Les dramas, séries mélodramatiques à petit budget, équivalents asiatiques des télénovelas sud-américaines et des feuilletons de série B en Europe, sont aujourd’hui en pleine expansion. Étant parfois des adaptations de mangas -par exemple, le drama coréen Boys over flowers adapte le manga japonais Hana yori dango-, ils parviennent également à toucher un public occidental otaku.
Mais saviez-vous qu’il existe d’excellents dramas basés sur des classiques de la littérature française ?
Après tout, nombre de nos romans ne sont-ils pas justement des drames parsemés de rebondissements ? Alors, que donneraient-ils en dramas ?? Voici deux exemples de dramas qui transposent avec succès des romans français au Japon et en Corée…
Aventure : Le drama coréen Les Trois Mousquetaires (Samchongsa) réalisé par Kim Byung-soo
2014, 12 épisodes

Corée, XVIIe siècle :
Park Dal Hyang (d’Artagnan) quitte sa province pour rejoindre la capitale et passer le redoutable examen d’entrée dans l’armée. Il espère aussi revoir une jeune fille qui lui a promis de l’épouser s’il réussissait l’examen. Mais quand il arrive, il découvre que la lettre de recommandation de son père ne vaut rien, car ce dernier a menti sur ses relations à la capitale. Il se retrouve alors pris dans une bagarre mais est rejoint par trois mystérieux alliés, qui lui disent être « les trois mousquetaires ». En réalité, il s’agit de So Hyeon (Athos), le prince héritier déguisé, et de ses deux gardes du corps.
Dans la bagarre, Park Dal Hyang a perdu une lettre dans laquelle sa promise lui confiait son amour éternel. La lettre est ramassée par An Min Seo (Aramis), qui la montre à Heo Seung Po (Porthos), qui s’empresse de la montrer à So Hyeon pour voir sa réaction… En effet, il se trouve que la jeune fille en question, que Park Dal Hyang n’a pas revu depuis cinq ans, est désormais mariée au prince héritier, soit So Hyeon en personne ! So Hyeon a d’abord l’idée de faire arrêter Park Dal Hyang pour trahison. Mais, amusé par sa naïveté et sa bravoure, il lui propose finalement de l’épargner, à condition que Park Dal Hyang se classe premier lors de l’examen d’entrée dans l’armée.
Après avoir passé l’examen non sans quelques accrocs, Park Dal Hyang en apprend plus sur ses nouveaux amis. Heo Seung Po est l’ami d’enfance du prince et a été marié très jeune à une femme laide. An Min Seo n’est pas noble et a été élevé dans un temple bouddhiste, où il a appris à manier le bâton. Le prince So Hyeon n’aime pas son épouse actuelle. On dit qu’il n’a jamais cessé d’aimer son ancienne fiancée, qui se serait suicidée par pendaison dans des circonstances mystérieuses…

Notre avis : Honnêtement… l’une des meilleures adaptations des Trois Mousquetaires !
Bien mieux que ce qui se fait en France et aux États-Unis, en tout cas… Certes, le scénario est librement inspiré. Mais ce drama respecte très bien les personnages, le ton et l’esprit du roman. Costumes colorés, intrigues amoureuses, belles scènes de combats, humour, coups de théâtres et rythme effréné… Tous les ingrédients sont au rendez-vous.
Enfin une adaptation qui a compris que D’Artagnan était parfois un loser ! Qu’Athos était loin d’être un role model. Que les mousquetaires étaient tous beaux (oui oui, y compris Porthos !) Qu’il y a une hiérarchie dans leur groupe d’amis (oui, Athos est un tyran !) Peut-être est-ce parce que cette série ne se prend pas trop au sérieux ? Ou simplement parce qu’elle n’est pas influencée par les adaptations occidentales ? Toujours est-il qu’elle respecte des éléments du livre qu’on ne retrouve dans aucun de nos films ! Amateurs de dramas ou néophytes, elle ravira les fans du roman.
Le générique d’ouverture :
Thriller : Le drama japonais Les Misérables – Owarinaki Tabiji (Les Misérables – Le voyage sans fin) par la réalisatrice Michiko Namiki
2019, 2h30

