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[ANALYSE] Où sont les références à la littérature gothique dans Phantom Blood ?

Last updated on 14 octobre 2023

On vous décrypte les références littéraires dans JoJo ! Analyse de Phantom Blood – Acte 2 : Où sont les références à la littérature gothique ?

Salut à tous ! Dans cet article, on se concentre (encore!) sur le passé de Dio. On a vu que Dio était un personnage inspiré de Dracula… Mais où sont les autres références à la littérature gothique dans son histoire?

On le rappelle, JoJo est un manga shônen publié depuis 1987 et divisé en 9 parties. Dio est le seul personnage qu’on peut retrouver à toutes les époques, parce que c’est un vampire ! La partie 1 se déroule à l’époque de l’Angleterre victorienne, dans un riche manoir. Au début, on suit les mésaventures du petit Jonathan et ses disputes avec Dio, son méchant frère adoptif. Mais on change brusquement de décor, lorsque le manoir part en flammes et que Dio se transforme en vampire…

Ici, nous allons décrypter 3 références à la littérature gothique dans Phantom Blood, à partir de l’incendie du manoir! (Vous pourrez ensuite les ressortir à vos amis, histoire de briller en société…)

Première référence littéraire dans Phantom Blood (niveau facile):

Le flash-back du baron Zeppeli met en scène le naufrage d’un navire dont l’équipage entier est massacré par un vampire. (JoJonium t.2 ; pp.167-171.) C‘est – sans surprise – une référence au naufrage du Demeter, qui connaît un sort similaire au chapitre VII de Dracula !

En passant, note sur le nouveau décor :

Etrangement, la deuxième partie de Phantom Blood s’éloigne du XIXe siècle pour développer tout un univers médiéval, au point qu’on se croirait soudain transposé dans le passé. Des chevaliers du XVIe siècle reviennent à la vie sous forme de morts-vivants, Jonathan obtient lui-aussi une épée de chevalier (au nom noble et poétique de « Pluck » …) et les affronte dans une forteresse moyenâgeuse qui leur servait autrefois de lieu d’entraînement.

Ce n’est peut-être pas le passage le plus populaire de Phantom Blood (parce que, je sais, il n’y a pas Dio!), mais c’est pourtant l’occasion d’un parallèle intéressant :

On peut faire le parallèle avec les romans gothiques anglais qui, bien qu’écrits aux XVIIIe-XIXe siècles, se déroulent souvent au Moyen-Âge. (C’est le cas par exemple du Château d’Otrante [The Castle of Otranto] d’Horace Walpole.) Cette période fascine bien sûr les auteurs gothiques en raison de son obscurantisme (peuple superstitieux et religion intolérante). Mais elle leur permet aussi de s’évader du positivisme et de la science trop terre à terre du XIXe siècle en mettant en scène d’anciens folklores, superstitions et légendes.

Si le XIXe siècle est l’âge de l’ordre et de la raison, le Moyen Âge est l’ère du chaos, où tout devient possible. L’idée des revenants, des ruines et des anciens châteaux médiévaux qui se retrouvent en plein XIXe siècle est aussi un topos de la littérature gothique. Elle illustre les thèmes récurrents de la survivance du passé et de l’irruption du désordre dans une société ordonnée.

Pour revenir à Phantom Blood, on notera que c’est le seul passage qui évoque plutôt le roman d’aventure et ne se déroule pas en huis-clos. L’univers médiéval, auquel le héros accède après avoir traversé un tunnel (symbole, dans les contes, de passage entre deux mondes) est donc bien un lieu d’évasion, qui contraste avec le réalisme de la société victorienne.

…Et ce décor nous amène à une seconde référence (niveau intermédiaire) :

L’épisode de Wind Knight’s Lot est une référence à ‘Salem’s Lot [Salem], le roman gothique de Stephen King publié en 1975, où une petite ville reculée des Etats-Unis est réduite à l’état de ville fantôme après que ses habitants aient été successivement transformés en vampires. La présentation de la ville sur un ton journalistique est d’ailleurs un pastiche de celle de Jerusalem’s Lot dans le prologue du roman.

