marque un retour en arrière. À ce jour, il semble qu’aucune adaptation n’ait encore eu l’idée d’employer un acteur tsigane pour le rôle.

Deux autres raisons de redécouvrir Les Hauts de Hurlevent d’Emily Brontë…

1) Les Hauts de Hurlevent est aussi un roman féministe :

L’héroïne, Catherine, voit elle aussi son éducation négligée par rapport à celle de son frère aîné, ce qui la rapproche de Heathcliff. Plus tard, Catherine et sa belle sœur Isabelle se retrouvent toutes deux enfermées dans des mariages où elles sont malheureuses. Le roman est donc également une critique de la condition féminine au XIXe siècle.

Catherine est par ailleurs un personnage actif, doté d’un fort caractère, au point que sa bonne la traite de sauvageonne. Lorsque M. Earnshaw demande à ses deux enfants quels présents ils souhaitent qu’il leur rapporte de voyage, le garçon Hindley demande un violon, et Catherine une cravache. La jeune fille est donc associée à des activités sportives, là où son frère préfère la musique, un loisir plus tranquille. Enfin, Catherine possède des défauts : elle est égoïste, mal élevée, autoritaire et colérique. Elle rompt ainsi avec une tradition d’héroïnes littéraires sages et naïves.

2) Son intrigue innovante inspirera de nombreux auteurs, pas seulement gothiques !

Charlotte Brontë met en scène deux générations successives de personnages, dans une histoire où la seconde génération reproduit tragiquement les erreurs de la première. Ce qui inspirera sans doute à John Steinbeck le thème de son roman À l’Est d’Éden. Roman qui, comme Les Hauts de Hurlevent, se distingue par ses personnages cruels et diaboliques.

2/ Le capitaine Nemo, dans Vingt mille lieues sous les mers et L’Île Mystérieuse de Jules Verne, est indien !

Illustration de Vingt Mille Lieues sous les mers. Le capitaine Nemo dominant l'océan, debout sur le toit du Nautilus.

Le personnage apparaît dans Vingt mille lieues sous les mers. Mais ses origines ne sont révélées que dans L’Île Mystérieuse, la suite du roman. On nous apprend alors que l’inventeur génial du sous-marin Nautilus était autrefois un prince indien. Il a fait ses études en Europe mais voue une haine implacable aux Anglais, qui sont les colonisateurs de son pays et les responsables du massacre de sa famille.

Le capitaine Nemo dans les adaptations :

Le capitaine Nemo est le personnage le plus célèbre des romans de Jules Verne. Mais les films n’adaptent généralement que le premier roman où il apparaît, Vingt mille lieues sous les mers, dans lequel on ne connaît pas encore son passé. Il leur est donc très facile de passer sous silence ses origines indiennes…

Ainsi, le personnage a souvent été incarné par des acteurs blancs : James Mason en 1954, Herbert Lom en 1961, Robert Ryan en 1969, Michel Le Royer en 1970, Michael Caine et Ben Cross en 1997, Patrick Stewart en 2005, ou encore Sean Lawlord en 2007. La série télévisée L’Île mystérieuse en 1973 a le mérite de choisir un acteur non blanc, Omar Sharif. Mais c’est un acteur égyptien et non indien.

En 2003, La ligue des gentlemen extraordinaires, adapté d’un comics, engage enfin un acteur indien, Naseeruddin Shah, pour incarner Nemo. La série Once upon a time, qui revisite des légendes et contes de fées, fait apparaître le capitaine Nemo dans sa saison 6 et choisit un acteur pakistanais, Faran Tahir.

Le saviez-vous ?

Les origines indiennes du capitaine Nemo n’ont été décidées que tardivement ! La première idée de Jules Verne était d’en faire un aristocrate polonais qui souhaiterait venger sa famille massacrée par l’armée russe. Mais, son éditeur craignant d’offenser l’Empire russe, il décide finalement de laisser obscur le passé de Nemo dans Vingt mille lieues sous les mers. Dans L’île mystérieuse, il développe finalement cette histoire de vengeance en remplaçant les Polonais par des Indiens et les Russes par des Anglais.

3/ Javert, dans Les Misérables de Victor Hugo, est bohémien (comme Heathcliff) !

Célèbre illustration de Javert. Il se tient droit, porte un long manteau noir, un haut de forme et une canne.