Changement d’ambiance… Vous êtes-vous jamais demandé ce à quoi ressemblerait Les Misérables version thriller ?
L’histoire se déroule de 1995 à 2019. Baba Jun (Jean Valjean) a été envoyé dans un centre de détention pour jeunes après avoir tué par accident un homme qui avait escroqué sa mère. Lorsqu’il apprend que sa mère s’est suicidée et que son jeune frère est mourant, il s’évade pour le retrouver. Mais il arrive trop tard. Alors qu’il envisage de se suicider, Baba Jun est sauvé par un homme qui a créé un centre de réinsertion pour jeunes et lui apprend qu’il peut prendre un nouveau départ.
Dans le foyer, Baba Jun se lie d’amitié avec un dénommé Takumi, qui rêve de devenir avocat pour défendre des gens. Takumi meurt quelques temps plus tard dans le tremblement de terre de Kobe -rebondissement bien pratique !- et supplie Baba Jun de prendre son identité pour réaliser son rêve à sa place. Baba Jun devient alors avocat à Tôkyô sous le nom de Watanabe Takumi et aide tous ceux qui viennent lui demander conseil. Parmi eux, Fuwa Yui (Fantine), une mère célibataire qui, pour travailler, doit confier sa fille Kozue (Cosette) à une crèche frauduleuse tenue par le couple diabolique Tanabe (Thénardier).
Saito Ryôsuke (Javert) est le fils de l’homme que Baba Jun a tué. Il estime que justice n’a pas été rendue car ce drame a détruit sa famille, puis l’assassin s’est évadé avant la fin de sa peine et est soi-disant mort dans le tremblement de terre de Kobe. Dépité à la fois que son père ait été un escroc et que l’assassin demeure impuni, Saito est entré dans la police pour punir les criminels. Arrivé à Tôkyô, il doit travailler avec l’avocat philanthrope Watanabe Takumi. Mais quand il apprend que Takumi vient comme lui de Kobe, il commence à le soupçonner de n’être autre que Baba Jun, l’homme qu’il n’a cessé de rechercher…
Au fil de la série, on croisera également Shin (Marius), un jeune homme que son grand-père conservateur veut pousser vers une brillante carrière politique pour perpétuer la tradition familiale. Et Erika (Éponine), la fille des Tanabe, qui tente d’échapper à l’influence néfaste de ses parents.
Notre avis : Excellent drama… qui s’est saboté tout seul dans les 5 dernières minutes !

Intéressant de voir que la trame des Misérables peut donner un excellent thriller ! Ce drama respecte par moments étrangement bien le roman, tout en le transposant. Le style « série policière », avec les enquêtes du duo Valjean/Javert, était une piste intéressante qui, à notre avis, n’a pas été suffisamment exploitée. Tous les personnages sont cependant assez réussis. Mention spéciale à Mme Tanabe, qui est une véritable psychopathe !
La série s’attache surtout à conserver, voire amplifier, les drames entre les personnages. En revanche, elle remplace le contexte politique et les barricades par des histoires de catastrophes naturelles et de maladies incurables. En France, on aurait plutôt remplacé la barricade par une manif ! Mais les Japonais n’ont pas comme nous une longue histoire de révoltes sociales et leurs préoccupations actuelles sont ailleurs.
Le drama aborde cependant des sujets sociaux à travers l’histoire de Yui car, aujourd’hui encore, les mères célibataires sont très stigmatisées au Japon. Sans compter qu’il est difficile de travailler pour une femme qui a des enfants car les systèmes de garderie ne sont pas adaptés. Beaucoup de femmes japonaises renoncent donc à leur carrière lorsqu’elles se marient et les mères célibataires se retrouvent facilement dans des situations précaires.
Enfin, mention spéciale au générique de fin « Sailing », par la chanteuse Aimer qui a aussi réalisé l’opening 2 de Demon Slayer, « Zankyou Sanka ».
Mais la morale de l’histoire… C’est qu’il n’y a pas de justice en ce monde !
(Avertissement : la suite de cet article contient des spoilers)
On aura cependant quelques réserves concernant la fin de la série, où Baba Jun choisit finalement de retourner en prison pour purger sa peine. (Rappelons qu’il s’agit quand même d’un crime commis il y a plus de vingt ans, quand il était mineur, sans faire exprès et par légitime défense…) Et donc, toute cette morale sur « prendre un nouveau départ »… eh bien, ça ne servait à RIEN ! Mais il est vrai que la Justice japonaise n’est pas connue pour sa magnanimité. Selon les chiffres du ministère, plus de 99% des procès qui ont eu lieu entre 2002 et 2011 au Japon ont abouti à une condamnation. C’est le taux le plus élevé parmi les pays démocratiques.
Et le pire dans tout cela, c’est que c’est Saito qui vient l’arrêter ! Alors que Baba Jun lui avait sauvé la vie quand il était sur le point d’être enterré vivant par les Tanabe (oui, oui, c’est une longue histoire…) À ce moment, Saito semblait avoir finalement compris que Baba Jun était gentil et qu’il avait tort de le persécuter. Il a alors remis toute sa philosophie en question. Et il a donc logiquement décidé… eh bien, d’arrêter quand même Baba Jun !

En fait, la seule chose qui a changé chez Saito, c’est qu’il n’est plus en colère contre Baba Jun et qu’il le respecte désormais. Mais il l’arrête quand même !
Après l’anime de 2007 où Javert ne se suicide pas, voici donc le drama où Javert ne se suicide pas ET renvoie Jean Valjean en prison… Pour conclure sur une référence de gamers, c’est un peu comme dans le jeu Detroit Become Human, lorsqu’on choisit le scénario où Connor (le policier androïde) ne se réveille jamais et décide de rester une machine.
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Rédigé par Umeboshi
Rédactrice, Relectrice SEO, Community Manager, enfant prodige, passionnée d’univers gothiques, mangaphile, parle le japonais couramment, a rédigé une thèse de 80 pages sur JoJo’s Bizarre Adventure.


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