On cite ici les deux extraits :

« Wind Knight » to yobareru chiisana machi ga aru! Sanbô wo kewashii iwayama de kakomare, nokoru minami no ippô wa dangaizeppeki no umi!! […] Wind Knight’s Lot no jinkô wa shûjin mo irete, 517 mei ! Kore kara kono machi wa shôshitsu suru!!

Hirohiko Araki, JoJo’s Bizarre Adventure, JoJonium (t.2), Tôkyô, Shûeisha, 2013, pp.183-184.

[Il existe une ville appelée « Wind Knight » ! Elle est entourée de montagnes abruptes par trois côtés, et au sud se trouve une falaise qui se jette dans la mer !! […] La population de Wind Knight’s Lot compte 517 têtes en incluant les prisonniers ! Cette ville est sur le point de disparaître !!]

JERUSALEM’S LOT – Jerusalem’s Lot is a small town east of Cumberland and twenty miles north of Portland. […] In the census of 1970, ‘salem’s Lot claimed 1,319 inhabitants – a gain of exactly 67 souls in the ten years since the previous census. […] But a little over a year ago, something began to happen in Jerusalem’s Lot.

Stephen King, ‘Salem’s Lot, New York, Random House, Anchor Books, 2011 pp.7-9.

JERUSALEM’S LOT – Jerusalem’s Lot est une petite ville située à l’est de Cumberland et à 20 miles au nord de Portland. […] Au recensement de 1970, Salem comptait 1 319 habitants – 67 âmes de plus qu’au recensement précédent, dix ans avant. […] Mais, il y a un peu plus d’un an, il a commencé à se passer des choses inhabituelles à Jerusalem’s Lot.

Stephen King, Salem, Paris, Pocket, Editions Williams, 1977, pp.12-13. Traduction de Christiane Thiollier et Joan Bernard.
C'est une petite ville moyenâgeuse en apparence paisible. Comme l'indique la description, elle est entourée par les montagnes et la mer. Au centre, il y a une cathédrale gothique.
Source : JOJO’S BIZARRE ADVENTURE © 1986 by Hirohiko Araki / SHUEISHA Inc. Tous droits réservés. Description : Voilà Wind Knights Lot! On dirait une ville médiévale.
Et, comme l’épilogue de ‘Salem’s Lot, ce passage de JoJo’s Bizarre Adventure se conclut par un autre article de presse, qui fait à nouveau écho à une phrase du roman :

1888 nen 12 gatsu yokkazuke « London Press shi yori chiisana kijippasui » Wind Knights Lot– 12 gatsu tsuitachi ichiya ni shite jinkô 452 no machi no 73 mei ga yukuefumei–

Op.cit. (t.3) p.274.

[Extrait du London Press, daté du 4 décembre 1888 : Wind Knights Lot– Le 1er décembre, en une nuit, la population de cette ville compte 73 disparus–]

In New England the only counterpart to the mysterious emptying of Jerusalem’s Lot, or ‘salem as the natives often refer to it, seems to be a small town in Vermont named Momson. During the summer of 1923, Momson apparently just dried up and blew away, and all 312 residents went with it.

Stephen King, ‘Salem’s Lot, New York, Random House, Anchor Books, 2011, p.8.

Mais, en Nouvelle-Angleterre, le seul exemple d’une ville qui se soit vidée comme Jerusalem’s Lot, ou Salem, comme on dit là-bas, c’est une petite bourgade du Vermont du nom de Momson. Pendant l’été 1923, les 312 habitants de Momson se sont volatilisés.