Il y a longtemps eu un véritable doute sur les origines de Javert… Ce dernier est, selon le texte des Misérables, d’une « race de bohèmes » [1]. Or, cette expression possède plusieurs sens ! Elle peut certes désigner des Bohémiens comme Heathcliff. Mais aussi de simples vagabonds. Par ailleurs, on sait que la mère de Javert était tireuse de cartes, un métier associé aux Bohémiennes dans l’imaginaire collectif. Mais, selon l’historien Charles Viremaître dans Paris du vice et du crime, les cartomanciennes était en réalité souvent d’anciennes prostituées. Plus loin, Javert est qualifié de « sauvage au service de la civilisation » [2]. Mais ce mot « sauvage » pourrait bien renvoyer à son caractère brutal, plutôt qu’à des origines étrangères.

Cette hésitation entre plusieurs pistes a longtemps dérouté les recherches. D’autant plus que, lorsque Victor Hugo mentionne des Bohémiens dans Notre-Dame de Paris ou L’Homme qui rit, il les appelle « bohémiens », « égyptiens », « gypsies » ou « zingari », mais jamais « bohèmes » ! Les origines gitanes de Javert semblaient alors devoir rester une simple théorie. Pourtant, une étude plus approfondie paraît bien confirmer cette théorie.

Pourquoi les origines de Javert ont-elles mis si longtemps à être reconnues ? Résumé du débat :

Contrairement à celles de Heathcliff, les origines de Javert ne sautaient pas aux yeux ! Pour commencer, la description physique et morale du personnage ne concordait pas vraiment avec les clichés sur les Bohémiens au XIXe siècle.

Javert est décrit au chapitre « Vagues éclairs à l’horizon », mais on ne nous précise pas s’il a la peau claire ou sombre. On sait seulement qu’il a d’épais favoris gris. Quand il n’est pas nommé, il est désigné par la périphrase « un homme de haute taille ». Apparemment, donc, son physique n’a rien d’exotique.

Par ailleurs, les trois clichés qui circulaient alors sur les Bohémiens étaient les suivants : « Les Bohémiens sont des voleurs », « Les Bohémiens sont épris de liberté, ils ne connaissent ni les lois ni les frontières » et « Bohémiens et Espagnols ont un fort sens de l’honneur ». Or, sur ces trois clichés, Javert ne correspond qu’au dernier. Il est même en contradiction directe avec les deux premiers.

Mais on sait justement que Victor Hugo adorait les personnages contrastés ! Il pourrait donc très bien avoir voulu écrire un Bohémien honnête et détestant la liberté par pure envie de jouer sur les clichés.

Cette idée de contraste est au cœur de l’esthétique du romantisme telle qu’il l’a présentée dans la Préface de Cromwell. Ses personnages sont donc souvent définis par une contradiction fondamentale : Jean Valjean est un ancien forçat et un modèle de bonté ; Quasimodo est laid à l’extérieur et beau à l’intérieur ; Frollo est un prêtre diabolique, etc. Ce procédé permet justement de déconstruire des préjugés.

Un personnage, au XIXe siècle, qui rejetterait des stéréotypes racistes et choisirait d’être honnête malgré des préjugés qui assimilent les Bohémiens à des voleurs ? L’idée a du sens. De plus, elle est cohérente avec le reste de la biographie de Javert. Toujours au chapitre « Vagues éclairs à l’horizon », on nous explique que Javert est né en prison et que son père était au bagne. S’il est entré dans la police, c’est donc pour échapper à des préjugés sociaux sur les enfants de criminels. On retrouve bien cette idée de faire mentir des préjugés.

Cependant, quelles preuves concrètes peut-on avancer ?

Eh bien, il suffit de comparer le texte des Misérables avec d’autres romans de la même époque ! Notamment Les Mohicans de Paris d’Alexandre Dumas, paru en 1859, soit trois ans avant Les Misérables. Et dont l’action se déroule en 1827, au même moment que celle des Misérables qui s’étend de 1815 à 1832. Dans ce roman, Dumas emploie exactement la même expression « race de bohèmes » au sujet du personnage de La Brocante, véritable Bohémienne dont les origines sont maintes fois mentionnées et ne font aucun doute. Ajoutons que cette même La Brocante exerce le métier de tireuse de cartes… exactement comme la mère de Javert !

Comparons les deux extraits :

« La Brocante était de cette race de bohèmes et de gitanos qui a pour instinct étrange d’enlever les enfants » Alexandre Dumas, Les Mohicans de Paris, Paris, Gallimard, 1998, t.1, p.221 (chapitre « Rose-de-Noël »).

« en même temps il [Javert] se sentait je ne sais quel fond de rigidité, de régularité et de probité, compliqué d’une inexprimable haine pour cette race de bohèmes dont il était » Victor Hugo, Les Misérables, Paris, Hachette, 1978, t.1, p.191 (chapitre « Vagues éclairs à l’horizon »).