Stephen King, Salem, Paris, Pocket, Editions Williams, 1977, p.12. Traduction de Christiane Thiollier et Joan Bernard.
Autre détail ! Tout comme Barlow (le vampire de Stephen King), Dio a une aversion particulière pour les chiens, qu’il trouve vulgaires et serviles. Dans Salem’s Lot, la toute première victime de Barlow est d’ailleurs un chien, qui finit empalé sur une grille.
Sur cette image, Dio porte Danny, le dogue allemand de Jonathan, comme s'ils s'entendaient bien... Danny a l'air beaucoup trop serein!
Source : JoJonium (t.1) © 2013 Hirohiko Araki & LUCKY LAND COMMUNICATIONS / SHUEISHA Inc. Tous droits réservés. Description: Regardez comme ils sont adorables ensemble ! (Dio porte Danny vers le four!)

Bon, celle-là était encore relativement facile…

Troisième référence littéraire dans Phantom Blood (niveau JoJo-expert !) :

Comment vaincre Dio, sachant qu’il est devenu presque immortel? (Enfin une question pragmatique !)

La manière de vaincre Dio à la fin de Phantom Blood est directement inspirée de l’hypothèse de Mina dans Dracula. Selon elle, le bateau serait en fait le moyen de transport le plus dangereux pour un vampire. En cas de naufrage, il ne pourrait regagner la terre ferme sans une aide extérieure et serait condamné à demeurer sous l’eau :

3. By Water. – Here is the safest way, in one respect, but with most danger in another. On the water he is powerless except at night; even then he can only summon fog and storm and snow and his wolves. But were he wrecked, the living water would engulf him, helpless; and he would be lost. He could have the vessel drive to land; but if it were unfriendly land, wherein he was not free to move, his position would still be desperate.

Bram Stocker, Dracula, Londres, Penguin Classics, 2003, p.374.

III. Par eau. C’est le moyen le plus sûr, sous un rapport, et le plus dangereux sous un autre. Sur l’eau, il est sans pouvoir, excepté pendant la nuit. Et même alors, il ne peut faire surgir que du brouillard, des tempêtes, de la neige et des loups. Et s’il y avait un naufrage, les eaux vivantes l’engloutiraient sans qu’il puisse rien faire, et il serait perdu. Il pourrait amener le vaisseau sur la côte, mais si le pays lui était hostile, et qu’il ne fût pas libre de se mouvoir, sa position encore une fois serait désespérée.

Bram Stocker, Dracula, Paris, Editions J’ai lu, 1993, p.457. Traduction de L. Molitor, 1989.

Morale de l’histoire : C’est plutôt fragile un vampire. (Il n’y a qu’à voir la facilité avec laquelle ils meurent dans les Sims!)

Aviez-vous trouvé toutes ces références ? …Tant pis, voici votre récompense ! (Description : Une épée avec un nom et une écriture dégueulasses. Et en plus, elle donne le tétanos !)
Sur cette image, on vous donne une vieille épée avec dessus le mot “Pluck” dans une écriture vraiment dégueulasse…
Source : © Hirohiko Araki / SHUEISHA, JoJo’s Animation Project. Tous droits réservés.

Conclusion ! Le manuel de survie pour combattre un vampire :

GUIDE DE SURVIE !!

INFORMATIONS INDISPENSABLES POUR COMBATTRE UN VAMPIRE

(Selon Dracula et en l‘état actuel de la recherche…)