L’addition de « gitanos » (« Gitans » en espagnol) ne laisse aucun doute dans Les Mohicans de Paris. On peut alors aisément supposer que l’expression « race de bohèmes » désignait bien la population tsigane pour les lecteurs du XIXe siècle. Et que la Bohémienne cartomancienne était un archétype. Ces deux éléments suffisaient donc à établir les origines de Javert, ils étaient parfaitement compréhensibles pour les lecteurs de l’époque.

Par ailleurs, on nous décrit La Brocante au chapitre « Au plus pressé par le plus court ». Mais Dumas ne mentionne pas plus sa couleur de peau qu’Hugo ne mentionne celle de Javert. L’argument selon lequel Javert ne pourrait pas être bohémien si le narrateur ne parle pas de son teint est donc caduc. Notons d’ailleurs que Javert est peut-être seulement métis : il doit pouvoir passer pour un méridional, ce qui explique que son physique n’attire pas l’attention.

Un traître envers ses origines ?

Javert n’est certes pas un modèle pour les lecteurs ! Si Heathcliff et le capitaine Nemo sont en guerre contre une société injuste, Javert est plutôt en guerre contre ses propres origines. C’est peut-être la raison pour laquelle on s’est préoccupé si tardivement de les lui reconnaître.

Se voyant doublement victime de discriminations, étant à la fois bohémien et fils de bagnard, il a choisi non pas de se rebeller, mais de renier ses origines pour servir une société qui le méprise. Et il a réussi, puisqu’il est devenu inspecteur de police. Il préfigure l’archétype de la personne « raciste envers elle-même » : complexée par ses origines au point de passer dans le camp des oppresseurs, d’adopter leurs discours et de persécuter les siens. Personnage doublement tragique, car les autres parias le voient comme un traître et la société qu’il sert ne l’acceptera jamais véritablement.

Qu’en dit le cinéma ?

Javert a longtemps été incarné à l’écran uniquement par des acteurs blancs : Charles Vanel, Bernard Blier, Anthony Perkins, Michel Bouquet, Geoffrey Rush, ou encore John Malkovich. À cela, on peut ajouter la fâcheuse tendance qu’ont les films français de changer ses origines sociales pour en faire un bourgeois. Chose aberrante pour des adaptations d’un roman social ! Et parfaitement irréaliste, car le métier de policier à l’époque était très méprisé. Espionner la population et côtoyer des voleurs étaient considérés comme de la basse besogne : cela n’attirait personne, et certainement pas des bourgeois ! Mais l’image de la police aujourd’hui s’est améliorée et c’est peut-être pourquoi les films ont tenté de rendre Javert plus respectable.

Il y a pire ! En 1995, dans sa transposition des Misérables à la Seconde Guerre mondiale, le réalisateur Claude Lelouch choisit Javert pour le rôle du collabo, méprisant le fait que les nazis persécutaient les Tsiganes ! Si ce choix peut paraître logique vis-à-vis du rôle du personnage dans le roman, c’était en revanche parfaitement irrespectueux de ses origines ethniques. Qu’un personnage finisse caricaturé en fasciste, parce que tout le monde le croit blanc et qu’on ne comprend plus ses motivations, est un triste exemple des conséquences du whitewashing. Ironiquement, Claude Lelouch réussit l’exploit d’accuser le seul personnage non blanc du roman…

Il faut attendre 2018 pour que les adaptations se tournent enfin vers des acteurs non blancs : David Oyelowo dans la série BBC, puis Tahar Rahim dans le film français de 2026 à venir. En revanche, aucune adaptation à ce jour n’a encore choisi un acteur tsigane pour incarner le personnage.

4/ L’écrivain Alexandre Dumas était métis. Et lui-aussi a été joué par des acteurs blancs…

Portrait d'Alexandre Dumas jeune homme. Il est habillé élégamment et a ses origines se voient à ses cheveux crépus.

Les écrivains n’échappent pas plus au whitewashing que leurs personnages ! Alexandre Dumas, le célèbre auteur des Trois Mousquetaires et du Comte de Monte-Cristo, ainsi que de nombreux autres romans dont Les Mohicans de Paris, avait une grand-mère noire et a fait face toute sa vie à des remarques racistes. Il a d’ailleurs écrit un roman aujourd’hui méconnu, Georges, où il met en scène un héros métis en guerre contre des préjugés.

Pourtant, dans le film L’autre Dumas en 2010, l’écrivain est incarné par… Gérard Depardieu ! Consternant.

5/ Enfin, un autre cas très célèbre… Jésus dans la Bible !

Peinture de Jésus, qui le représente avec des cheveux blonds et la peau pâle. Cette représentation est irréaliste.

Le Jésus historique vivait au Proche-Orient. On sait donc qu’il avait très probablement les cheveux noirs et la peau mate. Cependant, les artistes européens et nord-américains ont imposé l’image d’un Jésus aux cheveux et aux yeux clairs, comme sur le tableau ci-dessus, réalisé par le peintre Heinrich Hofmann au XIXe siècle. Cette représentation fait de plus en plus débat.

La Bible est un cas particulier car il s’agit d’un livre religieux. Les peuples chrétiens du monde entier ont donc représenté le Christ chacun selon son propre imaginaire et ses propres critères de beauté. C’est pourquoi, sur les tableaux européens, Jésus est souvent blond aux yeux bleus. Dans d’autres pays du monde, on trouve des Jésus noirs ou asiatiques.

Le problème est que l’imagerie et les films modernes sur la Bible continuent à s’inspirer de l’image façonnée par la peinture occidentale -qui ne fait pourtant plus du tout l’unanimité aujourd’hui-, plutôt que de proposer un Jésus historiquement réaliste, ce qui serait un choix beaucoup plus neutre.

Le whitewashing : un problème sous-estimé !

Le whitewashing n’est pas seulement raciste. Changer la couleur de peau d’un personnage peut modifier drastiquement l’interprétation d’un roman. Au point d’empêcher parfois les lecteurs de comprendre l’histoire ! C’est un phénomène néfaste non seulement pour les personnages concernés, mais pour l’œuvre littéraire tout entière. Sans oublier, bien sûr, que le whitewashing empêche des acteurs non blancs de jouer dans des adaptations littéraires, alors qu’il existe en réalité des rôles prestigieux auxquels ils pourraient prétendre.

De plus, les adaptations ne sont pas neutres dans leurs choix de personnages non blancs. Elles cherchent en priorité des personnages dont on puisse faire des symboles et qui cochent certaines cases. On le voit avec l’exemple de Javert : s’il a fallu si longtemps pour que l’on s’intéresse à ses origines, c’est qu’il n’était ni un héros ni une victime. C’est au contraire un antagoniste. Inversement, Esméralda dans Notre-Dame de Paris -qui est en réalité blanche, puisqu’elle est originaire de Reims et s’appelait Agnès, mais a été volée à sa mère lorsqu’elle était bébé puis élevée comme une bohémienne- est souvent présentée comme une véritable Bohémienne dans les films. Car l’intrigue de Notre-Dame de Paris se prête bien à développer un message contre le racisme.

Pourtant, si le public aime évidemment les héros comme Nemo et Heathcliff qui luttent contre la colonisation ou le racisme, il apprécie aussi de voir des personnages comme Javert qui ne se définissent pas par leurs origines et ne restent pas cantonnés dans certains types de rôles.

Au-delà de la littérature, le whitewashing prend des formes diverses :

Dans les films assez anciens, il n’était pas rare de faire jouer des Indiens d’Amérique, des Noirs ou des Asiatiques par des acteurs blancs déguisés. Et, encore en 2009, le live-action américain sur Dragon Ball emploie des acteurs blancs pour incarner les personnages d’un manga japonais…

On se plaint souvent que la littérature occidentale manque de diversité culturelle… C’est vrai. Mais la vérité est aussi que les rares personnages que l’on pourrait mettre en avant ne sont tout simplement pas exploités. Leurs origines ont été effacées. Et à l’inverse, on finit par réécrire des histoires occidentales en incluant une diversité factice, au lieu de réaliser avec intelligence des adaptations réussies avec des personnages bien écrits.

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Notes :

[1] Victor Hugo, Les Misérables, Paris, Hachette, 1978, t.1, p.191. (chap. « Vagues éclairs à l’horizon »)

[2] Victor Hugo, Les Misérables, Paris, Hachette, 1978, t.1, p.227. (chap. « Comment Jean peut devenir Champ »)


Umeboshi : prune japonaise séchée et amer

Rédigé par Umeboshi

Rédactrice, Relectrice SEO, Community Manager, enfant prodige, passionnée d’univers gothiques, mangaphile, parle le japonais couramment, a rédigé une thèse de 80 pages sur JoJo’s Bizarre Adventure.

Comments

Une réponse à “[ENQUÊTE] Ces personnages littéraires célèbres, victimes de whitewashing”

  1. Avatar de
    Anonyme

    Indispensable mise au point de ces personnages célèbres trahis par leur représentation. Mise en évidence également des phobies et phantasmes qui l ont provoquée. Article très intéressant qui laisse espérer de futurs ajustement en harmonie avec les œuvres et leurs auteurs. Merci d avoir éveillé notre intérêt pour ce problème

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