Sur cette image, Jonathan étudie le masque de pierre qui permet de transformer les humains en vampires. La pièce est sombre, éclairée seulement par une bougie.
Source : © Hirohiko Araki / SHUEISHA, JoJo’s Animation Project. Tous droits réservés.
La mauvaise nouvelle ! UN VAMPIRE PEUT :
  • Réveiller les morts. (Les fameux zombies !)
  • Se changer en loup ou en chauve-souris. (Pas le plus utile, mais bon…)
  • Commander aux éléments (brouillard, tempête, orage), et à certains animaux vils, comme les rats !
  • Se battre avec la force de vingt hommes, ou mieux, hypnotiser ses victimes.
  • Escalader ou descendre un mur à la manière d’un lézard. (Terrifiant…)
  • Se téléporter, grandir et rapetisser, se fondre dans la brume ou dans les rayons de lune.
  • (Rien sur les yeux-lasers par contre ? Bizarre, j’aurais juré pourtant… Attention : nous sommes possiblement en présence d’un spécimen mutant !)
La bonne nouvelle ! UN VAMPIRE NE PEUT PAS :
  • Se réveiller et user de ses pouvoirs pendant le jour.
  • Entrer chez quelqu’un sans y avoir été invité. (Vous ne pourrez donc vous en prendre qu’à vous-même!) Notez bien cependant qu’il suffit que vous l’ayez invité une fois pour qu’il se considère chez lui et qu’il revienne ensuite à sa guise…
  • Franchir une étendue d’eau sans aide extérieure. (D’où la possibilité de le piéger sous l’eau !)
  • Demeurer dans un pays étranger sans emmener avec lui des caisses entières remplies de sa terre d’origine. (C’est vraiment la règle la plus encombrante !)
  • Approcher l’ail, les croix, ou les roses sauvages.
Sur cette image, on balance des roses sur Dio ! (Ne me demandez pas ce qui se passe...)
Source : © Hirohiko Araki / SHUEISHA, JoJo’s Animation Project. Tous droits réservés.

Description : Attaque des roses sauvages !!

Dio est en train de briser une croix, et on voit une rose devant lui. Il n'en a pas du tout peur ! Au loin, on peut distinguer ses zombies...
Source : JOJO’S BIZARRE ADVENTURE © 1986 by Hirohiko Araki / SHUEISHA Inc. Tous droits réservés.

Description : …Raté ! (Non seulement pour les roses, mais pour la croix aussi !)

A bientôt dans de prochains articles!

To be continued…

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Bibliographie

Œuvre étudiée

ARAKI Hirohiko, JoJo’s Bizarre Adventure. Phantom Blood. In: JoJonium (t. 1-2-3), Tôkyô, Shûeisha, 2013. 

Romans gothiques du corpus

KING Stephen, ‘Salem’s Lot, New York, Random House, Anchor Books, 2011.

KING Stephen, Salem, Paris, Pocket, Editions Williams, 1977, pp.12-13. Traduction de Christiane Thiollier et Joan Bernard.

STOCKER Bram, Dracula, Londres, Penguin Classics, 2003.

STOCKER Bram, Dracula, Paris, Editions J’ai lu, 1993. [Edition française. Traduction de L. Molitor, 1989.]

Ouvrages théoriques sur les mangas

ANZALONE Frederico, JoJo’s Bizarre Adventure. Le diamant inclassable du manga, Toulouse, Third Editions, 2019.

ARAKI Hirohiko, JoJoveller. History (1979-2013), Tôkyô, Shûeisha, 2014.

ARAKI Hirohiko, Manga in Theory and Practice. The craft of creating manga, San Francisco, VIZ Media, 2017 [Traduction anglaise de Nathan A. Collins].

BOUISSOU Jean-Marie, Manga. Histoire et univers de la bande dessinée japonaise, Arles, Editions Philippe Picquier, 2010.

GOTÔ Hiroki, Jump. L’âge d’or du manga, Paris, Kurokawa, 2018 [Traduction française de Julie Seta].

PINON Matthieu, LEFEBVRE Laurent, Histoire(s) du manga moderne 1952-2012, Paris, Ynnis Editions, 2019-2022.

Published in Critiques & Avis (Ciné, Séries, Littérature, Gaming) Critiques & avis Littéraires JoJo's Bizarre Adventure Les rubriques de nos Chefs étoilés Manga Pop culture et confiture (théories de fans et analyse) Théorie de Fan

5 Comments

  1. […] JoJo’s Bizarre Adventure est une saga très riche en références. Aussi bien littéraires, que cinématographiques et musicales. Sur le plan littéraire seulement, on peut relever des références à Dracula de Bram Stocker, à East of Eden (A l’est d’Eden) de John Steinbeck, au Sherlock Holmes de Sir Arthur Conan Doyle, aux Misérables de Victor Hugo (auxquels le manga emprunte deux scènes entières, reproduites presque mot pour mot), et à presque tous les romans de Stephen King ! […]

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